#4 – DGSE espion : immersion dans le monde secret de l’ombre avec Olivier Mas (alias Beryl614)

Quinze années à la Direction générale de la sécurité extérieure, dont deux affectations à l’étranger sous couverture diplomatique : Olivier Mas, qui signe ses interventions publiques du pseudonyme Beryl 614, a quitté le service pour raconter un métier que la fiction a rendu familier sans le rendre exact. Officier de cavalerie passé par le 1er RPIMa avant de rejoindre la DGSE au début des années 2000, il a publié Profession espion (Hoëbeke, 2019), puis J’étais un autre et vous ne le saviez pas (Éditions de l’Observatoire, 2021) et un premier roman, Le Walk-in (Flammarion, 2024). Il anime la chaîne Talks with a Spy et intervient en conférence sur le renseignement. Dans cet entretien enregistré en février 2021, il décrit le quotidien réel de l’officier traitant : l’analyse, l’écriture, le travail avec des sources humaines, et le prix que cette vie fait payer à la vie privée.

Les analyses et les appréciations développées dans cet épisode sont celles d’Olivier Mas et n’engagent que lui. L’entretien a été enregistré en février 2021 : les situations décrites, les priorités géopolitiques citées et les chiffres avancés se rapportent à cette date.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • On n’entre pas à la DGSE en sortant de l’école : dans son cas, il a fallu au préalable un parcours militaire complet, commandement d’unité et diplôme d’état-major compris.
  • Le cœur du métier est intellectuel : lire, écrire, synthétiser, poser des questions. Selon sa formule, l’essentiel de la vie réelle d’un officier de renseignement se passe devant un ordinateur, ce qu’aucune série ne montrera jamais.
  • Les qualités recherchées ne sont pas physiques mais relationnelles : stabilité, culture générale, aisance rédactionnelle, empathie et intérêt sincère pour les gens.
  • Il récuse le mot « manipulation » pour décrire la relation avec une source, tout en reconnaissant qu’une part de non-dit reste consubstantielle au métier.
  • Le risque le plus lourd n’est pas porté par l’officier traitant, protégé par son statut diplomatique, mais par la source humaine, qui risque la prison ou la mort.
  • La contrainte la plus durable est sociale : une vie amicale appauvrie, des relations à déclarer au service de sécurité, et un secret qui ne se partage ni à table ni au retour du bureau.

D’officier de cavalerie à officier traitant

Le parcours commence loin des ambassades. Officier de cavalerie, Olivier Mas sert d’abord au 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine, à Bayonne, où un contingent de places est ouvert chaque année à des officiers venus d’autres armes que l’infanterie de marine. Il en garde le souvenir d’un régiment où l’encadrement, les missions et l’esprit de corps forment un ensemble difficile à retrouver ailleurs.

La suite obéit à une règle qu’il rappelle sans détour : on ne rejoint pas la DGSE en contournant la carrière militaire ordinaire. Il faut avoir commandé une unité élémentaire, puis validé son diplôme d’état-major. Ces deux jalons franchis, la candidature devient recevable.

Son entrée au service, au début des années 2000, le conduit d’abord dans une structure spécialisée dans la clandestinité, où il passe trois ans. Il y prépare parallèlement le concours de l’École de guerre, qu’il réussit. Le retour de scolarité change le rythme : officier breveté, il accède plus vite à des responsabilités, notamment dans le domaine du contre-terrorisme. Quinze ans de carrière au service, deux postes à l’étranger, puis un départ volontaire à la fin de la quarantaine, pour ce qu’il appelle un passage « de l’ombre à la lumière », une lumière qu’il tient lui-même à mesurer.

« Ce n’est pas du James Bond »

Interrogé sur ce que recouvre concrètement le métier, il commence par écarter les deux représentations dominantes. Celle du film d’action, d’abord, qu’il juge sans rapport. Celle de la série télévisée ensuite, plus proche, mais partielle.

Le point de départ est un travail d’analyste, qu’il compare volontiers à celui d’un journaliste : on lit beaucoup, on écrit davantage, on produit des analyses et des synthèses, on formule des questions. Un travail de bureau, donc, mais un travail de fond. Son avertissement est net : qui n’a de goût ni pour l’écriture ni pour la réflexion de synthèse n’a rien à faire dans ce métier, puisque cette part ne disparaît jamais.

