Qui écrit ce qu’une armée doit faire, et comment ce texte descend jusqu’au groupe de combat ? Pour cet épisode enregistré en 2023 à l’École militaire, Défense Zone a reçu le secrétaire général d’état-major du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), l’organisme de l’armée de Terre chargé d’écrire la doctrine militaire et de la faire enseigner. Officier issu de Saint-Cyr et artilleur de formation, il a commandé une batterie puis un régiment d’artillerie, et il a été engagé en ex-Yougoslavie, en Guyane, en Afghanistan, au Sahel et en Irak, où il a commandé une task force d’artillerie appuyant les forces de sécurité irakiennes dans la vallée de l’Euphrate. Il a ensuite servi au centre de planification et de conduite des opérations, avant de diriger au CDEC la chaire de tactique générale et d’histoire militaire. L’entretien porte sur un objet rarement décrit de l’extérieur : la doctrine comme corpus, sa fabrication et sa diffusion.
Cet entretien a été enregistré en 2023, un an après le déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine. Les appréciations portées sur les combats en cours sont celles de cette date.
Ce qu’il faut retenir de cet épisode
- La doctrine militaire n’est pas un règlement figé : le CDEC la révise en continu à partir de trois sources, l’histoire militaire, le retour d’expérience des opérations françaises et l’observation des conflits étrangers.
- Pour le secrétaire général d’état-major du CDEC, la guerre en Ukraine n’est pas une rupture doctrinale mais un changement d’échelle : l’Irak et la Syrie avaient déjà servi de laboratoire, drones, cyber, centralité des feux et interdiction du ciel compris.
- La population est entrée dans la doctrine : au sigle M2MC, pour multi-milieux et multi-champs, le CDEC a ajouté un H afin de rappeler qu’un champ de bataille reste habité, avec des civils à protéger, à soigner et à informer.
- L’armée de Terre écrit désormais des doctrines exploratoires : des textes d’emploi rédigés avant que le matériel concerné soit en service, testés en wargame, en simulation et sur le terrain, puis corrigés quand la technologie ne tient pas ses promesses.
- Le chantier de commandement prioritaire est la vitesse, que l’officier nomme chrono-tactique : raccourcir la boucle observer, orienter, décider, agir pour prendre l’adversaire de vitesse.
- Un bureau force morale a été créé au CDEC pour anticiper le stress post-traumatique : sommeil, nutrition, récupération et techniques mentales, travaillés avec l’Institut de recherche biomédicale des armées.
Doctrine militaire : définition et rôle
La doctrine militaire est le corpus de documents de référence qui fixe, pour une armée donnée, la manière commune de concevoir et de conduire l’emploi de la force : les principes retenus, les procédés tactiques, le vocabulaire partagé et la répartition des rôles entre les unités. La doctrine militaire n’est ni un règlement disciplinaire ni un plan d’opération : elle fournit le cadre de pensée à l’intérieur duquel un chef conçoit sa manœuvre, et elle garantit que deux unités qui ne se connaissent pas emploieront les mêmes mots pour désigner les mêmes choses.
Le secrétaire général d’état-major du CDEC insiste sur un point : un texte doctrinal n’a de valeur que s’il descend jusqu’aux régiments, par la formation des cadres, les documents de réflexion tactique et la préparation opérationnelle des grandes unités. C’est cette chaîne, davantage que le document, qui fait qu’une armée réagit de la même façon partout où elle est engagée.
Le CDEC, où s’écrit la doctrine de l’armée de Terre
Le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement, ou CDEC, est l’organisme de l’armée de Terre française qui rédige la doctrine terrestre et qui forme les officiers à son emploi. Installé à l’École militaire, à Paris, le CDEC réunit dans un même lieu ceux qui écrivent les textes et ceux qui les enseignent, notamment à l’École de Guerre-Terre. Le centre a été réorganisé en février de l’année de l’entretien : l’invité y a pris les fonctions de secrétaire général d’état-major, adjoint du chef d’état-major du centre, chargé de la cohérence entre les pôles.
