Que voit un officier de renseignement désarmé, posté au milieu d’un pays qui bascule dans la guerre civile, et que peut-il en faire ? Défense Zone recevait Enora Chame, colonel de l’armée de l’air et de l’espace, pour un entretien de près d’une heure quarante. Recrutée sur titres, elle bifurque très tôt vers les missions menées sous drapeau international. Après une scolarité consacrée à l’arabe et une affectation au bureau des affaires militaires des Nations unies à New York, elle part en 2012 pour la Syrie comme observatrice militaire, dans une mission créée par le Conseil de sécurité pour surveiller un cessez-le-feu que personne ne croyait tenable. Elle en a tiré un récit, Quand s’avance l’ombre, publié par Mareuil Éditions. Le fil suivi ici est le sien : l’écart entre ce que voit le terrain et ce que décident les capitales.
Les analyses développées dans cet épisode sont celles d’Enora Chame et n’engagent qu’elle. L’entretien revient sur une mission conduite en 2012 et sur la situation internationale telle qu’elle se présentait au moment de l’enregistrement, soit avant la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024.
Ce qu’il faut retenir de cet épisode
- La mission d’observation déployée en Syrie en 2012 a duré moins de quatre mois, du 27 avril au 19 août, avec un effectif autorisé de 300 observateurs militaires non armés. Enora Chame y est restée quatre mois.
- Le mandat consistait à surveiller le cessez-le-feu obtenu par l’envoyé spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe. Elle le décrit comme une mission de la dernière chance.
- Le mot qui organise tout le métier, dit-elle, est l’impartialité. C’est ce qui explique la présence de dizaines de nationalités dans une même mission, et ce qu’on leur reprochait sur le terrain.
- Un observateur de l’ONU n’est pas un agent clandestin : « il n’y a jamais rien eu de clandestin ». Visas en règle, véhicules marqués, béret bleu.
- Un incident chimique dont elle est elle-même victime ne fera l’objet d’aucun compte rendu écrit, par crainte de déclencher un engrenage international.
- Son message le plus insistant porte sur la blessure psychique : on en guérit, à condition d’être pris en charge par des professionnels.
Entrer par la bande
Le parcours ne suit aucune des voies ordinaires. Recrutée sur titres, avec des diplômes et sans passer les concours militaires habituels, elle entre directement en troisième année dans la formation des officiers de l’armée de l’air. Les premières années se déroulent au sein de son armée d’appartenance, puis elle bascule vers un autre univers, celui des organisations internationales.
Entre deux affectations, elle obtient une scolarité longue, sanctionnée par un diplôme militaire scientifique et technique, et consacrée à l’apprentissage de l’arabe classique. La combinaison langue et région oriente le reste de la carrière. Elle répond à une prospection diffusée dans les armées pour un poste au sein d’une mission onusienne de surveillance de la trêve au Proche-Orient, l’une des plus anciennes opérations de maintien de la paix, déployée en Égypte, en Israël, en Jordanie, au Liban et en Syrie.
Cette mission présente pour elle un avantage décisif : répartie entre plusieurs pays, elle permet aux observateurs de vivre au milieu de la population. Elle y passe plus d’un an, obtient une promotion interne et une mutation, puis enchaîne d’autres engagements, en Afrique notamment. Une seconde candidature la conduit à New York, au bureau des affaires militaires du département des opérations de maintien de la paix, comme analyste pour le Moyen-Orient. Elle arrive en poste au moment des printemps arabes.
La suite tient à un concours de circonstances. Le général appelé à commander la mission qui se met en place en Syrie demande qu’elle parte avec lui, parce qu’elle connaît déjà le pays. Elle quitte donc le plus haut niveau diplomatique pour le plus bas niveau tactique, ce qui donnera à l’entretien son ossature.
Observer sans arme
Le mandat donné par le Conseil de sécurité tient en une phrase : observer le cessez-le-feu péniblement obtenu par l’envoyé spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe. Le sentiment sur place est celui d’une dernière chance avant que le pays ne glisse vers l’abîme. Après environ un mois d’apaisement relatif, c’est l’inverse qui se produit : la Syrie bascule dans la guerre, et les observateurs sont aux premières loges pour le documenter.
