#148 – Rencontre avec le fauconnier du 17e RGP

Un rapace de 4,5 kilos pour 2 mètres d’envergure, posé sur l’avant-bras d’un caporal-chef mécanicien : c’est l’image la plus reconnaissable du 17e régiment du génie parachutiste, à Montauban. Derrière elle se cache un métier que presque personne ne connaît, celui de fauconnier militaire. Défense Zone a rencontré le caporal-chef Fabien, seize ans de service au 17e RGP, mécanicien sur blindés à roues et poids lourds, et soigneur animalier de Malizia, la mascotte du régiment. Un fauconnier militaire est un militaire qui entretient, nourrit, fait voler et présente un rapace au nom de son unité, en plus de sa spécialité d’origine. Cet épisode raconte comment on arrive à cette fonction, ce qu’elle exige au quotidien et à quoi sert réellement une mascotte dans un régiment de l’armée de Terre.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • La mascotte du 17e RGP est Malizia, une femelle pygargue à tête blanche de huit ans, arrivée au régiment en 2016 et issue du Rocher des Aigles de Rocamadour.
  • Selon son soigneur, Malizia pèse environ 4,5 kilos pour 2 mètres d’envergure, et elle est portée sur le bras faible du fauconnier afin de lui laisser la main forte libre.
  • Le caporal-chef Fabien compte seize ans de service au 17e RGP et s’occupe de la mascotte du régiment depuis douze ans, sur la base du volontariat et sans désignation d’autorité.
  • Mécanicien de métier, sans diplôme animalier, il a suivi trois ans de formation au Rocher des Aigles pour acquérir l’expérience exigée dans le domaine animalier.
  • Le rapace vole libre, sans longe ni entrave : « elle est vraiment libre, donc en fait elle fait vraiment ce qu’elle veut », explique le fauconnier, qui se décrit comme son repère et sa main nourricière.
  • La fonction n’est assortie d’aucune prime ni d’aucune indemnité : « c’est vraiment au même titre que je suis mécanicien pour l’armée de Terre, et je suis fauconnier pour mon régiment ».

Le métier de fauconnier militaire au 17e RGP

Le fauconnier militaire du 17e régiment du génie parachutiste n’est pas un emploi à temps plein. Le caporal-chef Fabien est d’abord mécanicien : il travaille sur les blindés à roues et les poids lourds du régiment, avec les obligations de rendement qui vont avec. « En tant que mécanicien, j’ai une rentabilité à avoir, on pointe des heures », résume-t-il. La fonction de fauconnier vient par-dessus, comme une seconde casquette assumée en volontariat.

Au 17e RGP, cette fonction ne se distribue pas par ordre. « Ça a été du volontariat, il n’y a pas de désignation au sein du régiment », précise le caporal-chef Fabien. Son prédécesseur, lui aussi mécanicien, a quitté l’institution pour devenir civil de la défense et a cherché quelqu’un pour reprendre le flambeau. Les deux hommes travaillaient ensemble à l’atelier : la succession s’est faite naturellement, par proximité de métier autant que par envie.

L’envie, elle, remonte à l’arrivée au régiment. Engagé en 2007, le caporal-chef Fabien découvre lors du traditionnel tour d’unité la garde au drapeau et la mascotte de l’époque, un aigle royal nommé Bac Kan. « Je me suis dit, un jour j’aimerais m’occuper de la mascotte du régiment. Il y en a qui voulaient faire garde au drapeau, moi c’était m’occuper de la mascotte. » Douze ans plus tard, il occupe toujours cette fonction, désormais auprès d’un pygargue à tête blanche.

Malizia, pygargue à tête blanche du régiment

Le pygargue à tête blanche est un grand rapace pêcheur, seul aigle strictement originaire d’Amérique du Nord, dont l’alimentation repose d’abord sur le poisson, selon l’agence fédérale américaine U.S. Fish and Wildlife Service. Chez cette espèce, les femelles sont nettement plus grandes que les mâles et peuvent atteindre environ 2,4 mètres d’envergure. C’est aussi l’emblème des États-Unis, ce qui rend la silhouette immédiatement identifiable par le public rencontré lors des cérémonies.

Malizia est une femelle de huit ans, née en 2015 et arrivée au 17e RGP en 2016. Elle vient du Rocher des Aigles, le parc animalier de Rocamadour spécialisé dans les rapaces, et elle a été offerte au régiment par sa marraine, la princesse Caroline de Monaco. Son soigneur la décrit à environ 4,5 kilos pour 2 mètres d’envergure, des mensurations cohérentes avec celles d’une femelle adulte de l’espèce.