Le CDEC est organisé en pôles. Une chaire de tactique générale et d’histoire militaire travaille au profit des écoles et des grandes unités : elle réécrit les documents de réflexion tactique et adosse cette réflexion à l’histoire, non pour elle-même mais comme outil pédagogique. Un pôle études et prospective abrite un observatoire des conflits et un bureau d’anticipation qui travaille sur la robotique, l’intelligence artificielle ou les mondes virtuels. Un pôle multichamps héberge le bureau force morale. Un laboratoire dédié au programme Scorpion sert de banc d’essai aux doctrines d’emploi des nouveaux matériels.
Guerre en Ukraine : rupture ou changement d’échelle ?
Interrogé sur l’effet de la guerre en Ukraine sur la doctrine française, le secrétaire général d’état-major du CDEC refuse le mot de rupture. Il situe plutôt le Sahel comme le point culminant d’une période de contre-insurrection ouverte par l’Afghanistan et l’Irak de 2003, et l’Irak des années 2014 à 2018 comme le laboratoire de ce que l’on observe aujourd’hui à une autre échelle. Il y avait déjà, dit-il, une armée adverse structurée employant des systèmes cyber et des drones du commerce emportant une grenade, un usage massif de l’artillerie et des roquettes, du matériel blindé capturé, et le combat en zone urbaine très dense.
Il rappelle un ordre de grandeur que la mémoire collective a effacé : la bataille de Mossoul, ouverte en octobre 2016 et achevée en juillet 2017, a duré environ neuf mois. Il décrit un théâtre où des belligérants aux agendas opposés étaient presque colocalisés, Russes, Iraniens, Américains, Européens, milices libanaises et forces kurdes, avec des sociétés militaires privées russes déjà présentes en Syrie. La leçon qu’il en tire est méthodologique : les enseignements étaient disponibles, l’Occident ne les a pas exploités assez vite.
Le même raisonnement vaut pour le ciel. L’officier observe qu’en Ukraine comme au Haut-Karabakh, peu d’avions et peu d’hélicoptères volent : la défense sol-air, longtemps traitée comme le dernier paragraphe des documents doctrinaux parce que les groupes armés du Sahel n’avaient ni aviation ni missiles, est redevenue une question centrale. Il en tire une correction explicite de la doctrine militaire française : le ciel n’est plus acquis.
Les principes tactiques, socle permanent de la doctrine
Pour l’officier, ce que l’Ukraine confirme d’abord, ce sont les fondamentaux. La chaire de tactique générale et d’histoire militaire a réécrit, l’année précédant l’entretien, un document de principes tactiques revenant sur les facteurs de succès : le rapport de force, la liberté d’action, la concentration des efforts, la sûreté, la surprise, la foudroyance, l’économie des forces et le soutien logistique. Sa formule est nette : celui qui ne respecte pas ces principes échoue, quelle que soit sa technologie.
La manœuvre, dans la doctrine militaire française, est la combinaison du choc, du feu et du mouvement. Selon l’époque, l’adversaire et les matériels disponibles, l’un des trois domine. L’officier estime que la France a longtemps privilégié le mouvement, et qu’au moment de l’entretien c’est le feu qui l’emporte, du côté ukrainien comme du côté russe, avec une véritable centralité des feux et des frappes dans la profondeur.
Les innovations visibles ne sont, dans cette lecture, que des multiplicateurs : le cyber, le numérique, les applications de téléphone employées par les Ukrainiens, les lance-roquettes multiples de type HIMARS, les munitions qui rôdent avant de frapper. L’officier compare l’impression d’anarchie du champ de bataille ukrainien à celle que donnait la Première Guerre mondiale, alors que tout y est très structuré : tranchées, bunkers, champs de mines et réseaux de barbelés préparés de longue date dans le Donbass, logistique dissimulée, postes de commandement enterrés très tôt du côté ukrainien.
La population entre dans la doctrine : de M2MC à M2MC-H
Le M2MC, pour multi-milieux et multi-champs, est le concept selon lequel une opération ne peut réussir que si elle intègre l’ensemble des milieux physiques, terrestre, aérien, maritime et spatial, et l’ensemble des champs immatériels, cyber, électromagnétique et informationnel. Le secrétaire général d’état-major du CDEC explique que le centre a ajouté un H à ce sigle, pour l’humain, en rédigeant la doctrine d’emploi des forces terrestres.