Ces observateurs ne sont pas armés. Interrogée sur ce point, elle défend le choix sans hésiter : porter une arme dans cette configuration les aurait exposés davantage, et le niveau de stress aurait rendu la faute probable. Le désarmement fait partie du dispositif de protection, au même titre que la visibilité : véhicules marqués de lettres gigantesques, bérets bleus, uniformes nationaux. Elle finira pourtant par retirer son drapeau français, qui suscitait trop de réactions.
La contrepartie de cette exposition est permanente. Les observateurs sont suivis, filmés, photographiés en continu, et les images circulent le soir même. Tout le monde sait où ils vont et devine à peu près ce qu’ils écriront. Certains ont été très violemment pris à partie, et des véhicules ont été détruits. Elle décrit l’autre protection, moins technique : parler à tout le monde, expliquer inlassablement le mandat. Car le malentendu est la règle. La population attendait d’eux qu’ils règlent le problème, distribuent des médicaments, viennent en aide aux réfugiés. Ils n’étaient là ni pour cela ni pour arbitrer, et leur présence a fini par être jugée inutile par tous les camps.
Renseigner sans espionner
La confusion avec l’espionnage revient sans cesse, entretenue par les fictions. Elle la démonte méthodiquement. Les Nations unies n’emploient pas volontiers le mot renseignement, jugé trop connoté, mais le processus est identique : rassembler des éléments, les vérifier, les recouper, les analyser, les transmettre à des décideurs. La différence tient au commanditaire : on ne travaille plus pour son pays mais pour la communauté internationale.
Rien de clandestin, donc, et surtout aucune fausse identité : elle insiste sur le danger que représenterait le contraire dans un pays où les services présents ne sont pas des amateurs. Elle refuse de répondre à une question sur l’éventuelle présence d’agents français sous couverture, et pose la règle qui vaut selon elle partout : chacun son métier, chacun son canal. Le cloisonnement n’est pas une lubie administrative, c’est ce qui permet au décideur de croiser plusieurs sources.
Le même raisonnement l’amène à distinguer l’observateur du journaliste. L’un travaille dans un cadre juridique, mandaté par le Conseil de sécurité et tenu à l’impartialité, en équipe et par dizaines ; l’autre travaille pour un titre, avec son angle, et sa mission consiste précisément à porter l’information à l’opinion publique. Elle dit son estime pour les journalistes qui recoupent, et rappelle qu’un journal n’est pas un service de renseignement. Elle en tire une position sans nuance sur les documents classifiés remis à la presse par un militaire : c’est une faute déontologique grave, comparable à celle d’un médecin qui publierait le dossier de ses patients. Elle met enfin en garde contre la tentation de se prendre pour un espion quand on ne l’est pas.
Quatre mois de bascule
La mission est montée dans l’urgence et en porte les traces : chaos administratif quasi permanent, observateurs qui ne sont pas payés, organisation qui n’a pas eu le temps de se construire. Une mission installée dans la durée aurait formé et entraîné son personnel ; celle-ci a été attaquée durement, évacuée, puis fermée.
Faute de protocole, elle bricole ses propres méthodes. Se faire envoyer des fiches de médecine légale pour ne pas subir le choc devant les corps, et transformer la confrontation en enquête. Photographier les lieux, discuter avec les habitants, avec les rebelles comme avec l’armée régulière. Ne jamais rester passive. Quand les tirs interdisent de sortir, aller apprendre auprès de camarades qui savent ce qu’elle ignore : un spécialiste des blindés, un artilleur qui identifie les sons depuis le toit.
Derrière ces expédients, il y a une théorie. Face à une situation extrême, explique-t-elle, la zone du cerveau qui gère les émotions est submergée et peut prendre la main ; l’entraînement recule ce moment sans l’abolir. Le travail consiste donc à réactiver en permanence l’autre versant, celui de la réflexion et de l’action, en se donnant de petites missions concrètes. Elle en a fait un principe de commandement : veiller à ce que l’émotion n’envahisse pas ses subordonnés, et leur rendre le pouvoir d’agir.
