On parle volontiers de chars, d’avions et de munitions. Beaucoup moins de la paie, des repas et des treillis — alors que ce sont eux qui déterminent combien de temps une armée tient. Notre invité, commissaire en chef de 2e classe, chef de corps d’un groupement de soutien du commissariat des armées à Montauban, a fait toute sa carrière dans cette fonction. Ancien conscrit devenu officier, passé par l’OTAN à Norfolk et par l’École de guerre, il explique en une heure pourquoi « sans soutien, vous ne durerez pas ».
Ce qu’il faut retenir de cet épisode
- Les trois missions du commissariat des armées tiennent en trois verbes : solder, nourrir, habiller.
- Le mot « contrôle » vient du contre-rôle, le document que les commissaires du roi tenaient au XIVe siècle pour vérifier que l’argent des troupes était bien dépensé.
- L’US Army aligne, selon notre invité, de l’ordre de dix logisticiens pour un combattant — et projette ses soldats pour un an, là où la France tourne à quatre ou six mois.
- Ce qui impressionne les Américains chez le soldat français, ce n’est pas ses moyens : c’est sa rusticité. « Il faut garder une aptitude à combattre en mode dégradé. »
- Sur l’influence, devenue sixième fonction stratégique : « il ne faut pas être timoré dans le domaine, il ne faut pas se complexer ».
- Son conseil final tient en deux mots : régularité et discipline. « Ne pas attendre la motivation. La motivation, c’est très fluctuant. »
« Monsieur le commissaire » : un corps à statut particulier
Première surprise de l’entretien : on ne dit pas « mon colonel » à un commissaire des armées. Le corps a un statut particulier, et l’appellation est civile — monsieur le commissaire — même si les grades ont une équivalence stricte avec ceux de l’armée de terre ou de l’armée de l’air. Commissaire en chef de 2e classe correspond ainsi à lieutenant-colonel.
Le parcours de notre invité est lui aussi atypique. Il arrive sous l’uniforme en 2000 par le service militaire, dans l’armée de terre. Ça lui plaît, il reste. En 2008, il passe le concours semi-direct de commissaire de l’armée de terre — corps qui deviendra ensuite, par fusion, le commissariat des armées. Vingt-cinq ans de carrière plus tard, il commande un groupement de soutien.
La voie normale, explique-t-il, c’est le recrutement direct : une formation universitaire en gestion, en finances ou en droit, le concours, puis, une dizaine d’années après l’engagement, la préparation de l’enseignement militaire supérieur du second degré — l’École de guerre. Un ancien appelé qui suit ce chemin est plus rare. « Je pense que ça participe un peu à la richesse du corps d’avoir des profils variés. »
Solder, nourrir, habiller
Le service du commissariat des armées assure le soutien de proximité des forces, et plus particulièrement ce qu’on appelle le soutien de l’homme. Trois missions principales, trois verbes : solder, nourrir, habiller.
Habiller, c’est l’approvisionnement en effets militaires — le treillis que porte notre invité pendant l’enregistrement. Nourrir, c’est l’alimentation régalienne des unités, assurée par les cercles et les mess des groupements. Solder, c’est le paiement de la solde, avec des correspondants soldes capables d’expliquer à un militaire pourquoi il a touché moins — ou plus — ce mois-ci.
Concrètement, son groupement soutient trois unités de l’armée de terre : le 10e régiment du génie parachutiste, le 31e régiment du génie et le centre de formation initiale des militaires de Caylus.
Derrière ces tâches apparemment administratives, il y a une conviction : « Derrière le combattant, il y a une vie de famille. Il faut tout faire pour qu’il n’ait pas de problème à se poser sur ces questions administratives, financières ou de soutien. » Un soldat qui n’est pas payé n’est pas disponible dans sa tête.
Du « rôle » au « contre-rôle » : d’où vient le mot contrôle
Le passage historique de l’épisode vaut le détour. Le corps remonte au règne de Jean le Bon, au XIVe siècle — notre invité rectifie lui-même sa date en cours d’entretien, « pour les puristes ».
À l’époque, il n’y a pas de conscription. Le roi de France verse de l’argent à des nobles pour qu’ils arment des compagnies et lèvent des hommes d’armes. On lui remet le rôle, c’est-à-dire le document listant les enrôlés — d’où le mot enrôlement. Sauf que le roi s’aperçoit qu’il y a « parfois un peu d’évaporation ».
