#255 – Quel est le rôle des officiers dans notre société ? (avec le Général (2s) François Chauvancy)

Le général (2S) François Chauvancy a servi trente-neuf ans — troupes de marine et blindés, puis le « corps des experts » en guerre de l’information et action psychologique, à une époque où l’on n’en parlait pas. Consultant géopolitique et responsable associatif, il revient sur la place de l’officier dans la société française : pourquoi les armées restent l’institution en laquelle les Français ont le plus confiance, ce qu’a réellement dit le chef d’état-major des armées devant les maires de France, et pourquoi, selon lui, le mot « devoir » a disparu du débat public.

Les analyses développées dans cet épisode sont celles du général Chauvancy et n’engagent que lui.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • La confiance dont bénéficient les armées tient à trois choses : la neutralité politique, le sens du devoir, et l’exécution de la mission sans se plaindre.
  • Sur la polémique de novembre : « 2030, ce n’est pas la date de la guerre. C’est la date à laquelle il faut être prêt pour qu’elle n’arrive pas. »
  • Il pointe une erreur de communication — ne pas avoir précisé qu’on parlait des armées et non des jeunes Français — tout en jugeant utile d’avoir « mis les pieds dans le plat ».
  • Son avertissement aux responsables politiques : « Ne croyez pas qu’on obéira à tout si, ensuite, vous nous mettez devant un tribunal. »
  • Un de Gaulle aujourd’hui ? Non : « ce sont les événements qui créent la personne exceptionnelle », et les officiers sont par construction légalistes.
  • Son conseil final, en trois mots : servir, et non se servir.

Trois vies

Il se présente sans emphase : 71 ans, marié, des enfants, et une carrière militaire née dans une famille qui n’en comptait aucun. Saint-Cyr en 1977, puis les troupes de marine, dans les blindés — « une vie exaltante à une époque où ce n’était pas si exaltant que ça pour les armées ».

La seconde partie de sa carrière le conduit dans ce qu’on appelait alors le corps des experts : guerre de l’information, action psychologique — « des sujets qu’on ne devait surtout pas aborder, et dont on parle beaucoup aujourd’hui ». Trente-neuf ans de service au total.

Vient ensuite une deuxième vie de huit ans dans un groupe privé de formation à distance, à la tête d’une structure préparant les candidats à l’École de guerre et aux concours internes des ministères régaliens. Puis la troisième, plus visible : consultant géopolitique sur LCI.

En parallèle, un engagement associatif ininterrompu depuis le grade de capitaine : vingt ans au conseil d’administration de La Saint-Cyrienne, dont il fut rédacteur en chef adjoint de la revue Le Casoar ; l’UNC ; et aujourd’hui l’ANOCR, l’association nationale des officiers de carrière en retraite, fondée en 1911 et remarquable par son caractère interarmées — terre, mer, air, gendarmerie, ingénieurs de l’armement, service de santé.

Son motif est explicite, et il l’assume : défendre la condition militaire, y compris celle des officiers. « À la française, les cadres dirigeants sont ceux qu’on critique — et on les a beaucoup oubliés. Ils sont très discrets, parce qu’un officier n’est pas là pour se mettre en avant. On préfère s’occuper du combattant de base et du sous-officier. » Sans revendiquer, précise-t-il aussitôt, la moindre appartenance à une caste.

Pourquoi les Français font confiance aux armées

Il renvoie au baromètre de confiance du CEVIPOF, qui place depuis une quinzaine d’années les armées autour de 80 % d’opinions favorables, parfois juste derrière les hôpitaux, et très loin devant les responsables politiques et les médias — « à 15 ou 20 % maximum ».

Son explication tient en quelques traits : l’intégrité, l’exemplarité, le sens du devoir. Et une manière particulière de râler : « On râle entre nous, bien entendu. On n’est pas muets, on est très français. Mais on le fait entre nous — et quand ça sort à l’extérieur, c’est qu’il y a vraiment quelque chose qui ne va pas. »

Le facteur décisif, selon lui, est ailleurs : la neutralité politique. « Nous servons la nation, pas un parti. Nous sommes au service de tout le monde. Et le mot service a du sens : nous servons, nous ne nous servons pas. »

Il en tire une définition du rôle de l’officier qui revient plusieurs fois dans l’entretien : être celui vers qui on se tourne quand tout va mal. Et il relève, sans triomphalisme, tout ce que la société civile demande aux armées depuis quinze ans — intervenir en banlieue, rattraper des jeunes en errance sociale ou scolaire. « On nous demande plein de choses, simplement parce que le militaire est fiable, ou en a au moins l’image. Je pense qu’il est fiable. »

La polémique de novembre : « on a retenu huit mots »

C’est le passage le plus attendu de l’épisode, enregistré peu après l’intervention du chef d’état-major des armées, le général Mandon, devant le congrès des maires de France.

