Cinquante-trois ans de guerres, plus de quarante conflits couverts depuis le Vietnam. À plus de 70 ans, Patrick Chauvel continue de partir. Nous l’avons accompagné en Ukraine — son sixième voyage dans le pays — et nous en avons rapporté cet entretien. Il y parle des drones, de la puissance de feu inédite depuis 1945, de l’exécution du photographe Maks Levin, de ce qu’est vraiment un crime de guerre, et de l’économie sinistrée d’un métier qu’il définit comme « l’art de l’effacement ».
Ce qu’il faut retenir de cet épisode
- L’Ukraine est, en cinquante-trois ans de carrière, le premier conflit qu’il couvre entre deux États entièrement équipés d’armées modernes.
- La menace du drone change la nature du danger : « un bombardement, c’est la bataille navale. Le drone, lui, peut te suivre. »
- Il distingue nettement le journaliste tué par un tir en zone de guerre — un risque du métier — de l’exécution délibérée d’un journaliste identifié, qui constitue un crime de guerre.
- Il avait anticipé l’invasion en repérant, depuis Moscou, un mouvement patriotique organisé destiné à préparer la population russe.
- L’économie du métier est devenue intenable : six semaines de reportage en Syrie lui ont rapporté 800 euros nets de frais.
- Son conseil aux jeunes : ne jamais financer soi-même un reportage, et cesser de croire que ce métier rend célèbre.
« Vivre l’Histoire plutôt que la lire »
Il refuse d’appeler cela un métier. « C’est plus une façon de vivre, parce qu’on est rarement payé pour le faire. » Un choix de vie, donc : l’aventure, et le désir de vivre l’Histoire plutôt que de la lire.
Au départ, les raisons sont strictement personnelles. Il veut voir le monde, et l’appareil photo n’est qu’un prétexte pour accompagner les gens. Il se présente comme journaliste avec une carte de presse fabriquée — « la chance que j’ai eue, c’est que les Américains m’ont cru ».
Puis quelque chose bascule. « Les raisons personnelles s’effacent face au drame auquel on assiste. » Les gens se confient, se laissent photographier, et l’on comprend qu’on porte une responsabilité : celle d’être le trait d’union entre ceux qui subissent ou fabriquent l’Histoire et les opinions des pays en paix — précisément ceux qui auraient les moyens de changer la donne. « Et donc on devient journaliste. C’est un peu moins drôle, mais beaucoup plus passionnant. »
Le Vietnam comme école, l’éthique comme héritage
Patrick Chauvel n’a jamais fait d’école — ni de photographie, ni de journalisme. Sa formation, il la doit à deux choses.
D’abord le terrain. Le Vietnam était dangereux mais paradoxalement accessible : autorisations de tous les côtés, possibilité de monter en hélicoptère avec l’armée américaine, de rester trois semaines au front, logé et nourri. « La meilleure école possible. » Il y croise Gilles Caron et d’autres aînés qui, loin de tout réflexe concurrentiel, lui passent des films, le logent, lui montrent leurs photos et le conseillent.
Ensuite l’éthique, transmise par un entourage peu commun — son père, grand reporter, et des figures qu’il cite comme Joseph Kessel et Pierre Schoendoerffer. Des écrivains, des soldats, des cameramen, des aventuriers, mais tous porteurs d’une règle du jeu : tenir sa parole, chercher la vérité plutôt que le scoop, et respecter absolument le off. « Quand un militaire ou un civil te disait : je te dis ça pour ta sécurité, mais c’est hors micro, tu gardais ça pour toi. Il fallait mériter la confiance de ces gens. »
Sa méthode de travail découle d’une double contrainte, l’une par goût, l’autre par nécessité : il passait son temps avec les soldats parce qu’il aimait ça, et parce qu’il n’avait pas les moyens de l’hôtel. « Du coup, j’ai eu des choses que les autres n’ont pas eues. »
L’Ukraine, première vraie guerre entre États
C’est le constat le plus frappant de l’entretien, et il vient d’un homme qui a tout vu. En Ukraine, Patrick Chauvel découvre pour la première fois deux armées modernes complètement équipées qui s’affrontent.