Il commissionne alors des gens de bonne moralité pour vérifier que l’argent consacré aux troupes correspond bien à ce qui est dépensé. Ces commissaires établissent un second document, le contre-rôle — d’où le mot contrôle. Le commissaire des armées naît donc comme une fonction de vérification budgétaire, pas de logistique.
Le glissement se fait plus tard. Sous l’Empire, l’intendance — autre nom du métier — se charge de l’approvisionnement en fourrage et en habillement des armées napoléoniennes. Et cela change tout : si les colonnes de Napoléon marchent plus vite que les autres armées européennes, c’est aussi parce qu’elles sont mieux ravitaillées. « Cette logique n’a pas changé. »
Dix logisticiens pour un combattant : le modèle américain
Notre invité a servi trois ans aux États-Unis, à Norfolk, au sein du commandement allié pour la Transformation de l’OTAN. Il en tire un chiffre : l’armée américaine tournerait autour de dix logisticiens pour un combattant.
Ce ratio a une conséquence directe : la durée. L’US Army projette souvent ses militaires pour un an. Tenir un an loin de chez soi suppose un soutien de proximité qui permet de régénérer les forces physiques et morales. « Si vous êtes projeté loin de chez vous pendant un an, c’est beaucoup. Quatre mois, c’est déjà beaucoup. »
Les armées françaises fonctionnent sur des mandats de quatre à six mois — parfois deux mois pour certains équipages. Et notre invité insiste : psychologiquement, quatre mois, six mois ou un an, ce n’est pas la même chose. Un an « nécessite une autre posture intellectuelle et psychologique », notamment vis-à-vis de la famille.
Déployé à Bagdad, sur la base Union III, en 2016, il a vu comment cela se traduit sur le terrain : un dining facility — le fameux « DFAC » — ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, parce que les patrouilles rentrent à toute heure, avec des quantités et un choix de nourriture considérables. « Si vous avez faim à n’importe quelle heure de la nuit, vous pouvez vous lever et trouver à manger. » Sur une base française projetée, il y a des horaires.
L’explication première tient au budget : autour de 800 milliards de dollars pour la défense américaine. « Même si on entend souvent dire que les États-Unis ont entamé une phase de déclin, ça reste aujourd’hui, à mon sens, l’hyperpuissance. »
La rusticité française est-elle une force ou un aveu de pauvreté ?
C’est le débat le plus intéressant de l’entretien. Sur une base américaine, tout est recréé à l’identique — les enseignes, les magasins, jusqu’au rouleau de papier toilette importé. Sur une base française au Sahel, on achète le pain à la boulangerie locale et on fait travailler des locaux.
Notre invité refuse de lire cette différence comme une simple infériorité. D’abord parce que le recours au personnel local maintient un lien avec les populations. Ensuite parce que ce que les Américains admirent chez le soldat français, c’est précisément sa rusticité — une qualité qu’il retrouve chez les Britanniques, et qu’une armée très bien dotée a mécaniquement tendance à perdre.
« Quand vous avez beaucoup de moyens logistiques, vous avez forcément tendance à ne pas rechercher la rusticité. »
Il nuance immédiatement : une partie de l’armée américaine s’entraîne dans des conditions extrêmement rustiques, y compris à quelques kilomètres de la base où il servait. Le vrai sujet n’est donc pas « moyens contre rusticité », mais le compromis entre les deux : mettre les moyens logistiques nécessaires pour durer, tout en gardant l’aptitude à fonctionner en mode dégradé.
Fred rappelle la formule des parachutistes : « le para refuse le confort ». La prière du para demande la souffrance, pas le confort. Et notre invité y ajoute un enjeu de société : la population était rurale et habituée à marcher, elle est aujourd’hui urbaine. « Garder une certaine aptitude à être rustique, c’est en même temps garder une aptitude à être résilient. »
Le nettoyage d’armes, les cartes papier et la panne d’électronique
Deux exemples concrets illustrent ce que « garder les fondamentaux » veut dire.
Le premier vient de la marine : la Marine nationale serait, lui a-t-on expliqué à bord, l’une des dernières à conserver des cartes papier et à entretenir la compétence de navigation associée, au cas où l’électronique cesserait de fonctionner. « À l’ère des cyberguerres, c’est de plus en plus facile de mettre un système électronique à genoux. »
Le second est plus terrestre. Jeune, il s’agaçait des séances de nettoyage d’armement qui duraient des heures alors qu’il existe des bacs et des produits spécifiques qui font le travail. « Aujourd’hui, avec le recul, je me dis que si vous êtes sur le terrain et que votre arme s’enraye parce qu’elle est sale, il faut être capable de la nettoyer très rapidement. » Donc de la connaître, donc de savoir la démonter.