Son analyse commence par un constat de forme : « C’est un discours de trente minutes, et à la vingt-cinquième minute, on a retenu huit mots. » Les huit mots sur la perte de nos enfants. « Si on avait écouté l’ensemble, on aurait compris que les messages étaient la situation géopolitique et le rôle de la nation envers ses militaires. »

Il reconnaît sans détour une erreur de communication, au moins sur la forme. Il note d’ailleurs que le chef d’état-major n’a pratiquement pas lu son texte, preuve qu’il était parfaitement à l’aise. Ce qui manquait, selon lui, tenait à une phrase : préciser en amont qu’on parlait des armées et non de la société civile. « J’en suis convaincu : on aurait enlevé l’anxiété qui a saisi une grande partie de nos concitoyens. »

Il pointe aussi ce qui n’a pas été dit : la distinction entre défense du territoire national et projection extérieure. « Jamais dans l’idée de qui que ce soit l’envoi de jeunes Français, même volontaires, en opération n’a été envisagé. Cette séparation entre l’externe et l’intérieur aurait dû être faite. »

Sur le fond, en revanche, il ne voit aucune rupture. « Le chef d’état-major ne fait que répéter ce que tous les militaires disent depuis la guerre en Ukraine. Moi, je l’ai dit plusieurs fois sur les plateaux, et de manière beaucoup plus directe — y compris sur le citoyen qui devrait être capable de prendre les armes. Ça n’a suscité aucun débat. » Il concède la différence : « je ne suis pas chef d’état-major, ça a moins de poids ».

Sa conclusion est celle d’un communicant : « C’est une bonne chose d’avoir mis les pieds dans le plat », parce que cela rappelle aux Français éloignés des frontières de l’Union que le danger existe. Avec une réserve : « On ne dit pas qu’on va faire la guerre. Se préparer, c’est montrer sa détermination — il ne s’agissait d’agresser personne. Ça non plus, ça n’a pas été dit. »

2030 : la date, et son autre face

Il replace la séquence dans une continuité, en rappelant que son prédécesseur, le général Burkhard, avait tenu des propos comparables, et que tous les chefs d’état-major européens et de l’OTAN disent la même chose depuis deux ans.

Mais il insiste surtout sur une lecture que personne, selon lui, n’a faite. La date de 2030 comporte deux volets : l’estimation d’une menace, et le délai accordé pour y faire face. « On estime qu’il y a une menace, et que pour qu’elle ne se réalise pas, il faut qu’on soit prêts d’ici trois à cinq ans. On ne voit que « 2030, la guerre ». Non : c’est se préparer pour 2030 pour que la guerre n’arrive pas. »

La difficulté réelle, à ses yeux, est psychologique. Il rappelle que les opinions publiques européennes ont été « protégées de la guerre depuis des dizaines d’années » et qu’on leur a « vendu la paix éternelle » — résolution par la négociation, application stricte du droit international, sanctions économiques. « Le bilan aujourd’hui : c’est caduc. Cette période est révolue. » Et il estime que la transition intellectuelle prendra plus que trois à cinq ans : « il faut changer le logiciel de nos concitoyens ».

Ce qu’il faudrait réapprendre, selon lui : ce qu’est une menace — « qui n’est pas que militaire » —, et que les libertés ont un prix. « L’individu, s’il est libre, c’est parce qu’il y a une collectivité. Et cette collectivité aura peut-être besoin de vous un jour pour maintenir les libertés individuelles. »

Le mot qui manque : devoir

C’est son observation la plus personnelle, et elle porte sur le vocabulaire du débat public. « Dans tous les commentaires que j’ai lus, j’ai raté le mot devoir. Je n’ai entendu personne dire qu’il y avait un devoir du citoyen de défendre son pays. »

Il renvoie à un travail qu’il avait mené sur ceux de 1914 : « Qu’est-ce qui a conduit nos anciens à aller aux frontières ? Ce n’est pas parce qu’ils aimaient la guerre, ce n’est pas parce qu’ils voulaient tuer quelqu’un. C’est qu’au nom du devoir — même sans être croyants, même sans croire à la décision politique — on défend son pays. » Que le mot ait disparu de certains propos, notamment politiques, lui paraît « très regrettable ».