Il refait le compte de sa propre carrière et aboutit à une conclusion inattendue : il n’aurait couvert, pour l’essentiel, que des conflits asymétriques ou civils. La Tchétchénie ? Une armée faible face à une armée forte — cinq chars contre quatre cents. L’Afghanistan ? Des guerres menées par pays interposés. Israël et les pays arabes ? Déséquilibré, et il n’a couvert que 1967. La seule guerre entre deux États bien équipés de sa période, l’Iran-Irak et son million de morts, il ne l’a pas couverte.
D’où le choc : « une puissance de feu hallucinante, qu’on n’a pas vue depuis la Deuxième Guerre mondiale. Et là, c’est des deux côtés. » Il prévient d’ailleurs que même les professionnels aguerris n’y sont pas préparés.
Le drone, une dimension de science-fiction
S’ajoute une menace inédite dans sa carrière. Son explication est la plus claire que l’on puisse entendre sur ce qui change réellement : « Un bombardement, c’est un peu la bataille navale. En B3, coulé — pas de chance, tu étais au mauvais endroit. Le drone, lui, peut te suivre. Il peut te suivre en vélo, en voiture, jusque dans ton appartement. »
Le danger vient toujours du ciel, mais il est devenu précis et poursuivant. Et massif : plus quelques appareils, mais des milliers, souvent des drones civils achetés un à trois mille dollars — les Russes ayant, note-t-il, rattrapé leur retard.
Nous en avons fait l’expérience ensemble, sur le chemin d’une tranchée. Le bourdonnement d’un petit drone au-dessus de nos têtes, sans savoir s’il était ukrainien ou russe. Et un itinéraire, comme il le décrit, « saupoudré de trous d’obus » : des cratères de trois mètres à un mètre du sentier, certains dessus. « Ça suffit pour te transformer en tapis de tipi. » Au retour, il croit remarquer des cratères qui n’y étaient pas à l’aller.
Il en tire une loi personnelle, énoncée avec l’humour noir du métier : les tirs arrivent toujours quand la caméra est éteinte. Ce jour-là, il avait coupé pour économiser sa batterie — et il a raté l’arrivée d’obus, puis un plan qu’il décrit encore avec regret : les soldats se précipitant dans le noir de la tranchée, casques et armes à cinquante centimètres de l’objectif, et les yeux fluorescents peints sur un casque comme dernière image. « C’était génial comme plan. Je ne l’ai pas. » Sur d’autres guerres, ajoute-t-il, il prévenait ses confrères : « préparez vos boîtiers, je vais pisser ».
Pourquoi l’Ukraine est si difficile à couvrir
Le danger n’est pas le principal obstacle. L’accès l’est.
L’armée ukrainienne est « une vraie armée, extrêmement disciplinée », dotée d’un service de presse remarquablement organisé — « très bons en com, au point qu’ils bloquent ». Obtenir l’accès au front est difficile ; une fois sur place, aller réellement au contact l’est davantage encore, l’institution refusant d’endosser la responsabilité de journalistes présents dans ses lignes.
La seule méthode qui fonctionne suppose du temps : un bon fixeur, des séjours longs, des relations personnelles nouées avec des commandants, des lieutenants, des sergents. « Après on devient potes, et on peut travailler un peu off the record s’ils ont confiance. Parce qu’eux aussi ont envie qu’on raconte leur histoire. »
Or rester coûte cher : 350 euros par jour rien que pour le fixeur, sans compter l’hôtel et la nourriture. Il en tire un constat sans appel sur l’état de la presse : seuls quelques titres salariant des permanents peuvent tenir la distance — il cite Le Monde, qui maintient des gens en permanence avec un roulement de photographes tous les quinze jours.
Même dans le meilleur des cas, les autorisations restent minces : un commandant de secteur accorde trois heures sur une zone. Il avait obtenu, en 2019, de passer une nuit en première ligne — « ce qui était très rare ». Cela heurte de plein fouet sa manière de travailler : « quand est-ce que tu décides de rentrer ? Quand j’ai les images, quand j’ai l’histoire. Je m’installe et je reste jusqu’à ce que je l’aie. » En Ukraine, le coût interdit cette patience.
Février 2022 : arriver avant tout le monde, et rater Kiev
L’anticipation de l’invasion est un cas d’école de méthode journalistique — suivi d’une erreur qu’il raconte sans se ménager.
