Les pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie fêtent leurs cinquante ans. Le major Stéphane commande celui de Toulouse Saint-Michel depuis août 2024, après vingt-huit ans de service dont seize en antenne GIGN. Il détaille ce que fait réellement un PSIG au quotidien, comment on y entre, pourquoi la routine y est plus dangereuse que l’adversaire — et pourquoi il demande à ses hommes de placer le curseur au plus haut sur chaque intervention.
Ce qu’il faut retenir de cet épisode
- Les PSIG sont désormais professionnalisés : uniquement des sous-officiers, plus de gendarmes adjoints volontaires — pour casser le turnover et bâtir une vraie cohésion.
- En cas d’attaque terroriste, leur rôle est d’être primo-arrivants : fixer la menace, attirer les feux, puis préparer la relève du GIGN.
- Sa règle d’engagement : « Je veux que le curseur soit le plus haut possible. C’est plus facile de le redescendre que de le remonter. »
- La différence avec une unité spécialisée : en antenne, on sait sur qui on intervient. En PSIG, « il n’y a pas marqué sur le pare-brise : individu dangereux ».
- Le profil qui l’inquiète le plus n’est ni l’alcoolisé ni le drogué : c’est la crise psychiatrique, qui fait voler en éclats tous les cas anticipés.
- Son conseil au grand public : « Au lieu de filmer, aidez. Si trois personnes décident d’intervenir, l’agression cesse. »
D’une antenne GIGN à un PSIG, cinquante mètres plus loin
Son parcours est celui d’un gendarme de terrain. Gendarme auxiliaire en 1997, gendarme mobile de 2000 à 2007, puis les tests — passés deux fois — pour rejoindre les unités d’intervention. Suivront seize années en unité spécialisée, en antenne GIGN, à La Réunion, à Dijon puis à Toulouse.
Puis la limite d’âge. « Quitter une unité d’intervention spécialisée, c’est toujours compliqué, on ne va pas se mentir : c’était un métier passion, c’est pour ça que j’étais entré en gendarmerie. J’avais atteint mon objectif, il fallait que j’en trouve un autre — je ne souhaitais pas rester en gendarmerie pour me laisser mourir. »
Le hasard fait bien les choses : les gendarmes du PSIG voisin — même caserne, cinquante mètres plus loin — étaient venus le solliciter pour se former au travail au bouclier et à la gestion du forcené. « Ils avaient une vraie envie. » Il prend le commandement le 1er août 2024. « Je m’éclate. On a réussi à recréer la cohésion qu’on avait en antenne. »
Il précise d’emblée ce qui change : « Dans le spectre de l’intervention, je suis resté dans l’intervention. Mais on passe moins de temps à s’entraîner et plus à être sur le terrain, à patrouiller, à surveiller, à assister nos camarades des brigades. » Sans compter les aspects RH et administratifs.
Cinquante ans de PSIG
Créés au milieu des années 1970 — l’anniversaire tombe en 2025 —, les PSIG répondaient à un besoin simple : disposer d’un petit groupe d’intervention en local, « le bras armé du commandant de compagnie », composé de gendarmes non accaparés par les procédures et capables de venir renforcer les camarades sur le terrain.
Deux évolutions ont transformé l’unité.
Après les attentats de 2015, la création des PSIG Sabre les dote de fusils d’assaut, de protections et de boucliers balistiques, pour pouvoir intervenir en primo-arrivants sur une crise terroriste.
Plus récemment, la professionnalisation. Les gendarmes adjoints volontaires qui complétaient les effectifs ont été remplacés par des sous-officiers uniquement. La raison est explicitement collective : « Avec les volontaires qui passaient les concours, il y avait un turnover conséquent — les bons éléments partaient vite. L’intérêt, c’est de faire perdurer les personnels, créer une dynamique, et que chacun sache comment chacun travaille. C’est ce qui se fait dans les unités d’intervention. »
Les effectifs varient de douze à une quarantaine selon la délinquance locale, et chaque peloton a sa propre identité, liée à sa position géographique, son emploi et ses équipements. La seule couronne toulousaine en compte quatre.
Le quotidien : permanence, écoute radio, appui
Le principe qu’il a voulu installer en prenant le commandement vient de l’unité spécialisée : un groupe d’alerte prêt à intervenir 24 heures sur 24 sur la circonscription de la compagnie.
Concrètement, les patrouilles se succèdent le matin, l’après-midi et la nuit, avec des horaires adaptés aux événements, pour couvrir tout le cadran horaire. Le reste du temps, c’est de la surveillance — « notre priorité ».