L’économie de guerre : « le privé ne travaille pas à perte »

Interrogé sur la crédibilité d’un horizon de quatre ou cinq ans quand un avion de combat demande des années de production, il commence par une remarque de calendrier : 2027 verra une élection présidentielle, et d’autres pays voteront aussi. « Les autres, c’est plus simple : on sait que ça dure. » D’où, selon lui, l’intérêt des menaces hybrides, précisément destinées à provoquer l’alternance.

Sur l’industrie, son diagnostic est net : « La grande découverte, c’est que nous n’étions pas prêts. Parce qu’on a toujours dit que la guerre n’arriverait pas, et parce qu’on a un peu oublié que les arsenaux — les industries d’armement d’État qui nous fournissaient armes et munitions depuis la royauté — ont été vendus au privé. »

La conséquence est mécanique, et il la formule sans détour : « Le privé, pour fabriquer, il faut des sous. Que le gouvernement honore les annonces qu’il a faites, et les industriels mettront en place les lignes de production. Ce sont des entreprises privées, et une entreprise privée ne travaille pas à perte. »

Il salue toutefois les progrès des trois dernières années, et cite quelques ordres de grandeur, de mémoire : la production de canons Caesar passée de deux à six par mois, un Caesar complet demandant environ un an ; un Rafale, deux à trois ans, pour 80 millions d’euros « nu » ; une cadence portée d’une vingtaine à une trentaine d’appareils par an, avec l’ouverture d’une nouvelle usine. « L’industrie ne se fait pas du jour au lendemain. On ne fabrique pas une usine du jour au lendemain. »

Le second goulet est humain : la formation. « Quand les industriels sont obligés de former eux-mêmes le personnel dont ils ont besoin, c’est qu’il y a une lacune quelque part. » Il en fait le procès d’une orientation scolaire qui a longtemps traité les filières professionnelles comme un débouché par défaut : « il fallait être des intellos. Je ne suis pas certain que ça ait été la bonne solution. »

Une classe de quatrième, le musée de l’Armée et l’Arc de Triomphe

Il raconte alors une expérience personnelle, qu’il présente comme un témoignage et non comme une généralité.

Invité il y a trois ou quatre ans à intervenir devant des élèves de quatrième d’un collège en zone d’éducation prioritaire pour parler de l’engagement militaire, il se heurte à l’opposition des professeurs d’histoire-géographie. Le chef d’établissement maintient sa venue. La séance, prévue pour moins d’une heure, en dure presque deux ; les élèves viennent le voir à la fin.

Quelques semaines plus tard, il les accueille en tenue au musée de l’Armée, puis emmène un quart d’entre eux déposer une gerbe sous l’Arc de Triomphe — encadrés, note-t-il, par d’autres enseignants que ceux dont c’était la discipline. Quinze jours après, on demande aux élèves ce qu’ils en ont pensé. « Ils n’étaient pas contents. Pourquoi ? Parce que les autres classes n’étaient pas allées à l’Arc de Triomphe. »

Sa conclusion : « On a une jeunesse qui est prête à prendre. » Il nuance lui-même la portée de l’anecdote — « ça ne veut pas dire que tous les enseignants, loin de là » — mais estime que l’esprit de défense se diffuse mal auprès des jeunes.

Préparer la guerre fait-il la guerre ?

C’est l’objection qu’on lui oppose, et il y répond en deux temps.

D’abord par l’ironie : « On peut faire comme en 1938. Un petit coup de musique, ça ne fait pas de mal. Surtout ne réarmons pas, attendons que ça vienne, on va trouver par le dialogue. Ça a donné quarante millions de pétainistes et des résistants bien tardifs. » Il rappelle qu’il fallut le courage de quelques-uns, « de tous les partis politiques », pour dire non.

