#133 – Comment devenir pompier de l’air

Trois minutes. C’est le délai dont dispose un pompier de l’air pour établir son dispositif d’extinction sur un aéronef en feu. L’adjudant Jordan, 32 ans, exerce ce métier depuis 2009 sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier, base à vocation nucléaire qui accueille les Rafale. Formation à Cazaux, spécialisation NRBC, opérations extérieures au Tchad et au Niger, tests de recrutement : il détaille un métier militaire encore largement méconnu, et les voies concrètes pour y entrer.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • La formation de base est identique à celle d’un pompier civil, complétée par une spécialisation aéronautique dispensée à l’école des pompiers de l’air de Cazaux.
  • Le délai d’intervention est de moins de trois minutes pour établir la moitié du potentiel d’extinction — soit environ 5 000 litres par véhicule lourd.
  • Le NRBC est désormais intégré à la formation de base, ce qui n’était pas le cas il y a dix ans.
  • Le recrutement exige un niveau 4 au CCPM (Luc Léger, pompes, natation), des tests psychotechniques et un entretien. Le bac est requis pour devenir sous-officier.
  • Les opérations extérieures durent quatre mois : Tchad, Niger, Jordanie, Lituanie, Estonie, Sénégal, Djibouti, Nouvelle-Calédonie.
  • On n’intervient pas de la même façon sur un avion de chasse et sur un avion de transport : seul le second impose des couloirs d’évacuation.

De Rochefort à Cazaux : le parcours de formation

Le point de départ est classique pour un sous-officier de l’armée de l’Air : l’école de Rochefort, en 2009, pour les classes militaires — avec, au passage, le permis poids lourd, indispensable à la suite. Vient ensuite Cazaux, siège de l’école des pompiers de l’air, où se déroule l’ensemble de la formation, de la base jusqu’à la qualification de chef d’agrès.

À la sortie, en février 2011, l’affectation se joue selon un principe bien connu des militaires : un amphi de garnison où l’on choisit, dans l’ordre du classement, parmi les places disponibles dans toute la France. Sa première affectation sera un ouvrage enterré abritant un centre de détection et de contrôle — un poste paradoxal pour un pompier de l’air, puisqu’il n’y avait tout simplement pas d’avions. « On n’avait aucun contact avec l’avion, alors que c’est un peu la base du métier. »

La fermeture de la base en 2015 le conduit à Saint-Dizier, sur la BA 113 — base à vocation nucléaire, où sont stationnés des Rafale et où se posent régulièrement d’autres aéronefs. Cette fois, le contact avec les appareils est permanent.

Trois minutes : la contrainte qui structure tout

C’est la particularité du métier, et elle commande l’organisation entière du service. Pour chaque aéronef, un potentiel minimum d’extinction doit être établi en moins de trois minutes. L’agent utilisé est de l’eau additionnée d’émulseur, la poudre entrant également dans le calcul.

Concrètement, pour un Rafale, la réponse mobilise deux véhicules lourds d’extinction — les mêmes engins que ceux des aéroports civils, d’environ 10 000 litres chacun. La règle impose d’établir la moitié de cette capacité, soit quelque 5 000 litres par véhicule, dans le délai imparti. Ce jour-là, pendant l’enregistrement, un « klaxon crash » a d’ailleurs retenti : les équipes ont rejoint leurs véhicules et se sont portées vers la piste.

Pourquoi une telle exigence ? D’abord pour sauver le personnel navigant. Ensuite — et il l’assume sans détour — pour sauver l’aéronef. Un avion de chasse coûte cher : plus l’intervention est rapide, moins le feu a le temps de se développer, et moins les réparations seront lourdes.

Le NRBC, devenu socle du métier

Servir sur une base à vocation nucléaire suppose une compétence particulière. Le NRBC — nucléaire, radiologique, biologique, chimique — a connu une nette montée en puissance et se trouve désormais inclus dans la formation de base, ce qui n’était pas le cas dix ans plus tôt.