La raison qu’il en donne tient en une phrase : contrairement à l’aviateur ou au marin, le soldat de l’armée de Terre a toutes les chances de rencontrer des êtres humains. Le retour de la haute intensité avait fait naître, jusque dans le dialogue avec les industriels, l’image d’un combat sur une planète vide. Or la population est là, et elle occupe plusieurs rôles à la fois : elle défend son pays et décuple les forces morales, elle est la victime des bombardements, elle constitue une source de renseignement, elle devient une cible quand l’adversaire frappe les centrales électriques pour couper le chauffage en hiver, et elle est l’enjeu d’une bataille d’influence qui s’étend aux opinions publiques étrangères.
Cette présence civile pèse directement sur les règles d’engagement françaises. L’officier, qui a coordonné des feux d’artillerie en Irak, le dit sans détour : « on ne pourra pas se permettre demain, même en haute intensité, de faire ce que font les Russes », c’est-à-dire tirer de façon indiscriminée sur une ville. La conduite des feux continuera d’intégrer l’interdiction de frapper tel point parce qu’un hôpital s’y trouve, ou parce que des habitants n’ont pas quitté leur village.
La doctrine exploratoire : écrire avant que le matériel arrive
La doctrine exploratoire est une doctrine d’emploi rédigée avant que le matériel qu’elle décrit soit en service, puis mise à l’épreuve par l’expérimentation et corrigée en conséquence. C’est, selon le secrétaire général d’état-major du CDEC, la principale innovation de méthode de la doctrine militaire terrestre : la doctrine s’écrit désormais en même temps que la prospective, au lieu d’attendre la livraison des équipements.
Trois outils servent à cette mise à l’épreuve : le wargame, la simulation, et l’expérimentation sur le terrain avec des unités réellement déployées, comme celle conduite en décembre de l’année précédant l’entretien. L’officier cite un cas concret : l’armée de Terre française ne disposait pas alors de munitions rôdeuses, et une doctrine exploratoire française a malgré tout été écrite pour le jour où ces munitions seraient en dotation. L’exercice accepte l’erreur : il arrive que deux ans plus tard, l’innovation étant arrivée, on constate qu’elle ne permet pas ce que l’on avait imaginé, et que le document d’emploi doit être repris.
Cette méthode suppose un dialogue permanent avec l’industrie, où le CDEC joue le rôle d’alerteur. L’officier plaide pour un double rythme : les grands programmes d’armement à dix ans, indispensables, et des acquisitions rapides sur étagère, sur le modèle de ce que l’Afghanistan avait imposé face aux engins explosifs improvisés. Le Battle Lab Terre sert de point d’entrée à ces systèmes innovants. Il prend pour exemple le smartphone employé au combat par les Ukrainiens : le rôle d’un centre de doctrine est de poser la question plutôt que de l’écarter.
Commander plus vite : effet majeur, subsidiarité et chrono-tactique
L’effet majeur est, dans le commandement français, le résultat que le chef désigne comme suffisant pour que la mission soit tenue pour remplie. Il s’écrit sous la forme « je veux, en vue de », et il transmet l’esprit de la mission plutôt que sa lettre. L’officier en donne l’illustration : une unité qui a reçu une mission de couverture, mais qui a perdu la liaison et voit la manœuvre dérailler, sait que son chef voulait avant tout le pont avant une heure donnée, et ira le prendre. Il oppose ce mode de commandement à une conduite par tâches, où l’exécutant considère sa mission remplie une fois sa liste achevée.
Le chantier en cours porte sur les postes de commandement. Il consiste à élargir la subsidiarité, c’est-à-dire à confier à l’échelon subordonné un éventail d’effecteurs plus large, jusqu’à envisager des capacités cyber au niveau d’une brigade, puis à raccourcir les cycles de décision. L’officier emploie pour cela le terme de chrono-tactique, qu’il définit comme la guerre du temps : la course de vitesse qui consiste à boucler plus vite que l’adversaire le cycle observer, orienter, décider, agir.