Vient ensuite, après quelques années, la possibilité d’un poste à l’étranger, en ambassade, sous passeport diplomatique. Le métier change de forme sans changer de nature : la rédaction reste massive, les rapports s’accumulent, mais s’y ajoute une contrainte permanente de sécurité, pour soi et surtout pour les personnes avec lesquelles on travaille.

Il nuance pourtant l’opposition entre bureau et terrain. C’est même, dit-il, l’une des raisons qui l’ont conduit au renseignement : après l’École de guerre, la carrière d’un officier se déroule largement en état-major, quand le service permettait de conserver une part d’engagement direct, y compris dans des villes où l’instabilité est la règle.

L’exercice du café

Parmi les épreuves de formation qu’il raconte dans son premier livre, une seule est devenue célèbre : l’exercice du café. Le principe tient en trois lignes. Un établissement est désigné, un évaluateur observe, et le stagiaire dispose d’environ une heure pour entrer, repérer une personne, engager la conversation et en apprendre le plus possible sur elle. Obtenir un numéro de téléphone vaut mention.

Ce qui rend l’exercice redoutable n’est pas sa difficulté technique, mais son caractère unique : il n’y a pas de seconde tentative, et l’aléa pèse lourd. La personne abordée peut simplement répondre qu’elle lit et souhaite la paix. Il souligne d’ailleurs que la hiérarchie sait faire la part des choses : ce que l’on observe, au-delà du résultat, c’est la réaction du candidat à l’échec.

L’exercice met en jeu exactement ce que le métier demande ensuite : savoir rompre la glace, ne pas être timide, écouter, relancer, donner envie à quelqu’un de parler de lui. Fred Marie relève que ce sont les qualités du journaliste. La réponse est un acquiescement sans réserve.

Quant à l’art du mensonge, si central dans la littérature d’espionnage, il le ramène à une discipline d’apprentissage. On s’entraîne, on anticipe les questions gênantes pour ne jamais être surpris, et la chose finit par devenir une seconde nature. Rien d’inné, donc, mais de la préparation.

Manipuler ou coopérer

La formule consacrée veut qu’un officier traitant « manipule » ses sources. Il la rejette. Ce que l’on cherche à construire, explique-t-il, est une coopération volontaire, où la personne sait ce qu’elle fait et quels risques elle prend.

Il ne prétend pas pour autant que la relation soit transparente. Une part de non-dit subsiste nécessairement, ne serait-ce que parce qu’une information complète conduirait parfois la source à refuser. Mais il distingue cette zone grise du travail sous contrainte, qu’il présente comme une pratique que le service s’efforce d’éviter.

Sur le plan éthique, sa position est affirmée et personnelle : il aurait refusé un ordre contraire à sa morale, quitte à démissionner. Il précise n’avoir jamais été placé dans cette situation. La règle qu’il décrit consiste plutôt à examiner avec la source les risques encourus et à chercher ensemble comment les réduire, pour qu’elle ne soit ni détectée, ni emprisonnée.

Il ajoute une condition qu’il juge décisive et qui relève de la motivation : une fibre patriotique solide. Sans elle, dit-il, les contraintes du métier deviennent difficilement supportables, parce que rien d’autre ne les compense.

Ce que coûte le secret

C’est la partie la plus concrète de l’entretien, et la moins spectaculaire. Le service de sécurité interne demande que les relations proches soient déclarées. La logique n’a rien de moral : une rencontre peut être provoquée par un service adverse, et le silence d’un agent sur sa vie privée crée précisément la prise recherchée. Son propre remariage avec une ressortissante étrangère l’a placé dans une catégorie de dossiers sensibles, avec une procédure écrite et une décision à prendre au plus haut niveau du service.

Le secret lui-même s’apprivoise. Il décrit une forme de fierté silencieuse, celle de servir sans rien en dire. L’usure est ailleurs, dans l’appauvrissement de la vie sociale : peu d’amis à l’extérieur du service, puisqu’on ne peut rien partager de son travail, et peu d’amis à l’intérieur, les relations hors du bureau étant mal vues. Une érosion lente, dont on ne prend la mesure, dit-il, qu’une fois sorti.

