#193 – Tout savoir sur les opérations militaires spatiales

Que font concrètement les militaires français dans l’espace ? Les opérations spatiales militaires ne consistent pas à livrer bataille entre satellites : elles consistent à surveiller ce qui se passe au-dessus de nos têtes, à faire descendre vers les forces engagées les images, les écoutes et les communications dont elles dépendent, et à protéger les satellites français quand un objet étranger s’en approche de trop près. Défense Zone a reçu le colonel Alexis Rougier, chef d’état-major du Commandement de l’espace, dans le cadre d’une série de six épisodes enregistrée au sein du commandement. Pilote de chasse de formation, passé par le Mirage 2000 puis par le commandement d’une base aérienne à vocation spatiale, il décrit ici le métier tel qu’il se pratique : la surveillance de l’espace, l’appui spatial aux opérations, la défense active par satellites patrouilleurs, et les filières professionnelles créées de toutes pièces.

Cet entretien a été enregistré en 2024 : le colonel Alexis Rougier y situe dans le futur la livraison du nouveau bâtiment du Commandement de l’espace à Toulouse, prévue en octobre 2025, et décrit comme en cours des travaux commencés au début de 2024. Le domaine a beaucoup bougé depuis. Les évolutions intervenues sont signalées dans le texte, avec leur source ouverte officielle, sans modifier son propos.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • Le Commandement de l’espace, créé le 3 septembre 2019, comptait 219 personnes au départ, environ 350 au moment de l’entretien, et visait 470 à l’horizon 2030.
  • Sur la dizaine de satellites militaires patrimoniaux français, le commandement traite une quarantaine de risques de collision par semaine, et déplace un satellite une fois par an en moyenne pour laisser passer un débris.
  • La défense active consiste à interposer un satellite patrouilleur entre un satellite français d’intérêt stratégique et un objet qui s’en approche, pour marquer sa détermination, observer la menace, puis la dénoncer publiquement.
  • Un débris laissé à 500 kilomètres d’altitude reste en orbite environ 25 ans, à 1 000 kilomètres environ un siècle. C’est ce qui rend un tir antisatellite irresponsable, quelle qu’en soit l’intention.
  • L’espace n’a ni frontière ni objets clairement identifiables : « on fait très difficilement la différence » entre un satellite civil et un satellite à usage militaire.
  • Le commandement a créé un centre de formation aux opérations spatiales militaires délivrant des cursus de base, avancé et stratégique. Le ministère des Armées indique que plus de cent personnes les suivent chaque année.

Opérations spatiales militaires : définition et périmètre

Une opération spatiale militaire est une activité conduite par les armées dans l’espace, depuis l’espace ou vers l’espace, afin de garantir la disponibilité, la sûreté et la sécurité des capacités spatiales nationales. Le ministère des Armées en distingue quatre fonctions. Le soutien aux capacités spatiales couvre le lancement, la mise à poste et le maintien en service des satellites. L’appui spatial aux opérations exploite les charges utiles embarquées pour communiquer, voir, entendre, cibler, renseigner et naviguer. La connaissance de la situation spatiale, ou space domain awareness, consiste à détecter les objets en orbite, à les caractériser et à évaluer leurs intentions possibles. L’action dans l’espace regroupe enfin les mesures qui préservent la liberté d’accès et d’évolution de la France en orbite.

Le colonel Alexis Rougier rappelle que l’espace est aujourd’hui considéré comme le cinquième milieu de conflictualité, après la terre, la mer, l’air et le cyberespace, et que les règles militaires y restent les mêmes qu’ailleurs : « on évoque souvent la logique du glaive et du bouclier, et bien c’est un peu la même logique ».

Le New Space, point de bascule du spatial militaire

Le New Space désigne la période ouverte dans les années 2010 pendant laquelle l’accès à l’orbite est devenu assez bon marché pour que le nombre de satellites lancés explose. Le colonel Alexis Rougier l’explique par trois facteurs concomitants : la miniaturisation, puisque « en 2010, on met autant de plus-value dans une boîte à chaussures que dans un bus dans les années 80 » ; la digitalisation ; et la baisse du prix du kilogramme mis en orbite, divisé par dix en une quinzaine d’années selon lui. Entre 2013 et 2023, poursuit-il, le nombre de lancements a été multiplié par trois, mais le nombre de satellites mis en orbite par treize. La trajectoire s’est encore accentuée : selon le portail de suivi de l’environnement spatial de l’Agence spatiale européenne, arrêté au 31 juillet 2026, environ 16 000 satellites actifs se trouvaient alors en orbite.