Ensuite en réfutant le renversement de l’argument de Munich — la France jouant le rôle de la puissance revancharde. « Là, je ne suis pas d’accord : la menace est avérée. Dans cinq ans, les Russes auront une armée aguerrie, affaiblie en effectifs mais avec une économie de guerre. »

Enfin, il oppose aux craintes d’engrenage le contrôle parlementaire, en rappelant le mécanisme constitutionnel issu de la révision de 2008 : information du Parlement, débat sans vote, puis vote obligatoire au-delà de quatre mois pour maintenir des forces. « Le contrôle existe. On ne fera pas n’importe quoi. » Et il retourne l’argument : « Ceux qui disent que nous serions une incitation à la guerre future n’auraient donc pas confiance dans la démocratie. Ce sont pourtant les mêmes qui n’arrêtent pas d’en parler. »

Un de Gaulle est-il possible ?

Sa réponse est sans ambiguïté : non — et pour deux raisons.

La première tient à la nature de l’événement. « De Gaulle est sorti par hasard. S’il n’y avait pas eu 1940, il aurait fini je ne sais où. C’est l’événement qui crée la personne exceptionnelle, parce que nos sociétés n’aiment pas les personnes exceptionnelles. » Et il ajoute une observation qui vaut mise en garde : « Les hommes exceptionnels, c’est dangereux en temps normal. Ce sont des gens qui vont prendre la décision qui déplaît. Il n’y a que la crise qui justifie la confiance qu’on leur accorde. »

La seconde tient à la formation : « Nous sommes des légalistes, pratiquement tous. » Il renvoie à l’ouvrage du maréchal Juin, Trois siècles d’obéissance militaire, publié en 1964 — juste avant le jugement des putschistes —, qui montrait combien les cas de rébellion d’officiers contre le pouvoir ont été rares dans l’histoire de France. « L’officier est par construction légaliste. Il faut un sacré courage pour sortir du rang. »

Les traditions comme apprentissage de la désobéissance

Interrogé sur l’écart croissant entre l’univers militaire et une société qui « refuse l’inconfort », il aborde le sujet des traditions de Saint-Cyr, dont il fut responsable — il a été élu à la tête de sa promotion, « un des rares postes électifs de l’armée de Terre ».

Il en donne une lecture inattendue. Les traditions ne sont pas seulement un apprentissage de la camaraderie intergénérationnelle : elles sont l’occasion, pour ceux qui en ont la responsabilité, d’être « un peu hors hiérarchie », c’est-à-dire de s’entraîner à sortir de la ligne. « Malgré l’uniformité rigoureuse qu’on nous prête, pour être saint-cyrien on est assez souvent borderline — parce que ces traditions permettent justement de sortir du moule tout en étant parfaitement obéissant. »

C’est pour lui une compétence professionnelle : « L’officier doit respecter les règles et règlements, et être capable, à un moment donné, d’en sortir quand le besoin s’en fait sentir. »

Il l’articule à ce qu’il appelle l’intelligence de situation, et c’est le passage qui ouvre l’épisode : « La guerre ne se gagne pas uniquement en appliquant les textes. Comprendre qu’à un moment donné on va faire ceci et pas cela — ah mais ce n’est pas dans les textes — il faut le faire. C’est peut-être ce que la société civile a le plus de mal à comprendre. À la guerre, ce n’est pas un jeu vidéo, et ce n’est pas comme le temps de paix pendant soixante-dix ans. »

Il regrette au passage ce qu’il nomme la « civilianisation » des armées et des états-majors, portée selon lui par une volonté politique, et se félicite qu’on ait retrouvé l’appellation de ministère des Armées — rappel que l’essentiel de ses personnels sont militaires.

L’armée, dernier recours ? Sa mise en garde

C’est le moment le plus grave de l’entretien, et il le formule comme une question ouverte plutôt que comme une menace.

Il rappelle le cadre : les armées constituent la troisième catégorie de forces mobilisables sur le territoire, engagées sur réquisition lorsque les institutions de la République sont en danger.