C’est pour cette raison que son groupement organise très fréquemment des sorties de terrain pour les jeunes, quelle que soit leur spécialité. La justification n’est pas symbolique : en 2004, à Bouaké, en Côte d’Ivoire, il y a eu des morts — y compris parmi le personnel du soutien. Chacun doit garder ses gestes réflexes : se déplacer, se poster, utiliser son arme.
Forces morales et hypothèse d’engagement majeur
Pourquoi le concept de forces morales, présent chez Clausewitz comme chez Sun Tzu, revient-il aujourd’hui dans tous les discours ?
Réponse de notre invité, présentée comme un avis personnel : la France n’a pas connu de conflit sur son sol depuis 1945, et l’émergence de la société de consommation a produit « une sorte d’hédonisme » où l’on n’est plus forcément prêt à accepter un conflit de haute intensité.
Or le chef d’état-major des armées, le général Burkhard, a resitué la France dans une séquence compétition – contestation – affrontement, avec l’hypothèse d’un ennemi à parité, c’est-à-dire disposant d’un spectre capacitaire équivalent. Cela signifie des combats durs, y compris, dans le cas extrême, sur le territoire national.
Le problème, c’est que les témoins directs disparaissent. Notre invité, 51 ans, a eu la chance d’entendre ses grands-parents — vingt ans au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale — raconter les bombardements. « Un documentaire n’a pas la même portée que quelqu’un qui a vécu la chose et vous la raconte. » Et pourtant, ajoute-t-il, il suffit d’allumer la télévision.
Côté préparation, il cite l’exercice Orion, mené en 2023 et — sauf erreur de sa part — appelé à être répété en 2026 : un entraînement majeur destiné à montrer comment soutenir une manœuvre de grande envergure sur le territoire national en cas de combat de haute intensité. Sa priorité immédiate, elle, est plus prosaïque : recruter des réservistes, y compris des civils qui n’ont jamais été militaires.
L’influence, sixième fonction stratégique
C’est le sujet sur lequel notre invité a travaillé à l’École de guerre, dont il a présidé le premier comité influence — créé en 2023, aux côtés des comités stratégie, histoire ou géopolitique, après l’érection de l’influence en sixième fonction stratégique du concept stratégique français.
Son diagnostic : le dispositif est encore en début de mise en place. La stratégie d’influence française est pilotée par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ; les armées cherchent à la décliner sous un prisme militaire, et ce qui fonctionne aujourd’hui, c’est la lutte informationnelle, dont la doctrine a été publiée fin 2023.
Il rappelle au passage que la France a longtemps fait de l’influence sans le savoir, « comme monsieur Jourdain faisait de la prose ». Son anecdote préférée : à Waterloo, les forces coalisées commandées par Wellington communiquaient entre elles en français pour combattre la France. Il recommande sur ce point l’ouvrage de l’académicien Marc Fumaroli, Quand l’Europe parlait français.
Ce qui change avec la revue nationale stratégique de 2022, c’est la volonté de formaliser — de poser une doctrine plutôt que de se reposer sur un héritage. Et son message aux armées est net :
« Il ne faut pas être timoré dans le domaine, il ne faut pas se complexer. On a des moyens, on a des savoir-faire, on a une jeunesse formée dans le domaine du cyber, et on n’en est qu’au début. »
Interopérabilité : le vrai obstacle, c’est la langue
Si les États-Unis se désengageaient d’Europe, les Européens additionnés formeraient une force considérable. Mais la coordonner est une autre affaire, et l’interopérabilité « c’est bien sur le papier ».
Pour notre invité, qui a travaillé à l’OTAN, le problème majeur n’est pas la procédure — elle existe et elle est bonne — mais la langue. Les Australiens et les Néo-Zélandais travaillent facilement avec les Américains et les Britanniques pour des raisons historiques évidentes. Négocier finement suppose de maîtriser la langue : il plaide pour une politique de formation linguistique volontariste.
Il refuse pour autant le pessimisme. On intègre un bâtiment allié à un groupe aéronaval très rapidement ; on mène des exercices conjoints de grande ampleur, comme Cold Response. « Il ne faut pas tout le temps se flageller. »
Sur l’hypothèse américaine, il distingue deux scénarios : un retrait total de l’OTAN, auquel il ne croit pas, ou un retrait du commandement intégré — comme la France l’a fait en 1966. Cette seconde hypothèse ouvrirait des repositionnements. La France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne, pourrait y jouer un rôle de premier plan, en concertation avec la Pologne, qui a lancé un programme d’armement ambitieux, et l’Allemagne, engagée dans un effort de modernisation massif.