Malizia a succédé à Bac Kan, un aigle royal mort quelques années plus tôt. Le caporal-chef Fabien insiste sur la différence entre les deux oiseaux : « Bac Kan c’est un aigle royal, Malizia c’est un pygargue à tête blanche, c’est vraiment deux espèces différentes. » Le pygargue est un pêcheur, l’aigle royal un prédateur terrestre. Cette distinction, anecdotique en apparence, revient plus loin dans l’entretien quand il est question d’employer des rapaces contre des drones.

Le régiment ne choisit pas le sexe de sa mascotte : « C’est pas un choix, on prend que des femelles, c’est comme ça, c’est l’œuf qui est une femelle. » Les deux mascottes successives du 17e RGP ont donc été des femelles, ce qui n’est pas neutre chez les rapaces, où la femelle est la plus imposante des deux sexes.

La formation du soigneur animalier

Devenir fauconnier militaire ne s’improvise pas, même quand la fonction s’exerce en plus d’un métier technique. Le caporal-chef Fabien arrive de la mécanique, avec un diplôme de niveau bac plus deux dans cette spécialité et aucune qualification dans le domaine animalier. « Le fait de ne pas avoir de diplôme dans le domaine environnemental et animalier, il a fallu que j’acquière trois ans d’expérience dans le domaine animalier », explique-t-il.

Ces trois années se sont déroulées au Rocher des Aigles, à Rocamadour, auprès de l’équipe qui avait déjà fourni la mascotte au régiment. « C’est eux qui m’ont appris le métier de fauconnier, de soigneur animalier », précise-t-il. La formation porte donc sur la manipulation, le vol, l’alimentation et les soins courants, et non sur un dressage au sens où on l’entend pour un chien.

Le caporal-chef Fabien tient d’ailleurs à la précision de vocabulaire : « C’est pas du dressage, c’est de l’affaitage. Un rapace, on le dresse pas. » L’affaitage est le travail par lequel un fauconnier habitue un rapace à l’homme et au vol contrôlé, sans obéissance au sens canin du terme. Le rapace ne répond ni à l’appel ni au pied, et il n’attend aucune caresse : le lien passe par la nourriture, la régularité et la confiance.

Le quotidien avec la mascotte

Le quotidien du fauconnier du 17e RGP tient en trois obligations qui ne connaissent ni week-end ni permission : nourrir, entretenir, faire voler. « Tous les jours je viens au régiment pour la nourrir, pour la faire voler, pour apporter les soins qu’il y aurait éventuellement à apporter », détaille le caporal-chef Fabien. Il ajoute, sans emphase : « Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, elle a besoin de manger. »

Concilier cette astreinte avec le poste de mécanicien a demandé du temps. « Au début c’est compliqué, faut trouver ses marques », reconnaît-il, avant d’expliquer qu’un roulement finit par s’installer entre l’atelier et la volière. Au bout de douze ans, l’organisation est devenue une routine, y compris pendant les congés, où la présence quotidienne au régiment reste la règle.

Le port de l’oiseau a lui aussi ses contraintes physiques. Le fauconnier porte Malizia sur le bras faible, afin de garder la main forte disponible pour maîtriser l’animal en cas de problème ou pour accomplir d’autres gestes. Or 4,5 kilos à bout de bras, sur une journée entière, pèsent lourd. Lors d’un pèlerinage militaire international à Lourdes, rendez-vous qui se tient au mois de mai, il a tenu l’oiseau de huit heures du matin à vingt heures et en est reparti avec une tendinite à l’épaule. « Sur une journée complète, sans la poser, c’est horrible », résume-t-il. Il constate en souriant que son bras faible est devenu, à force, presque aussi solide que l’autre.

À quoi sert une mascotte militaire

Une mascotte militaire est un animal rattaché officiellement à une unité, qui la représente lors des cérémonies et des manifestations publiques sans remplir de mission opérationnelle. Au 17e RGP, la mascotte figure aux côtés du drapeau et de sa garde. « Elle fait partie intégrante du régiment, elle représente le régiment, elle représente les sapeurs para », explique le caporal-chef Fabien. Le rôle est donc symbolique et il est assumé comme tel.

Le fauconnier est le premier à écarter toute lecture opérationnelle. « Malizia n’a rien d’opérationnel, c’est vraiment une mascotte, c’est le top modèle du régiment. Elle est là pour faire des photos, des défilés, tout ce qu’on veut, mais rien d’opérationnel. » Le rapace du 17e RGP n’est ni un capteur, ni une arme, ni un auxiliaire de combat : il est une image, et cette image travaille pour le régiment.