Sa référence est le centre de coordination des feux qu’il a connu à Bagdad : ouvrir un espace aérien, vérifier l’absence de dommages collatéraux avec un conseiller juridique présent dans la salle, zoomer sur l’objectif au drone et choisir l’effecteur, roquette ou aéronef, en quelques instants. Les moyens qui doivent porter cette accélération sont identifiés : capteurs, liaisons redondantes, vidéo en temps réel, intelligence artificielle et réalité augmentée.
Le retour d’expérience et l’histoire, deux sources de la doctrine
Le retour d’expérience, ou RETEX, est la procédure par laquelle une armée collecte, analyse puis redistribue les enseignements tirés de ses propres engagements. Le secrétaire général d’état-major du CDEC en décrit la boucle courte : les unités déployées font remonter ce qui ne fonctionne pas, tel véhicule inemployable dans telle configuration, tel matériel qui casse sur tel type de terrain. Un cycle annuel réunit ensuite les directions des différentes armes et les spécialistes techniques de l’armée de Terre, et la solution retenue remonte soit vers l’industriel, soit vers le texte doctrinal lui-même.
À cette boucle interne, le CDEC a ajouté une observation systématique des conflits étrangers, à partir de sources militaires comme de sources ouvertes. Le principe assumé est un élargissement du RETEX au-delà de l’expérience française : l’Ukraine et le Haut-Karabakh alimentent directement la doctrine d’emploi des forces terrestres. L’officier cite un enseignement immédiatement exploitable, tiré des premiers postes de commandement russes installés sous de grandes tentes en terrain découvert et aussitôt ciblés, quand les Ukrainiens s’enterraient.
La troisième source est l’histoire militaire, employée en travail dirigé et en étude historique sur le terrain. Son exemple favori est une bataille de 1940, où deux divisions cuirassées françaises, dont celle commandée par le colonel de Gaulle, et une division blindée britannique engagent en quelques jours plusieurs centaines de chars contre une brigade d’infanterie allemande sans appui aérien, et ne percent pas. La leçon adressée aux jeunes officiers brevetés est explicite : disposer du meilleur matériel n’affranchit pas du respect des principes tactiques, et la technologie ne rattrape une faute qu’une seule fois.
Les forces morales, nouveau chantier doctrinal
Les forces morales désignent la capacité d’une troupe à tenir dans la durée, sous le feu et après le choc. Le CDEC dispose désormais d’un bureau force morale, chargé d’élaborer une politique de développement des forces morales dans l’armée de Terre, puis de la décliner en doctrine et en techniques. L’objectif affiché par l’officier est d’anticiper le stress post-traumatique plutôt que de le traiter après coup, et de donner des outils simples aux jeunes soldats comme aux cadres.
Les chantiers ouverts sont concrets : le sommeil, travaillé avec l’Institut de recherche biomédicale des armées, la nutrition, la récupération, les effets du port du sac, du gilet pare-balles et du casque, et des techniques de détachement mental permettant de ne pas rester accroché à une image choquante. L’officier écarte explicitement la voie chimique et les tentatives d’inhibition artificielle de certaines fonctions cérébrales testées ailleurs, et rappelle que la généralisation de ces techniques passera par la formation de formateurs.
Le reste relève de ce que la doctrine ne peut pas écrire. Interrogé sur la manière dont on prépare un soldat à donner la mort, l’officier répond que cela ne figure pas dans les textes et relève du commandement de contact : expliquer pourquoi l’on va au combat, puis laisser l’entraînement produire des réflexes et la fraternité d’armes produire la protection mutuelle. Il l’illustre par un souvenir de Guyane, en 2001, avant la création de l’opération Harpie : lors d’un assaut sur un site d’orpaillage clandestin, un chien est lancé sur lui et l’un de ses chefs de groupe s’interpose et tire. Il pose enfin une exigence de langage public, rejoignant celle qu’exprimait Michel Goya dans un précédent épisode du podcast : dire que l’on tue plutôt que l’on neutralise, parce que la nation a confié ce droit aux militaires et doit en mesurer la portée.
