#108 – Dorothée Olliéric, grande reporter de guerre

Couvrir un conflit suppose d’abord d’y entrer : obtenir une autorisation, trouver un transport, puis accepter ou refuser l’encadrement d’une armée. Dans ce cent huitième épisode, Défense Zone reçoit Dorothée Olliéric, grand reporter à France Télévisions, pour parler du métier de grand reporter en zone de guerre : comment on accède à un front, ce que le reportage embarqué permet et interdit, comment on travaille quand aucune armée ne vous encadre, et ce que la menace d’enlèvement a changé depuis le début des années 2000. L’entretien a été enregistré au retour d’un reportage de près d’un mois en Ukraine, à l’approche du premier anniversaire de l’invasion russe, soit au début de l’année 2023. Il a été rediffusé depuis dans l’épisode #281 : Dorothée Olliéric, grande reporter sur les zones de guerre.

Les appréciations portées ici sur la guerre en Ukraine sont celles de Dorothée Olliéric et datent de l’entretien, au début de l’année 2023. Elles rendent compte de ce qu’elle a vu et entendu sur place à cette date, et non d’un état établi du conflit.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • Dorothée Olliéric refuse le titre de reporter de guerre et se présente comme grand reporter : « je trouve ça d’une prétention ». Elle couvre des conflits depuis une trentaine d’années, mais aussi des élections et des sujets français.
  • Sa règle d’accès au Sahel était simple : au Mali, elle n’y allait qu’en reportage embarqué avec l’armée française, parce que l’embarquement est selon elle la meilleure protection contre le risque d’enlèvement.
  • Sa principale critique de l’embarquement à la française tient en une phrase : « arrêtez d’être prudents pour moi ». Elle dit avoir fait remonter jusqu’à l’état-major des armées un épisode où son équipe avait été laissée à l’arrière pendant une opération.
  • En Ukraine, en 2022 et 2023, elle décrit un fonctionnement inverse : accès obtenu division par division, via une fixeuse ukrainienne, et une liberté de mouvement jusqu’aux positions les plus avancées.
  • Elle situe autour de 2001 la bascule après laquelle le statut de journaliste a cessé de protéger : afficher « PRESSE » sur un véhicule désignait une cible plutôt qu’un non-combattant.
  • Sa règle de méthode ne se négocie pas : montrer les deux camps. Elle rappelle avoir travaillé dans le Donbass côté prorusse en 2014 et se défend d’être éditorialiste : « je raconte ce que je vois ».

Grand reporter en zone de guerre : ce que recouvre le métier

Un grand reporter est un journaliste envoyé en mission longue, hors de sa rédaction, pour rapporter un récit de terrain plutôt qu’un commentaire. Dorothée Olliéric exerce ce métier à France Télévisions, où elle est arrivée en stage il y a une trentaine d’années et où elle a rejoint le service de politique étrangère deux ans plus tard. Elle insiste sur le mot : elle ne se présente jamais comme reporter de guerre. « Je trouve ça d’une prétention », dit-elle, avant de préciser qu’elle couvre effectivement des conflits depuis longtemps, mais aussi des élections en Espagne et des sujets tournés en France.

La vocation précède l’embauche. Étudiante hispanophone, Dorothée Olliéric part au Chili avec une simple carte de correspondant d’un titre de la presse régionale et décroche au culot un entretien avec le général Pinochet. Sa première mission pour France 2 l’envoie au Cambodge en novembre 1992, dans le cadre de l’opération des Nations unies, aux côtés d’un détachement de la Légion étrangère. Elle en repart convaincue : « waouh, mais quel métier de dingue je fais ».

Ce qui structure la carrière de Dorothée Olliéric n’est pas le goût du danger mais l’urgence d’être présente. Elle raconte avoir interrompu ses congés le matin de l’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden, obtenu un visa à l’ouverture de l’ambassade du Pakistan et atteint Abbottabad le soir même. « J’ai envie d’aller là où l’histoire s’écrit », résume-t-elle. Le métier se juge, dans sa bouche, à cette capacité de partir en quelques heures.