Et côté soutien ? Il faudra mutualiser les moyens des partenaires européens. La France a une carte à jouer : elle sait déployer des bases vie complètes — éléments tractables de cuisine, remorques douche — et dispose, sur ce type d’équipement, d’un « coup d’avance » sur plusieurs partenaires. Reste à passer à l’échelle quantitative, celle d’une manœuvre de corps d’armée.
Industriels : ce qui bloque, c’est la méconnaissance de l’achat public
Le commissariat achète, et il achète dans le cadre du code de la commande publique. À la question « comment une PME travaille-t-elle avec les armées ? », la réponse de notre invité est concrète : former son personnel au traitement des appels d’offres.
Beaucoup d’entreprises, estime-t-il, se privent de répondre par simple méconnaissance de l’achat public — des normes très différentes des contrats privés. Le recours à un cabinet spécialisé est une option ; avoir en interne des gens formés est une meilleure stratégie.
À son niveau, il entretient le lien localement : présence aux assemblées générales de la chambre de commerce, veille technologique sur ce que proposent les entreprises du bassin. Un jeu gagnant-gagnant, qui ouvre aussi des portes pour la réserve et pour la reconversion des militaires, conjointement avec les antennes mobilité défense.
Sur la base industrielle et technologique de défense, il voit surtout les drones. Ce que la guerre en Ukraine a fait au drone lui évoque ce que 1914-1918 a fait à l’aviation : « s’il y avait des sceptiques, on a vu que l’aviation était indispensable ». Il en tire une exigence pour l’économie de guerre : penser réversibilité, c’est-à-dire un outil productif capable de basculer, avec des moyens polyvalents.
Le lien armée-nation : ce que la fin de la conscription a coûté
Aux États-Unis, un militaire étranger en uniforme se fait arrêter dans la rue pour être remercié. « Thank you for your service. Je dois avouer que ça fait chaud au cœur. »
Fred pointe le paradoxe : les États-Unis n’ont pas connu la guerre sur leur sol depuis la guerre de Sécession (1861-1865), la France si — et c’est pourtant en France que le rapport à l’armée est le plus distant. Notre invité avance deux hypothèses : le puissant mouvement pacifiste né de la Première Guerre mondiale, et les traces laissées dans l’inconscient collectif par les conflits de la décolonisation.
Sa réponse est la visibilité. Faire comprendre que le militaire est un citoyen au même titre qu’un policier, un pompier ou une infirmière. Il note à ce titre la réautorisation du port de l’uniforme dans l’espace public par le gouverneur militaire de Paris : « ça habitue les gens à revoir du militaire en treillis, pas uniquement à Sentinelle ».
Il y a enfin ce que la fin de la conscription a emporté. Annoncée par Jacques Chirac en 1996, étalée sur cinq ans, elle était dans les faits effective dès 2000 — notre invité a connu « la fin de l’ancien monde et la mise en place du nouveau ». Avec elle a disparu une mixité sociale : « tout le monde est vert », dit-il de l’époque où, quelle que soit l’origine, on inculquait à tous les mêmes savoir-faire.
« Le service national, c’était l’impôt citoyen. Il vous donnait un sentiment d’appartenance à une collectivité, à une communauté nationale. »
Effet de bord rarement évoqué : dans les années 1970, n’importe quel DRH avait été militaire et connaissait donc l’armée. Ce n’est plus le cas, et il faut « repenser un nouveau modèle de connexion ».
« La notion de soldat politique n’existe pas en France »
Dernier sujet sensible : l’armée est-elle devenue politiquement connotée, dès lors que le patriotisme, le drapeau et même le mot « citoyenneté » semblent captés par certains courants ?
La position de notre invité est claire. Le militaire est d’abord un citoyen, qui vote — un droit acquis tardivement, après les femmes, d’où l’expression de Grande Muette. Il peut avoir des préférences politiques sur un modèle économique ou sociétal, comme n’importe qui. Mais « les valeurs communes transcendent l’aspect partisan ».
Ce qui serait mauvais, c’est la récupération : « la notion de soldat politique n’existe pas en France ». Elle existe ailleurs, avec les résultats que l’on connaît. Les forces armées rassemblent des personnes d’horizons, d’origines et de perceptions diverses ; pour que cela fonctionne, il faut « un point commun où tout le monde marche dans le même sens ».