Ce que la mascotte apporte, c’est de la cohésion et de la fierté. « La mascotte appartient à tout le monde », insiste le caporal-chef Fabien, qui n’en est que le soigneur désigné. Il rapporte que des sapeurs demandent régulièrement à présenter Malizia à leur famille le week-end, et que le régiment tire une fierté particulière d’une mascotte peu commune : « On est les seuls en France, peut-être même en Europe, à avoir un rapace en tant que mascotte. C’est prestigieux. »

Les mascottes restent d’ailleurs rares dans l’armée de Terre française, où quelques unités seulement en entretiennent une. Le caporal-chef Fabien y voit une tradition à préserver : « Toutes les mascottes racontent une histoire et ont un message à apporter. Elles apportent une plus-value à leurs unités. »

Cérémonies, déplacements et représentation

La mascotte du 17e RGP sort du quartier pour les cérémonies, les défilés, les piquets d’honneur et les déplacements de représentation. Parmi les rendez-vous récurrents cités par son soigneur figurent le pèlerinage militaire international de Lourdes, au mois de mai, et des déplacements à Monaco liés à la marraine du régiment.

Avant une cérémonie importante, le fauconnier arrive une à deux semaines à l’avance pour habituer l’oiseau au lieu. Cette précaution s’explique par la nature même de l’animal : un rapace en vol libre dans un environnement inconnu reste imprévisible. « Ça reste un animal sauvage, donc on peut pas prévoir les attitudes de l’animal », rappelle le caporal-chef Fabien, qui ajoute qu’au bout de plusieurs années de pratique, on finit par connaître le comportement de son oiseau.

La représentation passe aussi par l’image imprimée. Malizia a figuré en couverture d’un ouvrage écrit par un ancien du 17e RGP, qui évoque le régiment dans son livre. Pour le fauconnier, ce genre de sollicitation fait partie du rôle : « C’est hyper valorisant pour un sapeur de se dire, ça c’est ma mascotte. »

Quand le rapace s’échappe

Le vol libre suppose d’accepter que l’oiseau parte. Malizia vole sans longe, sans laisse et sans entrave d’aucune sorte. Le caporal-chef Fabien fonde sa tranquillité sur le lien construit avec l’animal : « Je suis son repère, elle me connaît, je passe ma vie avec elle, donc en fait elle a aucun intérêt à réellement partir. » Il note qu’en vol au-dessus du quartier, l’oiseau se place toujours de façon à garder un visuel sur lui ou sur le régiment.

Le dispositif technique existe malgré tout. Malizia est équipée d’un petit émetteur fixé sur le dos, qui permet de la localiser à l’antenne, sur le principe des suivis d’animaux sauvages. Le fauconnier en connaît la limite : en milieu urbain dense, les ondes sont brouillées ou renvoyées par les bâtiments, et la localisation devient trompeuse.

C’est précisément ce qui est arrivé à Monaco. Partie en vol, Malizia s’est posée sur le toit d’appartements de la principauté, puis sur un mirador, puis sur les falaises du port, faisant courir son soigneur d’un bout à l’autre du territoire. Ce sont finalement les caméras de vidéosurveillance de la principauté, et les militaires qui les exploitent, qui ont permis de la repérer. « Ils ont été hyper sympas », se souvient le caporal-chef Fabien, qui reconnaît une matinée « sportive » tant la ville monte et descend.

Lorsque l’absence se prolonge, une procédure s’applique. Le fauconnier prévient les services de l’État compétents, la police municipale, les pompiers et les agents chargés de la forêt. La veille d’une Sainte-Barbe, fête patronale des sapeurs, Malizia est ainsi partie vingt-quatre heures et n’a été récupérée que le lendemain soir, privant la cérémonie de sa mascotte. La sanction ? Aucune. « On lui pardonne toujours, elle peut faire des bêtises, on lui pardonnera toujours, ça reste la mascotte. »

Rapaces, drones et fausses évidences

L’idée d’employer des rapaces pour intercepter des drones circule depuis plusieurs années, et Défense Zone a posé la question au fauconnier du 17e RGP. Sa réponse est d’abord une mise au point de périmètre : le sujet ne relève pas de son régiment. Par intérêt personnel, il a cherché à se renseigner sur la méthode d’affaitage employée, sans obtenir d’informations. « On m’a verrouillé les portes », dit-il simplement, et il ignore où en est le sujet.

Sur le fond technique, il distingue nettement les espèces. Malizia ne serait pas la candidate adaptée : le pygargue à tête blanche est un aigle pêcheur, dont le registre de prédation porte sur le poisson. L’aigle royal, lui, est selon ses mots « un prédateur pur et dur ». À la question de savoir si un aigle royal correctement affaité peut détruire un drone, sa réponse est nette pour les petits appareils du commerce : « Sans problème. » Il écarte en revanche l’idée pour les aéronefs de grande taille.