La progression se fait par niveaux. Le niveau 1 couvre l’usage du matériel de détection : identifier le type de produit en présence et déterminer s’il y a contamination. Le niveau 2 forme au rôle de chef de chaîne de décontamination. Cette compétence dépasse d’ailleurs le cadre de la base : les pompiers de l’air peuvent être appelés en renfort partout en France lors de grands événements — il cite les Jeux olympiques et la Coupe du monde de rugby.

Sur le volet radiologique proprement dit, la méthode ne diffère pas fondamentalement du civil : prendre le vent en compte et se positionner en conséquence, délimiter la zone contaminée, l’évacuer, prendre en charge les victimes.

Quant aux populations riveraines, elles ne sont pas oubliées. Des exercices de grande ampleur sont organisés régulièrement, notamment sur les bases d’Istres et de Saint-Dizier. Au-delà de l’emprise militaire, c’est la préfecture qui prend la main — confinement des écoles, mesures de protection —, en lien avec les secours départementaux.

Comment devenir pompier de l’air : les conditions concrètes

C’est la partie que beaucoup de candidats cherchent, et elle est précise.

Côté physique, il faut atteindre un niveau 4 au CCPM, le contrôle de la condition physique du militaire. Trois épreuves : le Luc Léger, les pompes et la natation — 100 mètres nage libre plus 10 mètres en apnée. Chaque épreuve est notée sur 20 ; il faut par exemple 50 pompes pour obtenir le maximum. Son commentaire est encourageant : il faut être « un minimum sportif », mais le niveau n’est « pas inaccessible ».

S’ajoutent, comme dans toutes les armées, des tests psychotechniques, les tests physiques et un entretien individuel. Côté diplôme, le baccalauréat est requis au moment du recrutement pour intégrer le corps des sous-officiers. Il souligne par ailleurs que le recul de l’âge limite de recrutement — jusqu’à 30 ans — a ouvert la voie à des profils plus tardifs.

Reste la question des qualités attendues. Il en cite deux : la disponibilité et le sens du collectif. Les gardes durent 24 heures, 48 heures le week-end, et les opérations extérieures rassemblent les mêmes personnes pendant quatre mois. « Les personnes individualistes, généralement, ça ne se passe pas forcément bien. À court terme ça peut aller, mais sur le long terme… »

Son propre déclic est instructif pour les hésitants : en BTS, sans conviction, mais pompier volontaire, il pousse la porte du CIRFA pour se renseigner, y découvre le métier de pompier de l’air et tente le recrutement. Treize ans plus tard, il y est toujours.

Carrière, mobilité et reconversion

La base compte environ 90 pompiers, avec toute la palette des grades — quatre officiers, des adjudants-chefs et adjudants, jusqu’aux aviateurs — et des fonctions réparties entre l’unité et l’opérationnel embarqué.

En matière de mobilité, une demande de changement d’affectation devient possible au bout de six ans, le rythme étant plus proche de trois ans pour les sous-officiers et officiers. Les militaires du rang, eux, peuvent effectuer toute leur carrière sur la même base. Les passerelles vers d’autres armées existent mais restent rares : les difficultés de recrutement conduisent chacun à conserver ses effectifs, et le passage se fait le plus souvent par une fin de contrat suivie d’un réengagement.

Sur la reconversion, il décrit une trajectoire fréquente : un contrat de cinq ans, puis le concours de sapeur-pompier professionnel. Un choix souvent motivé par la géographie, la fermeture progressive de bases — il cite Cambrai et Creil — éloignant nombre d’engagés de leur région d’origine.

Quatre mois en opération extérieure

L’adjudant Jordan a effectué deux mandats de quatre mois, au Tchad puis au Niger, d’abord comme chef d’agrès, ensuite comme chef des secours. Le spectre des destinations est large : Nouvelle-Calédonie, Sénégal, Djibouti, Jordanie, mais aussi Lituanie et Estonie lorsque l’armée de l’Air y assure la permanence opérationnelle. Des séjours outre-mer existent également, en Guyane ou à La Réunion, plutôt réservés aux brevetés supérieurs et orientés vers des postes de préventionniste — risque bâtimentaire, implantation des extincteurs, conformité des évacuations.