Un point le surprend positivement. Comme les documents classifiés ne quittent pas les armoires fortes, le travail ne suit pas à la maison. Les horaires peuvent être très longs en période de crise, mais lorsque la journée s’arrête, elle s’arrête vraiment.

Sur le suivi psychologique, son appréciation est plus réservée. Les psychologues sont nombreux et les agents sont suivis, notamment avant un départ en poste et après un incident. Mais le dispositif est payé par l’institution, et un agent qui reconnaît une fragilité sait qu’il peut en payer le prix en affectation. D’où une tendance, qu’il décrit sans complaisance, à taire ce qui devrait être dit. Interrogé sur l’existence de syndromes post-traumatiques dans le renseignement, il répond par l’affirmative, comme dans les armées.

Le danger réel, loin des clichés

Il commence par relativiser. Pour un agent inséré sous couverture diplomatique, le risque principal n’est ni la torture ni l’exécution, mais la détection puis l’expulsion par les services locaux. Une procédure entre États, désagréable plus que dangereuse, mais violente à sa manière : la famille est sur place, la maison est installée, les enfants sont scolarisés, et tout se défait en une nuit. S’y ajoute le sentiment d’avoir manqué sa mission.

Le risque lourd est ailleurs. Quand un binôme est démasqué, l’officier traitant rentre en France par le premier avion ; la source, elle, est ressortissante du pays concerné. C’est elle qui encourt des années de prison, voire la mort. Cette asymétrie est, chez lui, une constante du raisonnement.

Reste la zone où les conventions ne s’appliquent plus. Travailler dans des pays en guerre expose au risque collatéral comme au ciblage délibéré, par des groupes qui n’entendent pas traiter un prisonnier en diplomate. Il cite l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire récente du service : la tentative de libération, en Somalie, de l’agent connu publiquement sous le nom de Denis Allex, enlevé en 2009 et dont la mort a été annoncée en janvier 2013.

Le service action, atout rare

Beaucoup de services de renseignement étrangers n’en disposent pas. La DGSE, si. Le service action regroupe des unités militaires ayant développé des capacités de clandestinité : elles travaillent en civil, savent opérer sous identité d’emprunt et peuvent dissimuler leur appartenance nationale.

Son intérêt, tel qu’il le résume, tient à la palette d’options qu’il ouvre à un service de renseignement quand les voies ordinaires sont fermées, y compris pour extraire d’un pays une source menacée sans lui faire franchir un aéroport. L’unité est composée pour l’essentiel de militaires, avec une poignée de civils dans les fonctions d’état-major, et elle recrute au-delà du seul vivier des forces spéciales, à l’image de ce que pratiquent d’autres armées occidentales.

Pourquoi ne pas l’avoir rejoint, lui qui venait des troupes aéroportées ? Sa réponse est dénuée d’ambiguïté : il avait déjà vécu cette vie au 1er RPIMa. Ce qu’il voulait, c’était devenir officier de renseignement et travailler avec des sources humaines. Il précise au passage que le maniement des armes n’est pas une compétence attendue d’un officier traitant, même si certaines affectations en zone instable donnent lieu à des stages spécifiques.

Civils et militaires, deux cultures

La DGSE n’est pas une maison militaire : elle emploie des fonctionnaires civils, des contractuels et des militaires, et les taquineries entre les deux mondes sont un motif récurrent de son livre. Interrogé sur ce que chacun apporte, il répond sans hiérarchiser.

Le civil qui accomplit toute sa carrière au service développe une expertise de très longue durée sur un dossier, que peu de militaires peuvent égaler. L’officier, lui, arrive avec une première carrière derrière lui, une capacité de management et des réflexes d’autonomie éprouvés. Il l’illustre par une anecdote sobre : envoyé en zone désertique avec des moyens réduits, un militaire se débrouille, improvise et revient, là où d’autres profils se trouvent démunis.

Il note enfin, en 2021, une amélioration du niveau de recrutement, avec des candidats qui auraient pu choisir d’autres administrations prestigieuses et qui optent pour le renseignement. Une évolution qu’il rapproche du modèle britannique, où les meilleurs éléments des grandes universités rejoignent les services avant la diplomatie.