Le mécanisme d’appui, lui, ne passe pas nécessairement par une demande. « On est en écoute radio permanente. Dès qu’on entend, sans forcément qu’ils nous sollicitent, on vient les soutenir et couvrir leur intervention. » Une intervention de brigade « se gère bien dans 90 % des cas » ; c’est pour les 10 % restants que le PSIG existe.
Sur la nature des menaces, il est direct : trafic de stupéfiants, violences intrafamiliales, incivilités, bagarres, et agressions à l’arme blanche principalement. S’y ajoute le contrôle des flux, la position géographique du secteur l’exposant à une forte délinquance itinérante.
Son équivalent dans la police nationale : la BAC, avec laquelle il dit entretenir d’excellents contacts, notamment sur la transmission de renseignement — et beaucoup de dossiers communs sur les refus d’obtempérer.
Ce qui se passe en cas de crise majeure
La proximité permanente sur le terrain a une raison d’être précise : réduire le délai d’intervention. Sur une attaque terroriste, le PSIG sera donc là le premier.
Sa mission tient alors en deux temps. D’abord fixer la menace : « attirer les feux sur nous, pour qu’il n’y ait pas de victimes collatérales ». Ensuite, si la crise dure, préparer la relève des unités spécialisées — antenne GIGN ou GIGN — en montant un poste de commandement et en les renseignant sur l’ambiance générale et la localisation. « Ça, c’est notre vrai rôle. »
Le peloton n’a pas de tireurs d’élite, faute d’armes dédiées : deux fusils d’assaut et des armes d’épaule. En revanche, lors des interpellations domiciliaires, il met en place des appuis observateurs — des personnels placés à l’extérieur pour renseigner et alerter.
Il dispose en revanche de cellules opérationnelles spécialisées, en surveillance et observation, et surtout en effraction — sa spécialité, héritée de l’antenne, qu’il a transmise avec son adjoint venu du même monde. Objectif : la « fulgurance » dans l’ouverture des portes.
Comment on entre au PSIG
La question revient souvent, dit-il, dans les forums où il rencontre des jeunes. Le chemin est balisé.
Il faut d’abord être gendarme sous-officier : concours, école de gendarmerie, formation initiale. Vient ensuite le PASS PSIG, une évaluation de deux jours portant sur les capacités physiques, techniques, tactiques et intellectuelles. C’est lui qui ouvre l’accès à un peloton.
L’arrivée ne clôt pas la formation : chaque PSIG en délivre une complémentaire, adaptée à ce qu’il veut mettre en place. Il cite pour le sien l’investigation, le travail contre le véhicule, la progression en colonne, le contrôle d’individu et la triangulation.
Il n’y a pas, précise-t-il, l’épée de Damoclès de certaines unités d’élite où l’on peut être renvoyé en première année. Une circulaire récente permet toutefois à l’encadrement de réorienter celui qui « ne fait pas la maille » — « on ne va pas le virer, on essaiera de trouver des solutions ». Les pelotons sont par ailleurs évalués tous les deux ans par le centre régional d’instruction, en plus du contrôle continu interne.
Le PSIG fonctionne enfin comme antichambre des unités spécialisées : « Un jeune gendarme y prend goût à l’intervention, à l’effort, à l’entraînement, et après il postule. » Trois de ses vingt-deux hommes visent aujourd’hui le GIGN ou une antenne.
La routine, plus dangereuse que l’adversaire
C’est l’analyse la plus intéressante de l’épisode, et elle vient d’un homme qui a connu les deux mondes.
« En antenne GIGN, on sait sur quoi on va. Dans la plupart des cas, on a affaire à des gens chevronnés, avec des antécédents judiciaires conséquents. » En PSIG, on intervient sur quelqu’un au bord de la route : « derrière, il n’y a pas marqué en gros sur son pare-brise : attention, individu dangereux. »
S’ajoute la difficulté du basculement. Les engagements du PSIG sont divers — cela peut être de la police secours —, « et il faut savoir switcher », sortir mentalement d’un contrôle standard pour affronter une situation qui ne l’est plus. « C’est là où ça peut être plus dangereux. » D’où son insistance : « Il y a cette routine qui peut vite s’installer, et qui est pour moi la plus dangereuse. »
Sa parade tient en une règle, qu’il assume comme volontairement excessive : « Je veux que sur chaque intervention le curseur soit le plus haut possible. On intervient sur un individu lambda, on part sur un individu potentiellement terroriste. J’exagère, mais je veux qu’ils mettent le curseur haut : c’est plus facile de le descendre que de le remonter. » Le scénario inverse — arriver tranquillement, dire bonjour monsieur je viens vous contrôler, et voir l’homme sortir un couteau — ne laisse aucune marge.
C’est aussi pourquoi les fouilles et palpations sont répétées jusqu’à l’automatisme à l’entraînement, y compris après une interpellation en apparence banale.