Le rythme de projection est de quatre mois, là où les pilotes de chasse partent deux mois — un point qu’il aimerait voir évoluer. Le tempo s’ajuste toutefois aux situations personnelles : tous les deux ans pour ceux qui souhaitent partir souvent, quatre à cinq ans pour les autres. Une souplesse assumée comme un outil de fidélisation.

Sur place, les conditions changent la nature du travail. La chaleur met les machines à rude épreuve : les freinages répétés sur un macadam déjà brûlant provoquent des échauffements de train, et donc davantage d’interventions. Avec moins d’appareils disponibles qu’en métropole, chacun est plus sollicité.

Un détail d’organisation mérite d’être relevé : contrairement à l’armée de Terre, qui projette des unités constituées, les détachements de pompiers de l’air agrègent des personnels venus de bases différentes. Chacun apporte alors la connaissance des aéronefs qu’il côtoie au quotidien — les ravitailleurs pour ceux d’Istres, les Mirage 2000 pour d’autres — et instruit ses camarades. « On s’appuie pas mal sur les connaissances des autres pompiers pour avoir vraiment une équipe qui bosse ensemble. »

Chasse ou transport : deux façons d’intervenir

Les pompiers de l’air sont formés sur l’ensemble des aéronefs, mais la manœuvre diffère nettement selon la catégorie.

Certaines règles valent partout : ne jamais se positionner derrière les réacteurs, ni face aux canons de tir et aux missiles, et se méfier des trappes d’aspiration lors du tour de l’appareil. « Entre ce qui souffle et ce qui aspire, il faut éviter de se placer à certains endroits. » Sur un A400M, cela signifie éviter l’arrière pour le souffle et l’avant pour l’aspiration.

La différence de fond porte sur l’évacuation. Sur un avion de transport, on privilégie des couloirs d’évacuation que l’on refroidit pour permettre aux occupants de sortir de ce côté. Sur un avion de chasse, la question ne se pose pas dans les mêmes termes : l’équipage se limite à un ou deux pilotes.

Quant aux appareils étrangers, la check-list de mise en sécurité — sécurités du siège éjectable notamment — reste pour l’essentiel la même, aux spécificités près. En opération, l’intervention sur une zone alliée suppose toutefois une autorisation du commandant de base.

Son conseil

Il s’adresse d’abord aux jeunes sous-officiers, mais vaut bien au-delà du métier des armes. On sort d’école avec des connaissances scolaires et très peu de pratique du management, et l’on se retrouve à commander des militaires du rang beaucoup plus expérimentés. La tentation serait de poser d’emblée une barrière hiérarchique.

Son conseil est inverse : s’appuyer sur l’expérience des caporaux-chefs, qui connaissent le travail mieux que quiconque. « Mieux vaut les avoir dans notre poche que contre nous. » C’est là, dit-il, que se construit l’expérience réelle — sur la base, pas à l’école.

Questions fréquentes

Comment devenir pompier de l’air ?

Il faut s’engager dans l’armée de l’Air et de l’Espace via un CIRFA, réussir les tests physiques (niveau 4 au CCPM : Luc Léger, pompes, natation), les tests psychotechniques et l’entretien individuel. La formation se déroule ensuite à l’école des pompiers de l’air de Cazaux. Le baccalauréat est requis pour intégrer le corps des sous-officiers.

Quelle différence entre un pompier de l’air et un pompier civil ?

La formation de base est la même. S’y ajoutent une spécialisation aéronautique — feux de carburant répandu, mise en sécurité des aéronefs, délai d’intervention de moins de trois minutes — et une formation NRBC, désormais intégrée au socle initial.

Où se forment les pompiers de l’air ?

À l’école des pompiers de l’air de Cazaux, qui dispense l’ensemble du cursus, de la formation de base jusqu’à la qualification de chef d’agrès, sur des aires de manœuvre dédiées au carburant répandu.

Un pompier de l’air part-il en opération extérieure ?

Oui, pour des mandats de quatre mois. Les destinations citées incluent le Tchad, le Niger, la Jordanie, le Sénégal, Djibouti, la Nouvelle-Calédonie, ainsi que la Lituanie et l’Estonie dans le cadre de la permanence opérationnelle de l’armée de l’Air.

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