Intrigué par des mouvements militaires russes, il appelle des correspondants à Moscou. Ce qu’il en retire n’est pas d’ordre militaire mais sociétal : un mouvement patriotique organisé par le gouvernement, des académies militaires qui rouvrent, des programmes réintroduisant des militaires dans les écoles. Sa lecture : « ils sont en train de préparer la population à une guerre. »
Il propose donc à Paris Match un reportage en Russie sur ce phénomène. Le visa presse prend un mois. Départ le 18 février, via Amsterdam — où une tempête cloue l’avion au sol. Ce contretemps lui sauve son sujet : il rappelle ses contacts ukrainiens, qui lui disent que « c’est très, très chaud ». Il obtient d’être dérouté et atterrit à Kiev le 19 février, par un vol régulier, avant tout le monde. Ses premières photos, datées du 21 février, montrent des civils, des femmes armées de fusils : la défense territoriale qui s’organise. L’attaque commence le 24.
Puis vient l’erreur. Ne voyant rien venir à Kiev, il part dans le Donbass — et Kiev est frappée. « Tous les mecs arrivés en retard avaient les images. Et moi qui étais arrivé en avance, j’avais que dalle. » Le rattrapage se fera dans les trains de réfugiés remontant depuis Zaporijjia : un reportage qui vaudra le prix Bayeux, en catégorie texte, au journaliste qui l’accompagnait.
Maks Levin, et ce qu’est un crime de guerre
Leur fixeur sur le front était Maks Levin, grand photographe ukrainien. Apprenant que Kiev était attaquée, il les quitte pour mettre sa famille à l’abri. Il disparaît environ une semaine plus tard dans les environs de la capitale. Son corps sera retrouvé près d’un mois après : sommairement exécuté. Cette mort met Chauvel en colère ; il contacte Reporters sans frontières, qui financera deux voyages d’enquête.
C’est à partir de ce cas qu’il pose une distinction qu’il juge essentielle et que peu de gens font.
Un journaliste tué par un tir en zone de guerre — il évoque un vidéo-journaliste de l’AFP qu’ils avaient croisé quelques jours plus tôt, tué par une salve de roquettes — n’est pas victime d’un crime de guerre. « Le mec qui a tiré le missile est peut-être à trente ou cinquante kilomètres. Il ne sait pas que le journaliste est à tel endroit. C’est juste un métier dangereux. » Il rend hommage à ces confrères tout en refusant la qualification.
Le cas de Maks Levin est d’une autre nature : un prisonnier exécuté de sang-froid, identifié comme journaliste, dont on retire le casque et le gilet marqués « PRESS » avant de le tuer. « On n’exécute pas un prisonnier. Si en plus c’est un civil, et en plus un journaliste, c’est aussi un crime contre la liberté d’expression. Là, oui, il faut une enquête. »
Ce souci du mot juste débouche sur une charge plus large contre l’inflation verbale. « À force de galvauder les mots, on n’aura plus de mots quand il s’agira de parler vraiment de crimes de guerre. » Son exemple favori : « nous sommes en guerre contre le Covid » — « avant, je ne savais pas que le Covid avait des tanks ». Sa conclusion tient en une formule : « peu de mots et beaucoup d’action, ce serait mieux ».
Ce qu’il retient du front ukrainien
Ce qui l’a le plus marqué n’est pas militaire mais humain : un élan patriotique qu’il qualifie de « presque démodé dans nos sociétés ». Une mobilisation générale qui dépasse largement les appelés.
Il décrit ces très jeunes volontaires — 17, 18 ans, garçons et filles — excellents en informatique, souvent même pas en uniforme, installés dans des maisons détruites tout près du front, qui travaillent sur les drones et sur l’écoute des communications russes. Du renseignement, fait par des adolescents.
Il détaille aussi ce que signifie « accéder au front » : une dépose par un véhicule roulant à tombeau ouvert le long d’une route jonchée de carcasses de blindés, puis deux kilomètres de chemin de terre totalement à découvert, dans un espace qui tient du no man’s land. Les Russes savent qu’aucun civil ne circule là. À l’arrivée dans la tranchée, l’accueil du commandant tient en une phrase : baissez la tête, les snipers russes sont à cinq cents mètres.