Devenir commissaire des armées : profils et qualités
Le commissariat ne recrute pas que des commissaires : il compte aussi des officiers, des sous-officiers, des militaires du rang et du personnel civil. Localement, notre invité met l’accent sur les métiers de la restauration collective, en tension — il faut des gens qui soient à la fois cuisiniers et combattants.
Son travail de recrutement passe par les classes défense, les forums des métiers et les événements organisés avec la délégation militaire départementale, comme le Rallye citoyen. Le message adressé aux lycéens : devenir administrateur militaire, c’est exercer un métier qui existe dans le civil — juriste, économiste, gestionnaire, logisticien — mais dans un environnement militaire.
Les qualités requises ? Le sens de l’engagement, d’abord, parce que les contraintes sont les mêmes que dans les forces : projections en opération extérieure, exercices loin de chez soi, formation permanente. Puis la camaraderie et la cohésion. Venu du privé, il dit avoir trouvé dans l’armée « une sorte de fraternité d’armes » et le sentiment d’appartenir à un ensemble qui le dépassait.
Le bilan qu’il en tire, à 51 ans, est un argument de recrutement en soi : il a sauté en parachute, fait de l’aguerrissement en montagne, servi en opération extérieure, travaillé dans un état-major de très haut niveau aux États-Unis et visité le Pentagone. « Je le dois aux armées. » Et une conviction : « Pour quelqu’un qui veut s’en donner la peine, tout est possible. L’ascenseur social fonctionne. »
Le conseil : la discipline plutôt que la motivation
Comme à chaque épisode, la dernière question porte sur le conseil qui l’a le plus marqué. Il en retient un, reçu très tôt : se former et se maintenir à niveau est un devoir — physiquement, intellectuellement, psychologiquement.
Exemple personnel : il a entretenu son anglais alors que ses postes ne l’exigeaient pas. C’est ce qui lui a valu trois ans aux États-Unis. Il cite aussi de Gaulle, pour qui l’expérience du commandement repose largement sur la culture générale — « lisez, instruisez-vous en histoire ». Cela évite, ajoute-t-il en souriant, les confusions de siècle.
Surtout, il distingue nettement motivation et discipline :
« La motivation, c’est très fluctuant. Des fois on a envie, des fois on n’a pas envie. On n’a pas forcément envie de courir quand il pleut. Plus que la motivation, c’est la discipline personnelle, intellectuelle et physique. »
La méthode est modeste et vérifiable : un quart d’heure par jour, tous les jours. « Au bout d’une année, ça fait pas mal de volume et de capacité de progrès. » Il y ajoute la projection — quand il prend un poste, il pense au poste d’après — et rappelle que la répétition est la base de la pédagogie militaire.
Il conclut sur une note générationnelle assumée : à l’époque, il fallait commander des documents par la poste et se contenter d’une VHS de deux heures. Aujourd’hui, tout est disponible, gratuitement et sans limite. « Il n’y a pas d’excuse. »
Questions fréquentes
Que fait le commissariat des armées ?
Le service du commissariat des armées assure le soutien de proximité des forces françaises, et notamment le soutien de l’homme. Ses trois missions principales se résument en trois verbes : solder (payer la solde des militaires), nourrir (l’alimentation des unités, via les cercles et les mess) et habiller (l’approvisionnement en effets et en équipements individuels). Il assure aussi une part du soutien administratif et juridique des unités.
Pourquoi dit-on « monsieur le commissaire » et non « mon colonel » ?
Parce que les commissaires des armées forment un corps à statut particulier, avec une appellation propre. Leurs grades ont toutefois une équivalence stricte avec ceux des autres armées : un commissaire en chef de 2e classe correspond ainsi à un lieutenant-colonel de l’armée de terre ou de l’armée de l’air.
D’où vient le mot « contrôle » ?
Du contre-rôle. Au XIVe siècle, sous Jean le Bon, le roi de France finançait des nobles pour lever des compagnies et recevait en retour le « rôle », c’est-à-dire la liste des hommes enrôlés — d’où le mot enrôlement. Constatant des détournements, il commissionna des vérificateurs, les commissaires, chargés d’établir un second document de vérification : le contre-rôle, devenu le contrôle.
Combien de temps dure une projection en opération extérieure ?
Dans les armées françaises, un mandat dure généralement quatre à six mois, avec quelques missions plus courtes, de l’ordre de deux mois, pour certaines spécialités. L’US Army projette au contraire souvent ses militaires pour un an, ce qui suppose un soutien de proximité beaucoup plus développé — de l’ordre de dix logisticiens pour un combattant selon l’estimation citée dans cet épisode.
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