Partenaires, concurrents, adversaires

Sa lecture du paysage des services, telle qu’il la formulait en février 2021, tient en quelques lignes de force. Les services américains occupent selon lui la première place, moins par la qualité moyenne de leurs agents que par une puissance de moyens sans équivalent, en particulier dans le renseignement technique. Les Britanniques, eux, font figure de matrice historique du métier, ayant formé au cours du second conflit mondial les services de la France libre comme les futurs services américains.

Sur la relation avec la CIA, il décrit une dualité assumée. Partenaire de premier plan en matière de contre-terrorisme, avec une complémentarité qu’il juge remarquable entre le renseignement humain français et les capacités techniques américaines. Concurrent, aussi, notamment sur le terrain économique, comme l’ont illustré des affaires industrielles largement documentées depuis.

Quant aux priorités qu’il citait alors, elles tenaient en quelques noms : la Russie, dont il décrit l’agressivité et la place centrale du renseignement dans l’appareil d’État ; la Chine, puissance qui inquiète ; la Turquie, devenue un sujet à mesure que ses relations avec l’Europe se tendaient ; l’Iran et la Corée du Nord au titre de la contre-prolifération. Ces appréciations sont les siennes et datent de 2021. Il rappelle d’ailleurs que les priorités d’un service ne lui appartiennent pas : elles sont fixées par le pouvoir politique, qui dit ce qu’il veut savoir.

Comment reste-t-on à niveau sur des dossiers aussi divers ? Par une culture générale entretenue quotidiennement, répond-il, et par une expertise pointue sur un dossier confié. Mais en poste à l’étranger, il faut traiter simultanément des sujets économiques, des questions de prolifération, des enjeux d’influence. La réponse à cette dispersion, c’est le service lui-même : on est alimenté par des experts internes, et l’on n’est jamais seul face à une question que l’on ne maîtrise pas.

Sortir de l’ombre sans trahir

Le dernier tiers de l’entretien porte sur son présent d’alors : une chaîne vidéo, des livres, une parole publique. Il assume un choix de méthode discutable et le raconte comme tel. Il n’a pas demandé d’autorisation, estimant qu’elle lui aurait été refusée ou que le projet lui aurait échappé. Il a en revanche ouvert, au moment de publier ses premières vidéos, un site expliquant sa démarche, destiné avant tout à ses anciens chefs.

La réaction initiale du service a été la stupéfaction, suivie d’un apaisement lorsque le ton et le sérieux du propos sont apparus. Chez ses anciens collègues, l’accueil reste partagé : bienveillant pour une majorité, agacé pour ceux qui estiment qu’un ancien devrait se taire comme les autres. Il dit comprendre cette irritation et la trouver légitime.

Sur la ligne à ne pas franchir, il décrit un exercice permanent d’équilibriste. Le fait qu’une information ait été publiée dans la presse ne l’autorise pas, lui, à la confirmer : la parole d’un ancien du service n’a pas la même valeur que celle d’un journaliste. Il travaille donc au cas par cas, en restant flou sur les dates, les pays et les opérations, et en ne citant personne. Il observe que l’écrit lui a valu bien plus de difficultés que la vidéo, comme si le papier donnait au secret un caractère plus définitif.

Il évoque enfin la face ingrate de l’exposition publique. Les tentatives d’approche par des services étrangers, dans les premières années, systématiquement signalées à son ancienne maison. Les commentaires agressifs, qu’il modère lorsqu’ils deviennent insultants tout en tenant à la contradiction. Et une expérience marquante : la vague de réactions hostiles et coordonnées déclenchée par une vidéo consacrée à l’affaire Skripal.

Son conseil final à qui voudrait rejoindre le service tient dans une invitation à la lucidité plutôt qu’à l’enthousiasme : lire un récit honnête du quotidien d’un jeune analyste, et vérifier qu’après cette lecture, l’envie tient toujours. Si elle tient, les motivations sont probablement les bonnes.

Entrer à la DGSE aujourd’hui

Le parcours décrit dans cet épisode est celui d’un officier entré au service au début des années 2000. Les modalités de recrutement ont depuis été largement ouvertes et documentées publiquement. Voici ce que le service et les portails publics de l’État indiquent en septembre 2026.