L’économie d’un métier sinistré
Son père l’avait prévenu au moment où il annonçait vouloir être photographe de guerre : « les seuls photographes connus dont on parle sont ceux qui ont été tués. Et tu vas être pauvre toute ta vie. »
La fameuse « période dorée » des agences, il la démystifie. Le système fonctionnait : l’agence l’envoyait, puis démarchait Newsweek, Time, Stern, Match et obtenait des garanties. On pouvait travailler pour quatre journaux à la fois. Mais l’agence prenait 60 %, et surtout, quand les garanties s’arrêtaient, les photographes restaient à leurs frais trois semaines de plus — « parce qu’on estimait que l’histoire n’était pas finie » — et perdaient tout ce qu’ils avaient gagné. Lui-même est resté à découvert auprès de ses agences de 1969 à 1980. La première fois qu’il est passé en positif — 800 francs —, son patron a sorti le champagne : « la bouteille était plus chère que ce que je touchais ».
Pour financer ses départs, il a été disc-jockey, barman, livreur de café et chauffeur de maître — allant jusqu’à conduire à l’Élysée un chef d’État africain qu’il avait photographié quelques années plus tôt sur un théâtre d’opérations, sous les objectifs de confrères médusés. D’où sa comparaison contemporaine, cruelle : quand un jeune se présente aujourd’hui comme photographe de guerre, on pourrait lui répondre comme aux apprentis acteurs en Californie — « ah oui, dans quel café es-tu serveur ? »
Le calcul qu’il livre est glaçant. Un reportage en Syrie : six semaines sur place, cinq pages publiées, 5 000 euros bruts, environ 3 800 après charges, 3 000 euros de frais. Bénéfice : 800 euros. À comparer avec un reportage people de cinq heures — pastis, voitures, déjeuner — qui lui a valu une couverture, onze pages et 11 000 euros. « Ça ne m’est jamais arrivé en cinquante-trois ans de conflit. »
Il avait d’ailleurs formulé deux propositions, toutes deux rejetées : un salaire identique pour tous les reporters de guerre assorti de photos non signées — ce qui aurait écarté ceux qui viennent chercher la notoriété ou le scoop — et une taxe de 20 % sur les reportages people d’une agence pour financer ses grands reportages. « Tout le monde m’a envoyé balader. »
« Le journalisme, c’est l’art de l’effacement »
C’est la phrase qui structure toute sa conception du métier, et elle vient de sa formation. À l’époque des agences, les photos étaient rarement signées — on faisait partie d’un collectif. « Ce qui compte, c’est ce qu’il y a sur l’image et le message. Le journaliste n’a pas à se mettre en avant, surtout quand il s’agit d’images, puisque c’est lui qui fait l’image. » Il ajoute, laconique : « on était loin des selfies d’aujourd’hui ».
Il pousse la logique jusqu’à l’absurde assumé : ses six voyages en Ukraine, personne ne les a vus. Il ne publie rien sur les réseaux. « On ne voit pas mes photos sur les réseaux, et on ne voit pas ma tête avec un gilet pare-balles pour montrer que je suis dans une tranchée. Ça ne m’intéresse pas. » Il reconnaît volontiers que ce n’est « pas pro » et qu’il devrait s’adapter.
Le trait se vérifie jusque dans ses prix. Son World Press pour la Tchétchénie ? Il ne l’avait pas envoyé — c’est Newsweek qui soumettait chaque année ses meilleurs reportages, et la plaque porte la mention « pour Newsweek, par Patrick Chauvel ». Idem à Mossoul : ayant photographié une voiture piégée explosant en tête de colonne, il n’envoie ses images à personne pendant deux semaines, quand un confrère placé cinquante mètres derrière lui — et qui n’avait que la fin de l’explosion — décrochait une grande récompense internationale.
Son diagnostic sur l’état de la profession
Il énumère sans complaisance ce qui s’est accumulé contre le photojournalisme : des reportages plus coûteux ; des armées et des gouvernements qui, ayant compris la puissance de la presse, cherchent à la contrôler ; beaucoup moins de journaux ; les réseaux sociaux comme concurrence déloyale ; un public qui méprise la presse et ne la croit plus ; le système des fake news ; et l’intelligence artificielle, qu’il voit comme le coup de grâce.
S’y ajoute un paradoxe technique qu’il formule bien : « la qualité du matériel a fait baisser la qualité de l’opérateur ». Avant, celui qui ne maîtrisait pas l’outil ne travaillait pas. Aujourd’hui, n’importe quel boîtier permet de bonnes images, et l’on peut faire trois mille photos pour en choisir deux.