Terrain et sommet
C’est l’idée par laquelle s’ouvre l’épisode. Sur le terrain, on se situe au plus bas niveau tactique possible ; à New York, au plus haut niveau diplomatique. Entre les deux, plusieurs étages : des ambassadeurs qui servent les intérêts de leur pays, des états-majors onusiens, un commandement régional installé à Damas qui paraissait déjà lointain, tant la guerre prenait une physionomie différente dans chaque ville.
De cette distance naît une incompréhension réciproque que ni les réunions ni les moyens de communication ne comblent. Elle refuse d’en faire un procès : le niveau tactique n’a pas les éléments pour juger des décisions prises au-dessus. Mais elle ne masque pas ce que cela coûte, évoquant des déclarations politiques suivies presque immédiatement d’un massacre, et le sentiment récurrent de n’être écouté par personne.
Interrogée sur le conflit d’intérêts entre son pays et son employeur onusien, elle rappelle qu’une résolution votée est un texte contraignant, signé au nom de la communauté internationale, et que les relations bilatérales relèvent d’un autre cadre. Le problème n’est pas là selon elle : il est que le Conseil de sécurité ne parvient plus à s’entendre sur les dossiers difficiles, polarisé entre Russes et Occidentaux, avec une Chine qui observe et préserve ses intérêts. La charte des Nations unies ne tient que parce que tout le monde a décidé de l’appliquer ; le jour où des États cessent de le faire et déclenchent des guerres parce qu’ils le peuvent, l’édifice se délite. Elle rappelle le précédent de la Société des Nations et la guerre mondiale qui a suivi.
Refuser un ordre
La mission a été composée d’officiers, délibérément, parce qu’elle exigeait un niveau de décision permanent. Sur le terrain, on n’appelle pas l’état-major pour savoir s’il faut tourner à droite ou à gauche : on décide, puis on rend compte le soir. L’autonomie est ici une nécessité, pas une faveur.
Le récit comporte pourtant un épisode d’une autre nature, qu’elle situe tout à la fin, alors que la mission est en cours de fermeture. Un nouveau chef arrive et donne des ordres qu’un certain nombre d’observateurs jugent extrêmement dangereux, pour un résultat nul. Plusieurs d’entre eux, elle comprise, décident de ne pas les appliquer. Elle insiste sur le caractère exceptionnel de cette décision, presque collective, et sur ce qui l’a rendue possible : une hiérarchie devenue illisible et des hommes proches de la rupture.
Elle ne cherche pas à généraliser. Cela arrive très rarement dans une carrière, et le livre existe notamment pour expliquer comment une situation en arrive là. Le reste du temps, le principe demeure : on remplit les tâches de son niveau et on laisse ceux du dessus assumer leurs responsabilités.
La ligne rouge chimique
C’est le passage le plus délicat de l’entretien, et elle prévient qu’aucun média ne l’avait jusque-là interrogée dessus. Elle est atteinte par un produit chimique et tombe très malade, sans qu’aucun mort ne soit constaté dans la ville. Elle en conclut qu’il ne s’agit probablement pas d’une attaque, mais d’une fuite consécutive à un bombardement, portée par le vent. Elle ignore même si le produit est d’origine militaire ou industrielle.
Elle choisit alors de ne pas rendre compte par écrit : c’est, précise-t-elle, le seul incident qu’elle n’ait pas consigné. Avec aussi peu d’éléments, signaler un incident chimique pouvait déclencher une réaction sans commune mesure avec ce qui s’était réellement passé, jusqu’à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Elle en parlera beaucoup plus tard, oralement, une fois rentrée en France. La règle ordinaire est pourtant l’inverse : en cas d’attaque avérée contre des personnes, le compte rendu part dans la minute au plus haut niveau.
De là, elle généralise. L’arme chimique est un objet politique autant qu’un objet militaire, parce qu’on l’a assortie de lignes rouges. Annoncer une ligne rouge, dit-elle, revient à garantir qu’elle sera franchie : soit par celui qui détient ces armes et estime pouvoir agir impunément, soit par son adversaire, qui a tout intérêt à l’en faire accuser pour provoquer une intervention internationale. Elle applique la même prudence à la lecture des massacres : plus la scène semblait claire, plus les témoins surgissaient à point nommé avec un récit désignant un camp, plus l’équipe se méfiait. Les services de renseignement peuvent établir qu’un type de gaz a été fabriqué quelque part ; déterminer qui l’a employé au milieu d’une guerre est un tout autre exercice.