Le fauconnier soulève enfin l’objection qui, selon lui, pèse le plus lourd en France : le risque de blessure pour l’oiseau, et la sensibilité de l’opinion et des associations de protection animale à ce sujet. C’est une contrainte que la lutte anti-drone par moyens techniques, brouillage ou interception, n’impose pas.

Statut, grade et reconnaissance

Malizia n’a ni grade, ni matricule. Le caporal-chef Fabien établit la comparaison avec les chiens de certaines unités cynophiles, qui disposent d’une utilité militaire, d’un matricule et parfois d’un grade : « Ces chiens-là ont une utilité militaire, c’est vraiment des militaires à part entière. » Le rapace du 17e RGP, lui, ne remplit aucune fonction opérationnelle et reste en dehors de cette logique. Il indique toutefois que la mascotte porte une décoration remise par le chef de corps.

La reconnaissance du fauconnier lui-même est du même ordre : symbolique. Interrogé sur une éventuelle rémunération liée à la fonction, le caporal-chef Fabien répond sans détour qu’il n’existe ni prime de risque, ni indemnité de déplacement, ni supplément d’aucune sorte. « C’est du plus », dit-il, avant de conclure par la formule qui résume l’épisode : « C’est pour la France, pour mon pays. »

Reste une ambition, formulée au micro à l’attention de sa hiérarchie : emmener un jour la mascotte en déplacement à l’étranger, non pas en mission opérationnelle, mais dans le cadre d’un échange de courte durée. Le caporal-chef Fabien en mesure lui-même les obstacles, à commencer par l’infrastructure vétérinaire sur place et le bien-être de l’oiseau pendant le transport. « C’est pas un jouet », rappelle-t-il. Lui-même a servi au Tchad, au Mali, en Nouvelle-Calédonie et à Mayotte, toujours sans elle.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un fauconnier militaire ?

Un fauconnier militaire est un militaire chargé d’entretenir, de nourrir, de faire voler et de présenter un rapace au nom de son unité. Au 17e régiment du génie parachutiste, cette fonction n’est pas un emploi à temps plein ni une spécialité à part entière : elle s’ajoute au métier d’origine du militaire. Le fauconnier du 17e RGP, le caporal-chef Fabien, est mécanicien sur blindés à roues et poids lourds, et il exerce la fonction de soigneur animalier en volontariat, sans prime ni indemnité associée. Cette fonction se distingue du travail des unités cynophiles, dont les chiens ont une utilité militaire et un statut de militaire à part entière.

Quelle est la mascotte du 17e RGP ?

La mascotte du 17e régiment du génie parachutiste est Malizia, une femelle pygargue à tête blanche née en 2015 et arrivée au régiment en 2016. Elle vient du Rocher des Aigles, parc animalier de Rocamadour spécialisé dans les rapaces, et a été offerte au régiment par sa marraine, la princesse Caroline de Monaco. Son soigneur la décrit à environ 4,5 kilos pour 2 mètres d’envergure. Elle a succédé à Bac Kan, un aigle royal. Malizia représente le 17e RGP lors des cérémonies, des défilés et des piquets d’honneur, aux côtés du drapeau et de sa garde, mais elle n’a aucune fonction opérationnelle.

Comment devient-on fauconnier dans l’armée de Terre ?

Au 17e RGP, la fonction de fauconnier se prend sur la base du volontariat, sans désignation d’autorité, et se transmet le plus souvent d’un titulaire à son successeur au moment du départ du premier. Le caporal-chef Fabien, mécanicien de formation et titulaire d’un diplôme de niveau bac plus deux en mécanique, n’avait aucune qualification animalière. Il indique avoir dû acquérir trois ans d’expérience dans le domaine animalier, effectués en formation au Rocher des Aigles de Rocamadour, où il a appris le métier de fauconnier et de soigneur animalier. La fonction suppose ensuite une présence quotidienne auprès de l’oiseau, week-ends et congés compris.

Un rapace peut-il servir contre les drones ?

Interrogé sur l’emploi de rapaces en lutte anti-drone, le fauconnier du 17e RGP répond d’abord que son régiment n’est pas concerné et qu’il n’a pas obtenu d’information sur le sujet lorsqu’il s’est renseigné à titre personnel. Sur le plan technique, il écarte le pygargue à tête blanche, qui est un aigle pêcheur, et considère qu’un aigle royal correctement affaité pourrait détruire un petit drone du commerce, mais pas un aéronef de grande taille. Il souligne surtout le risque de blessure pour l’oiseau, et la sensibilité de ce point en France, comme principale limite à ce type d’emploi.

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