Le profil qu’il redoute
Interrogé sur ce qu’il y a de pire dans son métier, sa réponse ne porte ni sur le crime ni sur la violence.
« Quelqu’un d’alcoolisé, quelqu’un d’énervé, on arrivera à le gérer, à le calmer. Mais quelqu’un en crise psychiatrique, c’est pour moi le plus compliqué et le plus dangereux. » La raison tient à sa propre méthode : le PSIG anticipe tout, prépare des « cas conformes » et leurs variantes. « Sur des profils psy, tous les cas conformes qu’on a pu imaginer, il se passe des choses encore plus dingues. » Il évoque, impressionné, ces interventions où la personne ne sent pas les clés de bras.
Conséquence opérationnelle : c’est au moment de la réception de l’appel, avec les chefs de groupe, que l’évaluation doit changer de nature — « l’abordage de cette situation doit être différent de ce qu’on fait d’habitude ».
Il note aussi que derrière les crimes qu’il constate, il y a presque toujours un facteur : la drogue ou l’alcool.
Le stress, le débriefing et la parole
Moniteur d’optimisation des ressources — l’évolution de ce qu’on appelait les techniques d’optimisation du potentiel —, il décrit un dispositif à plusieurs étages.
D’abord le débriefing systématique après chaque mission, sensible ou non, portant sur le technique, le tactique, mais aussi sur la perception du stress. Sa règle est nette : « Un débriefing, ce n’est pas fait pour se congratuler, c’est fait pour dire ce qui ne va pas. Mais une fois que c’est dit, c’est fini — on n’en parle pas dix ans, on ne fait pas la gueule. »
S’y ajoutent des séances de relaxation — « et aussi de dynamisation » —, la proximité d’une assistante sociale et d’une psychologue, et le rôle de l’encadrement : « percevoir une défaillance chez quelqu’un pour essayer d’y remédier ». Dans un métier où « il y a pas mal d’egos », dit-il, la parole se libère malgré tout.
Sur le stress lui-même, il rapporte une leçon retenue en formation. Un professeur avait fait un tour de table en demandant qui avait zéro stress, puis qui en avait dix. « À celui qui a zéro, il a dit : tu es mort. À celui qui a dix : tu es mort. » « Sans stress, tu meurs. » Le stress, pour lui, n’a rien de négatif : c’est un signal d’alerte, et « quelque chose de galvanisant ».
Ce qu’il pense de la génération qui arrive
En prenant le commandement, il a hérité d’un effectif renouvelé à 70 %. Il avait donc, dit-il, entendu tout ce qui se dit sur la « génération Z » — et il prend le contrepied.
« Elle est différente de la nôtre, mais elle n’est pas moins intéressante. On a besoin de se nourrir d’eux aussi : ils nous apportent des choses nouvelles, sur l’informatique, sur les médias, des trucs où nous étions passés un peu à côté. » Il salue la motivation et la soif d’apprendre — « c’est un vrai régal ».
Le seul reproche qu’il formule est celui de la rusticité : « Ce ne sont pas des gens qui vont passer vingt-quatre heures sur le terrain sous la pluie. » Avec cette nuance immédiate : « Enfin, ils vont le faire — et ils auront le sourire après. »
La vraie différence est ailleurs, et rejoint ce que disait un ancien officier dans un épisode précédent de ce podcast — parallèle qu’il valide explicitement. « Quand je suis rentré, je me projetais dans une carrière longue. Je n’ai pas l’impression qu’ils se projettent. Ils sont venus pour prendre ce qu’il y a à prendre, et peut-être que quand ils seront lassés, ils décideront de partir. » Sans jugement : « Je ne sais pas qui a raison. En tout cas, ils sont présents et ils font bien le taf. »
Militaires avant tout, et la cohésion qui va avec
Sur le statut militaire de la gendarmerie, il ne transige pas : « Il est indispensable. C’est aussi l’engagement — quand on signe ce contrat, on sait qu’il sera ultime. C’est ce qui est garant de la force de la gendarmerie », et de la disponibilité de ses personnels.