Pour les armées, ce basculement crée une dépendance et une opportunité. La dépendance tient à ce que l’espace irrigue le positionnement, les télécommunications et l’observation, donc la conduite des opérations. L’opportunité est celle d’une couche de transport de l’information, ce que le colonel Alexis Rougier nomme une transport layer : une forme d’internet sécurisé depuis l’espace, moins exposée aux interférences que les liaisons au sol. Or la capacité à interconnecter tous les acteurs d’un combat collaboratif, ce que les armées appellent le multimilieu multichamp, est selon lui un objet fondamental du milieu militaire.

Surveillance de l’espace : compter, suivre, caractériser

La surveillance de l’espace est l’activité qui consiste à détecter les objets en orbite, à calculer leur trajectoire et à identifier ceux qui menacent les satellites français. Le colonel Alexis Rougier la présente comme extrêmement complexe, surtout en temps réel, et comme le domaine où la coopération avec l’industrie et avec le Centre national d’études spatiales est la plus étroite. Au sein du Commandement de l’espace, elle est portée par le Centre opérationnel de surveillance militaire des objets spatiaux, le COSMOS, qui analyse les événements spatiaux d’intérêt militaire et suit les rapprochements de satellites. Le Centre de renseignement d’intérêt spatial, le CRIS, caractérise les capacités spatiales et antispatiales des puissances étrangères.

Les chiffres que cite le colonel Alexis Rougier donnent la mesure du travail : plus de 37 000 objets de plus de dix centimètres à l’époque de l’entretien. Ces objets ne poseraient pas de problème s’ils étaient immobiles, mais en orbite basse ils circulent à 28 000 kilomètres par heure, et à cette vitesse une simple bille a l’effet d’une balle de fusil. Au 31 juillet 2026, l’Agence spatiale européenne recensait environ 46 900 objets régulièrement suivis, et estimait par modélisation à 68 450 le nombre d’objets de plus de dix centimètres.

Ramenée aux satellites français, la charge est concrète. Sur la dizaine de satellites patrimoniaux militaires, c’est-à-dire possédés en propre par les armées, le Commandement de l’espace traite chaque semaine une quarantaine de risques de collision : il y a risque, précise le colonel Alexis Rougier, lorsqu’un objet est susceptible de passer à moins de 40 kilomètres du satellite. Une fois par an et par satellite en moyenne, il faut réellement déplacer l’engin, laisser passer le débris, puis le remettre à sa position de travail. Pour détecter, la France dispose du radar GRAVES, entré en service opérationnel en 2005, qui couvre l’orbite basse entre 400 et 1 000 kilomètres, et de trois radars de trajectographie SATAM.

Orbites militaires et durée de vie des débris

Les militaires raisonnent sur trois altitudes. L’orbite basse, dite LEO pour low Earth orbit, s’étend grossièrement de 300 à 2 000 kilomètres : c’est celle de l’observation et de l’écoute. L’orbite moyenne, dite MEO, se situe entre environ 10 000 et 20 000 kilomètres et accueille les constellations de navigation comme le GPS et le Galileo européen. L’orbite géostationnaire se tient à 36 000 kilomètres : à cette altitude, un satellite se déplace exactement à la vitesse de rotation de la Terre et reste en permanence à la verticale du même point.

Cette géométrie commande la gravité d’une pollution orbitale. Un débris laissé à 500 kilomètres d’altitude retombera au bout d’environ 25 ans, indique le colonel Alexis Rougier ; à 1 000 kilomètres, il faut compter de l’ordre du siècle. Polluer une orbite haute revient à la condamner pour des générations, d’où la première norme de comportement responsable défendue par la France : ne pas créer de débris. Nettoyer l’espace consiste, en orbite basse, à pousser l’objet vers la Terre pour qu’il y brûle, et en orbite géostationnaire, à le remonter dans une orbite cimetière.