  • Les voies d’accès : concours de la fonction publique, recrutement sous contrat (contrats à durée déterminée de trois ans ou contrats à durée indéterminée), mobilité et détachement pour les agents publics déjà en poste, mutation pour les militaires et officiers sous contrat, réserve, enfin stages et contrats d’apprentissage pour les étudiants.
  • Les concours : la catégorie A, accessible à partir d’un diplôme de niveau licence, conduit à des fonctions de conception et d’encadrement ; la catégorie B est accessible à partir du baccalauréat ; la catégorie C ne requiert pas de diplôme. Le calendrier des inscriptions est publié chaque année sur le site du service.
  • Les profils recherchés : le service présente huit domaines de recrutement, soit le renseignement, le cyber, les sciences et technologies, les langues étrangères, l’administration générale, les affaires immobilières, le soutien et la logistique, ainsi que la sécurité et la protection. Environ trois cents métiers différents y coexistent.
  • Les conditions : détenir la nationalité française, être en règle avec la journée défense et citoyenneté, présenter un bulletin de casier judiciaire compatible avec les fonctions visées et justifier des diplômes ou connaissances requis pour le poste.
  • Le déroulé annoncé : examen du dossier, entretiens avec des professionnels du domaine et avec les ressources humaines, évaluations psychologiques et enquête de sécurité, puis intégration. Le service indique un délai de six à huit mois pour un recrutement sous contrat.
  • Les conditions d’emploi : les affectations initiales se situent en Île-de-France, des postes à l’étranger pouvant intervenir ultérieurement. Le service demande enfin aux candidats de rester discrets sur leur candidature, y compris auprès de leur entourage et sur les réseaux sociaux.
  • Les liens officiels : les modes de recrutement, les offres d’emploi et la page de candidature sur le site de la DGSE, ainsi que la fiche employeur du portail Choisir le service public.

Informations vérifiées en septembre 2026.

Questions fréquentes

Que fait concrètement un officier traitant de la DGSE ?

Il commence généralement sa carrière comme analyste : il lit, écrit, produit des notes et des synthèses sur un dossier dont il devient l’expert. Après quelques années, il peut être envoyé à l’étranger, le plus souvent inséré dans une ambassade sous passeport diplomatique, pour y travailler avec des sources humaines. Même en poste extérieur, la part rédactionnelle du métier reste considérable. Selon Olivier Mas, c’est cette dimension intellectuelle, et non l’action, qui occupe l’essentiel du quotidien.

La DGSE ressemble-t-elle à la série Le Bureau des Légendes ?

Partiellement, selon lui. La série a le mérite d’être documentée et a nettement rapproché le grand public de la réalité du service, au point qu’il constatait dès 2021 une diminution des fantasmes. Elle reste toutefois une fiction : elle ne peut pas montrer les heures passées à rédiger, qui constituent la majeure partie du métier. Sur l’abandon d’un agent par son service, ressort dramatique de la série, il estime au contraire que la maison fait tout pour récupérer un clandestin arrêté, sauf trahison caractérisée de sa part.

Faut-il être militaire pour entrer à la DGSE ?

Non. Le service emploie des fonctionnaires civils, des agents contractuels et des militaires, ces trois statuts se répartissant de façon assez équilibrée. Le recrutement se fait par concours, par contrat, par mobilité, par mutation pour les militaires, ainsi que par la réserve, les stages et l’apprentissage. La voie militaire, celle qu’a suivie Olivier Mas, suppose en revanche un parcours préalable dans les armées, commandement d’unité et diplôme d’état-major compris.

Quel est le rôle du service action de la DGSE ?

Le service action regroupe des unités militaires ayant acquis des savoir-faire de clandestinité : elles opèrent en civil et savent dissimuler leur appartenance nationale. Peu de services de renseignement étrangers disposent d’une telle capacité intégrée, ce qui en fait, selon Olivier Mas, un atout considérable pour la France. Il s’agit majoritairement de militaires, recrutés au-delà du seul vivier des forces spéciales, les civils y étant rares et cantonnés aux fonctions d’état-major.

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