Les agences, enfin, ne produisent plus : ce sont devenues des banques d’images qui diffusent sans envoyer personne. Quant aux correspondants locaux, excellents et bien moins coûteux, ils dispensent les rédactions de l’assurance, du billet d’avion et de la responsabilité d’un envoyé. Il ne le leur reproche pas — « on ne peut pas reprocher aux Ukrainiens de faire les photos de leur histoire » — mais pose une réserve de fond : « un Ukrainien, c’est sa guerre, c’est sa patrie, il sera toujours partisan. Il faut un journaliste de la presse internationale pour couvrir un conflit. Il faut les deux. »
Son conseil
Aux jeunes qui veulent partir, il livre une consigne sèche : ne jamais financer soi-même un reportage. Puis deux avertissements. On ne gagnera pas d’argent. Et surtout, « qu’ils arrêtent de croire qu’ils vont faire ce métier pour être connus » — puisque c’est l’art de l’effacement. Quand on lui objecte qu’il est lui-même connu : « oui, mais ça a pris cinquante ans. Et je n’ai pas fait ça pour ça. »
Il n’en tire pourtant pas d’amertume. Interrogé sur son fils, présent à Mossoul lors de l’attentat suicide, il répond que sa fierté l’a emporté sur l’inquiétude : après un premier réflexe de recul, le jeune homme s’est retourné et est revenu vers l’explosion. « Quand on commence à partir et qu’on décide de revenir alors qu’il y a un vrai danger, c’est hyper compliqué. Donc c’est courageux. »
Et il termine sur une note résolument optimiste, en citant les jeunes journalistes croisés sur le front ukrainien — « des gens passionnés et passionnants ». « La relève est largement assurée. » Avant une dernière phrase, qui résume à elle seule cinquante-trois ans de métier : « s’il n’y a pas de témoins, il n’y a pas de crime ».
Questions fréquentes
Qui est Patrick Chauvel ?
Patrick Chauvel est un grand reporter et photographe de guerre français. Il a couvert plus de quarante conflits en cinquante-trois ans, depuis le Vietnam jusqu’à l’Ukraine, en passant par le Liban, la Tchétchénie, le Salvador, l’Irak et la Syrie. Il est également l’auteur de plusieurs livres et documentaires.
Comment devenir reporter de guerre ?
Il n’existe pas de voie unique : Patrick Chauvel lui-même n’a suivi aucune école de photographie ni de journalisme. Ses conseils portent surtout sur les conditions d’exercice : ne jamais financer soi-même un reportage, accepter que le métier rapporte peu, et abandonner l’idée d’y trouver de la notoriété.
La mort d’un journaliste en zone de guerre est-elle un crime de guerre ?
Pas nécessairement, selon Patrick Chauvel. Un journaliste tué par un tir d’artillerie ou de roquettes est victime du risque inhérent au métier, l’auteur du tir ignorant sa présence. En revanche, l’exécution délibérée d’un journaliste identifié et fait prisonnier — comme le photographe ukrainien Maks Levin — constitue selon lui un crime de guerre et une atteinte à la liberté d’expression.
Pourquoi la guerre en Ukraine est-elle difficile à couvrir ?
Pour trois raisons : un accès au front étroitement contrôlé par un service de presse très organisé, un coût de séjour élevé — environ 350 euros par jour rien que pour un fixeur — et un niveau de danger inédit, entre une puissance de feu sans équivalent depuis 1945 et la menace permanente des drones.
À écouter également
- #137 — Le grand reportage en zone de guerre, avec Régis Le Sommier
- #281 — Dorothée Olliéric, grande reporter sur les zones de guerre
- #240 — Le métier de reporter de guerre
- #248 — Le prix Bayeux des correspondants de guerre
Pour aller plus loin sur Défense Zone
- Patrick Chauvel, reportages de guerre et photographie
- La bataille de Mossoul vue par Patrick Chauvel
- Les livres incontournables de Patrick Chauvel
- Comment devenir reporter de guerre
Défense Zone est un média indépendant consacré aux questions de défense et de sécurité. Ce podcast est disponible sur toutes les plateformes audio — Spotify, Deezer, Apple Podcasts — ainsi que sur notre chaîne YouTube. Pour soutenir notre travail, retrouvez notre magazine papier trimestriel et notre espace premium sur defense-zone.com.