Appui spatial aux opérations : voir, écouter, communiquer

L’appui spatial aux opérations est la fonction par laquelle les capacités en orbite fournissent aux forces engagées de l’imagerie, du renseignement électromagnétique, des communications sécurisées et des services de navigation. C’est historiquement la raison d’être du spatial militaire français, et le colonel Alexis Rougier annonce que l’ensemble de ces capacités sera renouvelé à l’horizon 2030.

Le ministère des Armées détaille les systèmes concernés. La composante spatiale optique CSO repose sur trois satellites d’observation identiques répartis sur deux orbites, travaillant dans le visible et l’infrarouge. Le système CERES, trois satellites volant en formation sur une orbite basse et lancés en novembre 2021 pour sept ans de vie, assure le renseignement électromagnétique. La constellation Syracuse IV, composée de deux satellites, a remplacé Syracuse III pour les télécommunications militaires à longue distance. Le Centre militaire d’observation par satellites, sur la base aérienne de Creil, satisfait les besoins en images des clients accrédités de la Défense.

Le colonel Alexis Rougier souligne un avantage propre au milieu spatial : l’absence de contrainte de survol. « Rien ne nous interdit de survoler les territoires étrangers », explique-t-il, là où un aéronef doit composer avec les frontières et les défenses sol-air. Il décrit un travail en cours pour employer les satellites d’observation de façon beaucoup plus tactique, afin de raccourcir le délai entre l’observation, la décision et l’action, et d’éviter d’engager un avion ou un drone.

Défense active, satellites patrouilleurs et règles d’engagement

Un satellite patrouilleur est un satellite militaire capable de manœuvrer pour se placer à proximité d’un autre objet en orbite, afin de l’observer et, le cas échéant, de s’interposer entre lui et un satellite français d’intérêt stratégique. La défense active est l’emploi de ce type de moyen, dans une posture que le colonel Alexis Rougier qualifie de « toujours défensive ». La notion a été introduite par la stratégie spatiale de défense dévoilée en 2019, qui fixait aussi la préservation de la liberté d’accès française à l’espace et la création du Commandement de l’espace.

Le colonel Alexis Rougier décrit une séquence en trois temps. Le patrouilleur vient d’abord se placer entre les deux objets pour marquer la détermination française : « nous sommes prêts à agir ». Il observe ensuite la menace et la caractérise. Il permet enfin ce qu’il appelle le naming and shaming : présenter des photographies à la communauté internationale pour dénoncer un rapprochement qu’aucune raison objective ne justifie. Sur la suite, il s’arrête net : « je rentre dans des domaines un peu confidentiels ».

Encore faut-il pouvoir qualifier l’agression, et le milieu spatial s’y prête mal. Il n’y a pas de frontière dans l’espace, alors que sur terre, en mer et dans les airs une limite matérialise le franchissement et justifie l’interception. Et les objets y sont duals : dans l’espace, dit le colonel Alexis Rougier, « on fait très difficilement la différence » entre un satellite civil et un satellite susceptible d’un emploi militaire. Le satellite chinois Shijian 21, qui a saisi en orbite géostationnaire un satellite hors service pour le déplacer vers une orbite cimetière, en est l’illustration : nettoyage honorable et capacité militaire potentielle, avec le même engin. Le droit ne tranche pas davantage, le traité de 1967 se résumant à ne pas placer d’armes de destruction massive en orbite et à ne pas s’approprier les corps célestes. D’où le travail des juristes du Commandement de l’espace sur les normes de comportement responsable, dont le contre-exemple reste le tir antisatellite russe du 15 novembre 2021.

Au moment de l’entretien, le colonel Alexis Rougier annonçait les premiers patrouilleurs prêts en 2025. Le calendrier a glissé : le ministère des Armées présente aujourd’hui le démonstrateur YODA, plateforme expérimentale destinée à l’orbite géostationnaire, comme visant une capacité de détection et de protection à l’horizon 2030, et indique que l’action dans l’espace s’appuiera sur des capacités de défense active à ce même horizon. Le programme ARES couvre l’ensemble de ce champ nouveau.