Accéder au front : le reportage embarqué et ses limites

Le reportage embarqué, souvent désigné par le terme anglais embed, est un dispositif par lequel une armée transporte, loge et escorte une équipe de presse pendant une opération, en échange d’un cadre de sécurité qu’elle fixe elle-même. Pour Dorothée Olliéric, l’embarquement a longtemps été la seule porte d’entrée praticable au Sahel. Elle explique n’être allée au Mali qu’en embarquement avec les militaires français, parce que l’alternative exposait selon elle directement au risque d’enlèvement, très supérieur à celui du combat.

Ce choix a un coût éditorial que Dorothée Olliéric ne nie pas : l’embarquement restreint le périmètre, impose des horaires, réduit le choix des interlocuteurs. Elle affirme avoir pu, malgré tout, raconter l’engagement français depuis cette position, et cite un documentaire de 90 minutes diffusé sur France 2, qui suivait trois militaires d’un régiment du train jusqu’à Gao. « Il n’y a pas de scène de bataille extraordinaire, mais il y a la tension, il y a la peur, il y a la fatigue, il y a le courage », dit-elle.

Dorothée Olliéric distingue deux usages de l’embarquement. Le premier, qu’elle appelle « le petit tour operator organisé par les militaires », convient à un voyage de presse. Le second, celui qu’elle recherche, suppose de rester assez longtemps et assez près pour filmer autre chose qu’une visite. Quand la proposition se limite au premier, elle dit savoir refuser.

« Arrêtez d’être prudents pour moi » : le conflit d’objectifs avec les armées

L’officier de communication, ou Ofcom, est le militaire chargé d’accompagner les journalistes sur un théâtre d’opérations et de protéger à la fois leur sécurité et l’image de l’institution. C’est avec cette fonction que Dorothée Olliéric décrit son désaccord le plus constant. Son reproche n’est pas la censure mais l’excès de précaution : les militaires français seraient « trop prudents » avec les équipes de presse, au point de les tenir à distance du moment qu’elles sont venues filmer.

Elle en donne un exemple précis. Lors d’une opération au Sahel, partie à trois heures du matin, son équipe est placée dans un véhicule sanitaire ; à l’approche de l’objectif, le véhicule s’arrête loin en arrière et la colonne poursuit sans elle. « On est avec vous ou on n’est pas avec vous », résume Dorothée Olliéric, qui dit avoir fait remonter l’incident jusqu’à l’état-major des armées. Sa position est qu’une équipe acceptée en opération doit pouvoir filmer ce qui s’y produit, y compris si cela tourne mal.

Le contre-exemple qu’elle cite date de 2007, sur un camp de la coalition en Afghanistan pris pour cible en pleine nuit par des tirs de roquettes. Son officier de communication veut la conduire aux abris ; elle négocie un quart d’heure pour filmer, puis suit l’escorte. Dorothée Olliéric retient que la relation fonctionne quand elle laisse place à une négociation, et se bloque quand la consigne devient automatique. Elle rappelle qu’une équipe de presse n’a pas de garde du corps et court les mêmes risques que les soldats : « la seule différence, c’est que je n’ai pas d’arme ».

Travailler en Ukraine : autorisations, fixeur et ligne zéro

Un fixeur est un collaborateur local, souvent journaliste lui-même, qui ouvre les portes, traduit et organise les déplacements d’une équipe étrangère. Dorothée Olliéric décrit l’Ukraine de 2022 et 2023 comme un terrain où ce rôle est décisif : l’accès ne se demande pas à un service de presse central mais division par division. Sa fixeuse ukrainienne s’était constituée en un an, dit-elle, un carnet d’adresses suffisant pour obtenir plusieurs autorisations jusqu’à la ligne de front.

La ligne zéro désigne la position la plus avancée d’un dispositif, celle au contact immédiat de l’adversaire, au delà de laquelle une équipe de presse ne peut plus aller. Dorothée Olliéric affirme y être parvenue à plusieurs reprises, et souligne que la différence avec l’embarquement occidental tient moins au danger qu’à la liberté laissée : « vous êtes avec nous, vous allez là et vous restez le temps que vous voulez ». Elle décrit un accompagnement assuré par un volontaire venu d’un autre métier, chargé de la communication faute de spécialiste, dont la doctrine tenait en une phrase : tout montrer.