Soigner la blessure psychique
Le syndrome de stress post-traumatique tient une place centrale dans le livre, et le récit du diagnostic est frappant. Ce n’est pas elle qui s’aperçoit de quelque chose : ce sont ses camarades, des militaires américains et canadiens rentrés d’Irak, qui identifient le problème après la mort d’un des leurs. Elle-même ne comprend pas, d’autant que les images qui reviennent ne correspondent pas à cet événement mais à une expérience bien antérieure, en Bosnie. L’incident n’était que le déclencheur d’une blessure ancienne.
Elle sera prise en charge lors d’une affectation en Israël, par un psychiatre militaire, dans le cadre d’un protocole alors expérimental, et décrit le résultat comme spectaculaire et durable. Elle découvre en Syrie un bénéfice inattendu : ce suivi lui a laissé une boîte à outils très pragmatique pour se protéger sur le terrain.
Sa position sur le soin est ferme. On peut déployer des méthodes en amont pour retarder la survenue du syndrome ou l’éviter, mais on ne se soigne pas seul, puisque c’est le cerveau lui-même qui fait souffrir. Elle file une comparaison avec un poignet cassé : l’endroit réparé est plus solide qu’avant, ce qui n’empêche pas de se blesser à côté. Avoir affronté dix fois une situation difficile ne garantit pas que le cerveau l’acceptera la onzième, d’où une vigilance maintenue sur elle-même lors des missions suivantes.
Cette expérience a modifié sa façon de commander. Elle repère, dit-elle, ceux de ses personnels qui souffrent, presque dès qu’ils passent la porte, et le fait d’exposer son propre vécu aide ses interlocuteurs à comprendre. Elle pose aussitôt la limite : elle n’est pas médecin, on ne peut imposer à personne de se soigner, et le déni fait partie du tableau, elle-même y a cédé. Un chef attentif ne remplace pas un thérapeute. Elle note que l’armée française est aujourd’hui beaucoup plus attentive au sujet, protocoles à l’appui.
Reconstruire par le bas
L’entretien s’élargit ensuite à ce qui vient après les armes. Elle sépare d’abord les métiers : les observateurs ne sont pas là pour installer une bonne gouvernance, et les grands programmes onusiens qui prennent en charge les réfugiés ou l’alimentation relèvent d’un tout autre mandat.
Sur la reconstruction elle-même, son diagnostic est sévère. Ce qui échoue, à peu près partout, c’est l’importation d’institutions conçues à l’extérieur. Elle cite le cas d’une constitution confessionnalisant la répartition du pouvoir, où chaque poste est réservé d’avance à une communauté : plus aucun problème ne peut alors être traité sans devenir un enjeu religieux.
Elle croit beaucoup plus à une reconstruction menée par le bas : des populations locales qui décident, élisent des représentants qu’elles connaissent, remontent vers l’échelon régional. Cela suppose d’avoir désarmé au préalable les milices, faute de quoi ce sont les plus corrompus qui prennent la main. La communauté internationale garde selon elle un rôle utile sur la justice et le système pénitentiaire, deux chantiers redoutables en sortie de guerre : quelle loi appliquer, comment juger ceux qui ont collaboré sans enclencher des cycles de revanche. Elle préfère la prison et la réinsertion aux exécutions, qui nourrissent les représailles pendant des décennies.
Une autre inquiétude traverse ce passage, celle des départs. Ceux qui quittent un pays en guerre le plus vite sont ceux qui en ont les moyens : médecins, avocats, enseignants. Si la guerre dure, ils s’installeront ailleurs définitivement, et il ne restera personne pour reconstruire.