Le Commandement de l’espace à Toulouse : la montée en puissance

Le Commandement de l’espace a été créé le 3 septembre 2019 et rattaché à l’armée de l’Air, devenue à cette occasion armée de l’Air et de l’Espace, pour rassembler des capacités jusqu’alors disséminées entre plusieurs sites français. Il y avait alors 219 personnels concernés par le fait spatial militaire ; ils étaient environ 350 au moment de l’entretien, pour une cible de 470 à l’horizon 2030. Le ministère des Armées annonce aujourd’hui environ 500 personnes à pleine capacité. Le commandement est interarmées : armée de l’Air et de l’Espace, armée de Terre, Marine nationale, Direction générale de l’armement et Service du commissariat des armées.

Le choix de Toulouse tient à l’écosystème spatial européen qui s’y trouve et à la proximité du Centre national d’études spatiales, premier partenaire du commandement. Le colonel Alexis Rougier décrivait un bâtiment neuf, à la fois outil de coopération ouvert sur l’extérieur et, en son cœur, outil de résilience militaire. Le calendrier a été tenu : selon le ministère des Armées, Toulouse est devenue la première base à vocation spatiale française le 4 juillet 2025, les installations ont été inaugurées le 12 novembre 2025 sur la base aérienne 101 « Général Robert Aubinière », et le Commandement de l’espace a déclaré à cette occasion sa première capacité opérationnelle. Le bâtiment abrite ASTREOS, le centre de commandement et de conduite des opérations spatiales militaires.

L’entraînement suit le même mouvement. L’exercice annuel du Commandement de l’espace, longtemps connu sous le nom d’AsterX, s’appelle désormais SparteX. Sa sixième édition s’est tenue du 8 au 27 février 2026 sur la base aérienne 101 de Toulouse, avec 200 participants, douze nations étrangères et 28 événements spatiaux simulés, en articulation avec l’exercice national ORION 2026.

Métiers et formation aux opérations spatiales militaires

Monter un commandement dans un domaine neuf suppose de créer des filières qui n’existaient pas. Le colonel Alexis Rougier insiste sur ce point : il fallait former le personnel du Commandement de l’espace, mais aussi les militaires concernés par le spatial dans les autres armées, et des publics extérieurs au ministère. Le ministère des Armées en précise le cadre : le Centre de formation aux opérations spatiales militaires, ou CFOSM, est le bras armé du commandement pour la génération d’expertise spatiale de défense, et dispense notamment le Space Military Overview Course et le Space Advanced Course.

L’offre est organisée en trois niveaux, exactement comme le décrivait le colonel Alexis Rougier : un niveau de base, pour qui veut acquérir un vernis sur le spatial de défense ; un niveau avancé, destiné à celui qui est muté au Commandement de l’espace ; un niveau stratégique enfin, pour les cadres dirigeants du ministère et de l’interministériel, qu’il annonçait pour l’automne suivant l’entretien. Plus de cent personnes suivent chaque année ces formations généralistes, complétées par l’Académie spatiale de défense, et des sessions sont proposées à des stagiaires étrangers.

Les métiers se répartissent entre les unités opérationnelles du Commandement de l’espace, dont le ministère des Armées publie la liste : le C3OS, centre de commandement et de contrôle des opérations spatiales, planifie et conduit les opérations ; le COSMOS surveille les objets ; le CRIS produit le renseignement d’intérêt spatial ; le Centre militaire d’observation par satellites exploite l’observation et l’écoute depuis Creil ; l’Escadron de conduite des actions spatiales prépare l’emploi des satellites d’action spatiale ; le Laboratoire d’innovation spatiale des armées accompagne les nouveaux acteurs. La série enregistrée par Défense Zone au Commandement de l’espace donne à entendre plusieurs de ces métiers, du contrôleur CERES inséré chez le Centre national d’études spatiales à l’officier du bureau chargé de l’action militaire dans l’espace.

Coopérations et perspectives au-delà de 2030

Le colonel Alexis Rougier cite volontiers le premier chef d’état-major de l’US Space Force : « space is hard, space is very hard ». L’espace reste si difficile d’accès que la seule manière de l’adresser sérieusement est de le faire en coopération. Celle-ci est d’abord industrielle, au point qu’il estime que « l’industrie fait partie du système de combat ». Elle est ensuite alliée : le ministère des Armées cite des partenariats avec les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, l’Inde et les Émirats arabes unis, la participation à l’initiative Combined Space Operations, et l’accueil en France du centre d’excellence spatial de l’OTAN.