Dorothée Olliéric nuance en distinguant les secteurs. Selon elle, les unités du sud de l’Ukraine étaient nettement moins communicantes, avec des réflexes de contrôle de l’information hérités d’une autre école, tandis que les unités plus jeunes, familières des réseaux sociaux, ouvraient bien plus facilement leurs positions. Elle souligne le revers de cette liberté : personne ne l’écarte d’un danger qu’elle a choisi.

Le journaliste devenu une cible : ce qui a changé depuis 2001

Dorothée Olliéric date des années qui suivent 2001 le basculement le plus lourd de sa carrière. Avant, explique-t-elle, on marquait « TV » et « PRESSE » sur les portières et sur le toit du véhicule, comme une ambulance affiche sa croix, et ce marquage protégeait : « je me suis sentie protégée par mon statut de journaliste » pendant des années. Ensuite, le même marquage a commencé à désigner une cible, pour ce que le journaliste représente, pour l’argent liquide qu’il transporte, ou pour sa valeur d’otage.

La diffusion, au milieu des années 2010, de vidéos d’exécution de journalistes occidentaux marque pour elle un second seuil. Dorothée Olliéric parle d’un « moment de flottement », sans arrêt de terrain pour autant : elle est ensuite repartie, notamment en Irak. L’appel du terrain l’a emporté, mais la protection symbolique du métier, elle, n’est pas revenue.

Cette évolution explique, selon Dorothée Olliéric, une part des inégalités du métier. Elle observe que les journalistes tués sur des théâtres de guerre sont souvent des indépendants, sans grande rédaction derrière eux, parfois peu expérimentés. Elle ajoute qu’un jeune reporter dispose aujourd’hui de recours qui n’existaient pas vingt ans plus tôt, entre associations de défense de la presse, prêt de gilet pare-balles et de casque, et formations.

Couvrir les deux camps : la règle de méthode

Sur l’obligation de montrer les deux camps d’un conflit, Dorothée Olliéric ne laisse aucune marge : « c’est le pire dictateur, le pire sanguinaire, tu montres les deux côtés ». Elle rappelle que sa rédaction a envoyé des équipes des deux côtés en Syrie, et qu’elle a elle même travaillé dans le Donbass côté prorusse en 2014, où elle dit avoir filmé des écoles, des crèches et un hôpital touchés par les bombardements. Elle en tire un argument de méthode plutôt qu’une équivalence politique.

Dorothée Olliéric rappelle dans le même mouvement qu’il ne faut pas « faire l’histoire à l’envers » : un pays a déclenché l’invasion, et elle juge indispensable de le redire. Un reportage sur le camp adverse ne relativise pas cette responsabilité, dit-elle, et reste la seule façon de vérifier ce que chacun avance. Elle observe qu’au moment de l’entretien, l’accès côté russe était pratiquement fermé aux équipes françaises, ce qu’elle regrette pour des raisons professionnelles.

Cette règle expose le grand reporter en zone de guerre à des accusations venues des deux bords. Dorothée Olliéric décrit des campagnes qui entreprennent de « démonter » les reportages français et les accusent d’être vendus à une partie. Sa réponse tient à la distinction des rôles : « je ne suis pas éditorialiste, donc je ne donne pas mon opinion, je raconte des histoires ». Elle dit accueillir sans réserve le travail d’un confrère couvrant l’autre camp, et cite Régis Le Sommier, reçu par ailleurs dans l’épisode #137 de ce podcast.

Faire exister un sujet défense, du journal télévisé au livre

Le métier ne se joue pas seulement sur le terrain : il faut d’abord obtenir que la rédaction achète le sujet. Dorothée Olliéric décrit un marché intérieur étroit, où les sujets défense passent surtout aux abords du 14 juillet, hors actualité chaude. Un exercice interallié sur avions de chasse organisé au Portugal était, selon elle, invendable jusqu’à ce que la guerre en Ukraine le rende soudain pertinent pour sa rédaction.

Dorothée Olliéric attribue cette difficulté à un mélange de goûts du public et de choix de hiérarchie, mais refuse la généralisation : elle cite des magazines et des éditions de fin de semaine qui programment régulièrement des reportages sur les trois armées. Elle constate en revanche que le lien entre l’armée et la nation se resserre par à coups, autour d’un deuil collectif, puis se défait.