Écrire, puis transmettre
Le livre n’était pas prévu. Il naît d’un journal tenu sur place, inexploitable en l’état, et d’une rencontre avec un éditeur : il a fallu contextualiser ce matériau brut, expliquer les origines du conflit et ses dynamiques. Trois intentions se sont imposées : rendre hommage aux Syriens après dix ans de guerre, parler des blessures psychiques, et achever le travail d’observation resté en suspens quand la mission a été fermée. Le livre est, dit-elle, la dernière pièce de son compte rendu.
Sur la question de l’autorisation, sa réponse est nette. L’ouvrage est préfacé par deux officiers généraux, ce qui n’est pas rien s’agissant de protection du secret. Il porte sur une mission des Nations unies, où l’armée française n’apparaît pas et dont les modes d’action ne sont donc pas en cause. Rien de ce qu’elle rapporte n’est classifié, et la difficulté des opérations de maintien de la paix n’est un scoop pour personne. Ce qu’apporte le livre, c’est l’œil d’une personne présente à ce moment-là, et elle prévient qu’elle a pu se tromper : ce n’est pas une thèse universitaire, mais ce qu’elle a vu et cru comprendre. Interrogée sur l’encouragement adressé aux militaires à écrire, elle en corrige l’attribution : c’est un ancien chef d’état-major des armées qui a appelé les officiers à documenter leur expérience.
L’entretien se clôt sur un conseil à celles qui voudraient s’engager comme officier. Elle refuse de leur souhaiter son propre parcours, dont elle dit le prix élevé, et rappelle que tout a changé depuis son recrutement : les mentalités, les générations, les unités ouvertes. Son conseil est technique et sans romantisme : étudier les caractéristiques de chaque armée et les métiers qu’on y trouve. Le renseignement d’origine technique, l’imagerie, le spatial, les écoutes relèvent d’une armée ; un parcours de terrain et de contact avec les populations en appelle une autre. Reste à savoir, avant de choisir, si l’on veut faire de sa passion un métier ou conduire une carrière jusqu’aux étoiles : ce ne sont pas les mêmes rails.
Questions fréquentes
Qui est Enora Chame ?
Enora Chame est colonel de l’armée de l’air et de l’espace et officier de renseignement. Recrutée sur titres, elle s’est orientée vers les missions internationales après une scolarité consacrée à l’arabe. Elle a servi au Proche-Orient dans une mission onusienne de surveillance de la trêve, en Afrique, puis à New York comme analyste pour le Moyen-Orient au département des opérations de maintien de la paix. En 2012, elle est déployée quatre mois en Syrie comme observateur militaire des Nations unies. Elle a tiré de cette mission un récit, Quand s’avance l’ombre, publié par Mareuil Éditions.
Quelle était la mission de l’ONU en Syrie en 2012 ?
Le Conseil de sécurité a créé en avril 2012 une mission de supervision chargée de surveiller le cessez-le-feu obtenu par l’envoyé spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe, ainsi que l’application de son plan en six points. Son effectif autorisé était de 300 observateurs militaires non armés, accompagnés d’une composante civile. Déployée à partir du 27 avril 2012, elle a suspendu ses patrouilles à mesure que la violence s’intensifiait, et son mandat a pris fin le 19 août 2012.
Un observateur de l’ONU est-il un espion ?
Non. Le cycle de travail ressemble à celui du renseignement, avec la collecte, la vérification, le recoupement et l’analyse, mais il s’exerce à découvert et au profit de la communauté internationale, non d’un État. Les observateurs entrent avec des visas en règle, portent l’uniforme de leur pays et le béret bleu, et sont connus de toutes les parties. L’impartialité est la règle cardinale, ce qui explique la diversité des nationalités représentées dans une même mission.
Peut-on guérir d’un syndrome post-traumatique ?
C’est le message qu’Enora Chame tient le plus à faire passer : on n’est pas condamné à vie parce qu’on a contracté un syndrome de stress post-traumatique. Elle-même a été diagnostiquée par des camarades, puis prise en charge par un psychiatre militaire lors d’une affectation à l’étranger, avec un résultat qu’elle décrit comme spectaculaire et durable. Elle pose deux conditions : le soin relève de professionnels, car on ne se soigne pas soi-même d’une blessure du cerveau, et la guérison n’annule pas la vulnérabilité.
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