Le colonel Alexis Rougier annonçait aussi l’entrée prochaine de la France dans une opération américaine interalliée d’ampleur. C’est chose faite : selon le ministère des Armées, la France a rallié en 2024 la force multinationale Olympic Defender, opération permanente créée par les États-Unis en 2013 et consacrée à la compréhension de l’environnement spatial et à la défense des capacités spatiales. Le 15 décembre 2025, le ministère annonçait le succès d’une deuxième manœuvre orbitale conjointe franco-américaine, première opération conduite dans ce cadre.

Au-delà de 2030, le Commandement de l’espace surveille la Lune et s’intéresse à la propulsion nucléaire, à ne pas confondre avec une arme : une petite centrale spatialisée destinée à produire de l’énergie, là où les panneaux solaires suffisent à faire fonctionner un satellite et guère davantage. Le colonel Alexis Rougier ne se réfugie pas derrière l’optimisme : « l’histoire nous a montré que l’homme utilise tristement tout l’espace qu’on lui laisse pour créer de la compétition et potentiellement de la confrontation ». Son conseil de fin d’entretien tient en deux mots adressés à ceux que le spatial militaire attire : garder l’esprit pionnier, et garder la foi.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une opération spatiale militaire ?

Une opération spatiale militaire est une activité conduite par les armées dans l’espace, depuis l’espace ou vers l’espace, pour garantir la disponibilité, la sûreté et la sécurité des capacités spatiales nationales. Le ministère des Armées en distingue quatre fonctions : le soutien aux capacités spatiales, l’appui spatial aux opérations, la connaissance de la situation spatiale et l’action dans l’espace. En France, ces opérations sont conduites par le Commandement de l’espace, créé le 3 septembre 2019 et implanté à Toulouse, qui les exerce depuis la surveillance des objets en orbite jusqu’à la protection des satellites militaires français.

Qu’est-ce qu’un satellite patrouilleur et à quoi sert la défense active ?

Un satellite patrouilleur est un satellite militaire capable de manœuvrer pour venir se placer à proximité d’un autre objet en orbite. La défense active consiste à l’interposer entre un satellite français d’intérêt stratégique et un objet qui s’en approche sans motif légitime. Le colonel Alexis Rougier, chef d’état-major du Commandement de l’espace, décrit trois effets recherchés : marquer la détermination française, observer et caractériser la menace, puis la dénoncer publiquement en présentant des photographies à la communauté internationale. Cette posture est défensive, la France ne revendiquant pas de capacité offensive en orbite. Le ministère des Armées indique que l’action dans l’espace s’appuiera sur des capacités de défense active à l’horizon 2030, notamment via le démonstrateur YODA.

Quelles orbites les satellites militaires utilisent-ils ?

Les satellites militaires occupent trois familles d’orbites. L’orbite basse, de 300 à 2 000 kilomètres d’altitude, accueille l’observation et l’écoute électromagnétique : les satellites français CSO et CERES y évoluent, et un objet y circule à 28 000 kilomètres par heure. L’orbite moyenne, entre environ 10 000 et 20 000 kilomètres, est celle des constellations de navigation comme le GPS et Galileo. L’orbite géostationnaire, à 36 000 kilomètres, permet à un satellite de rester à la verticale du même point du globe, ce qui la rend précieuse pour les télécommunications militaires. Le choix de l’orbite détermine aussi la durée de vie des débris : environ 25 ans à 500 kilomètres selon le colonel Alexis Rougier.

Comment se former aux opérations spatiales militaires en France ?

La formation aux opérations spatiales militaires est assurée par le Centre de formation aux opérations spatiales militaires, ou CFOSM, unité du Commandement de l’espace. Le ministère des Armées décrit trois niveaux de cursus : un niveau de base pour acquérir une culture générale du spatial de défense, un niveau avancé destiné aux personnels affectés au Commandement de l’espace, et un niveau stratégique pour les cadres dirigeants du ministère et de l’interministériel. Plus de cent personnes suivent chaque année ces formations généralistes, complétées par l’Académie spatiale de défense. Aucune compétence spatiale préalable n’est exigée : le parcours du colonel Alexis Rougier, pilote de chasse devenu chef d’état-major du commandement, l’illustre.

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