La distinction qu’elle pose ensuite est utile à comprendre : demander une seconde version d’un sujet n’est pas de la censure. Dorothée Olliéric raconte s’être vu imposer un autre ordre de montage, des images d’archives placées en ouverture pour « tendre » le début, et une accroche plus musclée. Elle dit s’être exécutée tout en désapprouvant : « je ne vends pas des aspirateurs, je raconte une histoire ». Sur le fond, elle affirme ne pratiquer ni censure ni autocensure.

Le même effort de persuasion vaut hors antenne. Dorothée Olliéric a publié Vie et mort d’un soldat d’élite : Maxime Blasco aux Éditions du Rocher. Caporal-chef du 7e bataillon de chasseurs alpins, Maxime Blasco avait extrait sous le feu le pilote et le chef de bord d’une Gazelle abattue au Mali dans la nuit du 13 au 14 juin 2019, avant d’être tué au combat dans le Gourma, au Mali, le 24 septembre 2021. Elle avait consacré un documentaire à ce sauvetage avant que son éditeur ne lui propose le livre.

L’obtention du sujet illustre le rapport entre presse et institution. Dorothée Olliéric affirme avoir mis un an à convaincre les armées de lui ouvrir le dossier, y compris les images captées pendant l’opération, parce que l’événement était d’abord lu comme un crash, donc comme un échec. « Ils n’ont pas su voir derrière l’héroïsme », dit-elle, décrivant au contraire une histoire de fraternité d’armes. Elle obtient le feu vert au bout d’un an et peut rencontrer l’ensemble des protagonistes.

Le livre est construit sur des témoignages : frères d’armes, chefs, famille. Dorothée Olliéric y défend aussi une position sur la reconnaissance, estimant que les distinctions devraient être remises du vivant des soldats plutôt qu’à titre posthume. Elle décrit un militaire « taiseux », d’abord méfiant, et une relation construite dans la durée : la condition, selon elle, pour raconter une armée à hauteur d’homme.

Être une femme sur les terrains de guerre

Quand Dorothée Olliéric commence, au début des années 1990, les femmes sont rares sur les terrains de conflit et les chaînes d’information en continu n’existent pas encore. Elle décrit une difficulté davantage liée à l’âge qu’au genre : être très jeune dans un service de politique étrangère pesait plus lourd que d’être une femme. Quelques grandes reportrices avaient ouvert la voie avant elle.

Sur le terrain, Dorothée Olliéric dit s’être imposée sans obstacle majeur, y compris auprès de groupes armés africains peu féministes qui lui demandaient ce qu’elle faisait là plutôt qu’à la cuisine. L’acceptation dépend selon elle de la personnalité et de la manière d’aborder les gens, pas du sexe : « j’ai vu des superstars de l’information se faire envoyer balader, et des petits journalistes d’un petit média réussir à se faire accepter ».

La profession s’est largement féminisée depuis, et Dorothée Olliéric reçoit régulièrement des appels d’étudiantes en école de journalisme. Elle note qu’à ses débuts il fallait peut-être « en faire un peu plus » pour légitimer sa place, et considère que ce surcoût a disparu.

Tenir dans la durée : le Rwanda, les cauchemars, l’entourage

Le Rwanda reste, dans le récit de Dorothée Olliéric, le terrain le plus dur : elle y découvre les premiers cadavres de sa vie et une accumulation qu’elle décrit comme « le pire de l’humanité ». Elle n’en tire aucune théorie sur la résistance psychique : elle dit cocher toutes les cases pour souffrir de stress post-traumatique et être passée à travers, et pense « fort » aux militaires que cette blessure atteint.

Sa méthode tient en une règle empruntée au monde militaire : quand ça monte, il faut que ça sorte. Dorothée Olliéric dit n’avoir jamais consulté de psychologue et s’appuyer sur sa famille, en précisant que l’interlocuteur ne doit être ni le conjoint ni les enfants. Elle décrit des cauchemars de guerre réguliers, mais vécus comme un film plutôt que comme une terreur.

Dorothée Olliéric insiste sur un équilibre personnel préalable et sur un entourage solide, plus que sur une préparation technique. « Ce n’est pas pour l’adrénaline qu’on fait ça », dit-elle : l’adrénaline permet de tenir, la passion fait partir.