Comment se diffuse la doctrine : écoles, régiments, publications
Un texte doctrinal n’existe vraiment qu’une fois enseigné. La diffusion passe par l’École de Guerre-Terre, hébergée au CDEC, par la préparation opérationnelle des grandes unités, par la réécriture des documents de réflexion tactique, et par une production écrite abondante. L’officier interrogé y participe lui-même : il a tenu un blog de réflexion tactique jusqu’en 2017, publie dans des revues du ministère des Armées comme grand public, et a coécrit un ouvrage sur l’aguerrissement mental face aux crises.
Son conseil de fin d’entretien à un jeune militaire qui s’intéresse à la tactique tient en quatre recommandations. Lire les grands penseurs de la guerre, Clausewitz, Liddell Hart et Fuller, sans négliger les auteurs contemporains, parmi lesquels il mentionne Michel Goya et le général Vincent Desportes, ni les ouvrages en anglais. Se reconstituer une culture historique militaire, que les programmes scolaires ne donnent plus, y compris par des textes anciens comme la Guerre des Gaules de César. Lire enfin les récits de militaires revenus du Sahel.
Sa dernière recommandation porte sur les sources. Il met en garde contre le prisme médiatique et les images d’Épinal véhiculées par des acteurs qui cherchent à faire passer un message, et oriente vers les médias spécialisés qui analysent les conflits sur le plan militaire, tactique et technique. Il conseille enfin d’interroger des camarades, parce qu’un métier militaire n’est pas seulement du combat, mais aussi de l’entraînement, du commandement et des relations humaines.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la doctrine militaire ?
La doctrine militaire est le corpus de documents de référence qui fixe, pour une armée, la manière commune de concevoir et de conduire l’emploi de la force. Elle énonce des principes tactiques, des procédés, un vocabulaire partagé et une répartition des rôles entre unités. La doctrine militaire se distingue du règlement, qui organise la vie courante, et du plan d’opération, qui s’applique à une situation précise : elle fournit le cadre de pensée commun qui permet à des unités différentes de manœuvrer ensemble. En France, la doctrine terrestre est révisée en permanence à partir de l’histoire militaire, du retour d’expérience des opérations et de l’observation des conflits étrangers.
Qui écrit la doctrine de l’armée de Terre française ?
La doctrine de l’armée de Terre française est écrite par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement, le CDEC, implanté à l’École militaire à Paris. Le CDEC réunit les rédacteurs de la doctrine et les enseignants qui la transmettent, en particulier à l’École de Guerre-Terre. Il est organisé en pôles : une chaire de tactique générale et d’histoire militaire, un pôle études et prospective doté d’un observatoire des conflits, un pôle multichamps qui abrite le bureau force morale, et un laboratoire consacré au programme Scorpion. Le secrétaire général d’état-major du CDEC, invité de cet épisode, assure la cohérence des travaux entre ces pôles.
Qu’est-ce que la doctrine exploratoire ?
La doctrine exploratoire est une doctrine d’emploi rédigée avant que le matériel qu’elle décrit soit en dotation, puis vérifiée par l’expérimentation. L’armée de Terre française la met à l’épreuve de trois manières : le wargame, la simulation et l’expérimentation sur le terrain avec des unités déployées. L’intérêt de la méthode est de ne pas attendre la livraison d’un équipement pour réfléchir à son emploi ; sa contrainte est d’accepter d’avoir tort, puisqu’une technologie n’arrive pas toujours au niveau de performance espéré et impose alors de réécrire le texte. Le secrétaire général d’état-major du CDEC cite le cas des munitions rôdeuses, dont la doctrine française a été écrite avant leur mise en service.
Comment la guerre en Ukraine fait-elle évoluer la doctrine française ?
La guerre en Ukraine agit sur la doctrine française comme une source de retour d’expérience élargie, observée depuis 2022 par l’observatoire des conflits du CDEC. Selon le secrétaire général d’état-major du centre, elle ne remet pas en cause les principes tactiques, déjà vérifiés en Irak et en Syrie, mais elle réactive plusieurs chapitres laissés de côté pendant les opérations de contre-insurrection : la défense sol-air, la protection de la zone arrière et de la logistique, la dissimulation et l’enterrement des postes de commandement, la centralité des feux et la place de la population sur le champ de bataille. Elle accélère aussi l’intégration des drones et des applications numériques dans les documents d’emploi.
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