Puis il raconte ce qu’il a déjà dit à des responsables politiques en colloque : « Ne croyez pas qu’on va obéir à tout ce que vous allez nous dire si, après, vous nous mettez devant un tribunal. » Et de préciser : « Ce n’est pas trente ans après ce n’est pas bien ce que vous avez fait, on vous condamne. »

D’où sa question, posée sans y répondre : « Autant l’armée était pour moi le dernier recours de la République quand ses institutions étaient en danger, autant je me demande, compte tenu de toutes les règles qu’on nous a imposées depuis quelques dizaines d’années : allons-nous prendre le risque de nous mettre en porte-à-faux pour sauver le politique en difficulté ? » Une interrogation qu’il attribue aussi, dit-il, aux gendarmes et aux policiers — tout en jugeant les premiers « mieux armés pour ce genre de situation ».

Il assortit toutefois le propos d’une exigence de responsabilité : « Est-ce qu’on doit attendre que tout s’effondre pour agir ? »

Quand la police se met des étoiles

Sa dernière observation est celle d’un spécialiste des perceptions, et elle est fine.

Il relève que la police nationale — comme les douanes — s’est dotée d’insignes de grade calqués sur ceux des officiers généraux. « Il y a une militarisation, au moins visuelle. » Son interprétation : ce n’est pas pour les intéressés eux-mêmes, mais pour l’image que cela renvoie au citoyen — un niveau de responsabilité immédiatement lisible.

Et il en tire un diagnostic : « Nous symbolisons encore l’autorité. Est-ce que les autres symbolisent encore l’autorité et l’ordre ? Être obligé de se référer à des grades militaires pour qu’on identifie le pouvoir, ça prouve qu’il y a un vrai malaise. » L’officier reste, dit-il — « c’est peut-être un manque de modestie » — une référence pour beaucoup de citoyens.

Il élargit enfin au phénomène des officiers passés dans la haute fonction publique et l’entreprise. Sa génération suivante, formée dans le doute de l’après-guerre froide — « on disait aux saint-cyriens qu’ils ne feraient pas toute leur carrière dans l’armée » —, disposait d’un solide bagage universitaire. Beaucoup se sont demandé : où puis-je encore servir mon pays efficacement ? « Et les entreprises ne se plaignent pas d’avoir ces hommes et ces femmes de qualité. »

Son conseil : ne jamais oublier qu’on a été officier

Aux officiers qui quittent l’uniforme jeunes — et souvent, rappelle-t-il, parce que la pension ne suffit pas —, il adresse un conseil simple.

« Quand on a servi la nation au sein des armées, on peut servir encore dans la société civile sous d’autres formes. Et le mot servir me semble essentiel. » Il constate que ceux qu’il rencontre prennent un métier par nécessité, mais « n’oublient jamais qu’ils ont été officiers » — la rigueur, l’amour du pays, l’amour des autres.

Y compris, ajoute-t-il en parlant de son propre mandat de conseiller municipal, quand on est élu : « On me voit comme un officier. » Avec l’exigence que cela suppose : « Quand on dit quelque chose, on le fait. Quand on s’engage, on s’engage. On ne parle pas, on fait. »

Et le mot de la fin, qui résume tout l’entretien : « Servir, pas uniquement se servir. »

Questions fréquentes

Pourquoi la date de 2030 revient-elle dans les discours militaires ?

Parce qu’elle correspond, selon le général Chauvancy, à une double estimation partagée par les chefs d’état-major européens et de l’OTAN : la période à laquelle une menace pourrait se matérialiser, et le délai dont disposent les armées pour être prêtes. Il insiste sur le second volet : il ne s’agit pas d’annoncer une guerre pour 2030, mais d’être en mesure de la dissuader d’ici là.

Le Parlement contrôle-t-il l’engagement des forces françaises ?

Oui. Depuis la révision constitutionnelle de 2008, le gouvernement doit informer le Parlement de toute intervention des forces à l’étranger, avec un débat sans vote ; au-delà de quatre mois, la prolongation de l’engagement doit être autorisée par un vote.

Les Français font-ils confiance à leur armée ?

Les baromètres de confiance placent les armées parmi les institutions les mieux notées depuis une quinzaine d’années, autour de 80 % d’opinions favorables — très loin devant les responsables politiques et les médias. Le général Chauvancy attribue cette position à la neutralité politique, au sens de la mission et à la discrétion de l’institution.

Qu’appelle-t-on l’intelligence de situation ?

La capacité, chez un chef militaire, à adapter son action à une situation que les textes n’avaient pas prévue. Elle suppose de respecter scrupuleusement règles et règlements — et d’être capable d’en sortir lorsque la mission l’exige, en assumant la responsabilité de ce choix.

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