Ses conseils à qui veut faire ce métier

Le premier conseil de Dorothée Olliéric déplaît aux parents, elle le reconnaît : partir. Elle estime qu’une grande rédaction n’envoie plus un débutant comme elle l’a été, et qu’il faut donc se rapprocher soi même de l’événement plutôt que d’attendre une commande. Elle signale une exception, les chaînes d’information en continu, qui envoient jeune, à un rythme qu’elle décrit comme très dur mais formateur.

Le second conseil porte sur la culture professionnelle. Dorothée Olliéric recommande de ne pas s’informer uniquement par les réseaux sociaux et de revenir aux grands quotidiens, dont elle juge le travail à l’étranger « formidable » et l’analyse plus complète que ce qu’un reportage télévisé peut porter, sans exclure aucun support.

Dorothée Olliéric décrit enfin beaucoup de temps, d’énergie et de sacrifices consentis, pour une contrepartie qu’elle situe dans les rencontres : « je suis tellement plus riche de toutes ces rencontres faites sur le terrain ». Trente ans après ses débuts, elle dit exercer avec la même passion.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un grand reporter en zone de guerre ?

Un grand reporter en zone de guerre est un journaliste envoyé en mission longue sur un théâtre de conflit pour y produire un récit de terrain, par opposition à l’éditorialiste, qui commente depuis la rédaction, et au correspondant, installé durablement dans un pays. En France, ce statut existe surtout dans les grandes rédactions de télévision, de radio et de presse écrite. Dorothée Olliéric, grand reporter à France Télévisions, préfère ce terme à celui de reporter de guerre, qu’elle juge prétentieux et inexact puisqu’elle couvre aussi des élections et des sujets français. La différence n’est pas seulement sémantique : le grand reporter est mobilisable sur n’importe quel événement, ce qui suppose de pouvoir partir en quelques heures.

Comment obtient-on l’autorisation de couvrir un front ?

L’autorisation de couvrir un front dépend entièrement de l’armée qui tient le terrain, et les procédures varient d’un pays à l’autre. Dans le cas français décrit par Dorothée Olliéric, la demande passe par la chaîne de communication des armées et débouche sur un reportage embarqué, dont le périmètre est fixé par l’institution. Dans le cas ukrainien qu’elle décrit pour 2022 et 2023, il n’existait pas de guichet unique : l’accès se négociait division par division, unité par unité, et l’appui d’un fixeur local disposant d’un carnet d’adresses était déterminant. Dans les deux cas, l’accréditation ne garantit ni la proximité du combat ni la liberté de mouvement, qui se rediscutent sur place.

Qu’est-ce qu’un reportage embarqué et que change-t-il pour le journaliste ?

Un reportage embarqué est un dispositif par lequel une armée intègre une équipe de presse à une unité en opération, assure son transport, son hébergement et sa sécurité, et fixe en contrepartie ce qu’elle peut approcher et filmer. Il apporte une protection réelle, notamment contre le risque d’enlèvement : Dorothée Olliéric explique n’être allée au Mali que dans ce cadre pour cette raison. Il impose en revanche une dépendance complète à la décision militaire, et peut écarter l’équipe du moment qu’elle était venue documenter. C’est la limite qu’elle formule en une phrase, « arrêtez d’être prudents pour moi », après avoir été laissée à l’arrière d’une colonne pendant une opération au Sahel.

Faut-il appartenir à une grande rédaction pour partir en zone de guerre ?

Il n’est pas obligatoire d’appartenir à une grande rédaction pour partir en zone de guerre, mais l’écart de protection est considérable. Dorothée Olliéric observe que les journalistes tués sur des théâtres de conflit sont souvent des indépendants, sans structure pour les couvrir et parfois sans expérience du terrain. Elle rappelle qu’un débutant peut aujourd’hui se faire prêter un gilet pare-balles et un casque et se faire accompagner par des associations de défense de la presse, ce qui n’existait pas vingt ans plus tôt. Son conseil reste néanmoins de viser une rédaction qui envoie jeune, notamment les chaînes d’information en continu, plutôt que de partir seul sans commande.

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