Avec une évolution qu’il constate sans la déplorer : « Ce n’est plus comme à l’époque du ferme-la et avance. Maintenant, les gens ont besoin de comprendre et il faut leur expliquer. Il faut leur expliquer longtemps, mais ils comprennent vite. »
La cohésion, elle, s’entretient par le dialogue et par tout ce qui sort du cadre : repas d’unité à Halloween et à Noël, sorties organisées par l’association, barbecues du dimanche, repas avec les familles. « C’est déjà plus facile parce qu’on n’a pas la tenue. » Et cette conviction d’encadrant : « Il faut savoir laisser du temps et un peu de liberté aux gars. »
Sans confusion sur le rôle du chef, résumé d’une formule : « On est vingt-deux, il y a vingt-deux personnalités et il peut y avoir vingt-deux avis. Le meilleur, de toute façon, c’est le mien : c’est le chef qui décide. »
De ses années en unité spécialisée, il retient d’ailleurs moins les missions que cela. La création du groupe à Dijon — « on a fini à dix-sept », avec des cadres du GIGN « extraordinaires » dans la transmission. Et surtout : « la confiance aveugle. C’est rare, de nos jours, d’avoir une confiance aveugle en quelqu’un. » Plus la remise en question permanente : « Chaque matin en te levant, tu sais qu’il faut que tu sois meilleur. »
Délinquance : ce que disent ses chiffres
Interrogé sur la réalité d’une hausse dont on débat surtout sur les plateaux, il répond par ses propres statistiques. Pour son peloton, sur une année 2025 non achevée au moment de l’entretien : 219 interventions et 103 interpellations, avec, dans ces cas, la découverte d’armes — blanches pour l’essentiel, parfois des armes à feu ou des répliques.
« On voit cette montée en puissance », dit-il, en anticipant que les années à venir confronteront les PSIG à davantage de délinquance encore. Sa seule réponse à son échelle : « être omniprésent sur le terrain et procéder aux interpellations ».
Sur le narcotrafic, il refuse le découragement : « Il ne faut pas perdre espoir, ne pas se dire qu’on n’y arrivera pas. Arrêter un livreur ou une nourrice qui a plusieurs kilos chez lui, on met quand même à mal le trafic. » Et il met le consommateur en cause au même titre que le vendeur : « Il vient nourrir ce réseau-là. C’est tout aussi répréhensible. » Sans accepter l’argument de la misère sociale : « Il y a plein de façons de s’en sortir autrement qu’en vendant de la drogue. »
Sur sa propre sécurité, il reste mesuré. Il porte un tour de cou couvrant une partie du visage, parce qu’un PSIG travaille « en local » et fréquente le secteur où il intervient. Mais il ne ressent pas de pression particulière, ni pour lui ni pour sa famille — le fait d’habiter en caserne y contribuant. « Il faut être vigilant. C’est juste de la vigilance. »
Son conseil : anticiper — et intervenir
Le conseil qu’il retient d’abord vaut pour son métier, mais il le généralise volontiers : l’anticipation. « Mettre des mots, parce que ça permet de visualiser la situation, de savoir comment on va y aller, et surtout de se dire : si ça ne se passe pas comme ça, qu’est-ce qu’on fait ? »
Il y ajoute la visualisation mentale, apprise en formation à l’optimisation du potentiel : « Ça prépare déjà ton corps. Tu ne peux pas reproduire les douleurs, mais tu as ta ligne tracée, tu sais où tu dois aller. » Le reste relève de l’entraînement physique et de l’endurance, qui retarde le moment où la douleur enclenche l’effet tunnel — « et il n’y a pas de science exacte : à un moment, tu es face à toi-même ».
Mais le message qu’il tient à faire passer au grand public est ailleurs, et il ferme l’épisode. Face aux agressions filmées plutôt qu’interrompues : « Au lieu de filmer, on peut assister, protéger, aider. Quelqu’un se fait agresser dans la rue, il y a vingt personnes autour. Si ne serait-ce que trois décident d’intervenir, l’agression cesse. »
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un PSIG ?
Un peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie : une unité locale, rattachée à une compagnie, chargée de patrouiller et de surveiller en permanence, et d’appuyer les brigades sur les interventions les plus délicates. Créés au milieu des années 1970, les PSIG comptent aujourd’hui de douze à une quarantaine de gendarmes selon les secteurs.
Quelle différence entre un PSIG et le GIGN ?
Le PSIG est une unité de terrain généraliste, présente en permanence et donc primo-arrivante sur une crise ; le GIGN et ses antennes sont des unités spécialisées, dont c’est l’unique métier et qui s’entraînent en conséquence. Sur une crise durable, le rôle du PSIG consiste à fixer la menace, monter un poste de commandement et préparer la relève par l’unité spécialisée.
Comment intégrer un PSIG ?
Il faut être gendarme sous-officier de carrière, donc avoir passé le concours et la formation en école de gendarmerie, puis obtenir le PASS PSIG — deux jours d’évaluation des capacités physiques, techniques, tactiques et intellectuelles. Une formation complémentaire est ensuite dispensée par le peloton d’affectation.
Qu’est-ce qu’un PSIG Sabre ?
Un PSIG renforcé, créé après les attentats de 2015, doté d’équipements adaptés à une intervention en primo-arrivant sur une attaque terroriste : fusils d’assaut, protections et boucliers balistiques.
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