Trente-huit commandos. C’est le format du groupement commando montagne du 27e bataillon de chasseurs alpins, dont le capitaine qui le commande — trente et un ans, deux ans d’adjoint avant d’en prendre la tête — décrit ici la sélection, la formation et l’emploi. Avec une mise au point qui structure tout le reste : « on n’est pas des commandos, on est des chasseurs alpins ».
Ce qu’il faut retenir de cet épisode
- La sélection ne cherche pas des gens déjà formés, mais un état d’esprit : « quelqu’un qui ne choisit pas la facilité ».
- Quatre mois de formation initiale commune à tous les GCM de la brigade — « c’est ça qui fait qu’on est une famille ».
- La montagne comme école de jugement : savoir distinguer persévérer et s’obstiner.
- Une expédition annuelle en milieu grand froid, menée avec le GMHM, pour éprouver les savoir-faire.
- Sur la haute intensité, il est net : le GCM « n’a pas vocation à être en frontal face à une armée régulière ».
- Sur le rapport à la mort : « celui qui ne s’y confronte pas ne sera pas bon en opération ».
Trente-huit hommes, et une mission : rester affûté
Le capitaine résume sa fonction en une phrase : « entraîner et rendre cet outil de combat le plus affûté possible ».
Le groupement commando montagne du 27e BCA reçoit des missions de son bataillon comme de la brigade. Ses hommes sont d’abord des fantassins et des soldats de montagne, sélectionnés en interne, soumis à un entraînement particulièrement rude, puis dotés de moyens spécifiques.
Leur emploi a nettement évolué. Il y a quelques années, c’était l’opération Spartan, au sein de Barkhane — des actions très ciblées, avec beaucoup d’autonomie, sur des points clés du terrain. L’orientation actuelle est différente : missions de renseignement et de harcèlement, pensées pour des combats de plus haute intensité.
La sélection : l’état d’esprit avant la technique
Le GCM organise ses propres tests de sélection, en interne au bataillon, sur plusieurs jours. Et le capitaine formule très clairement ce qu’il ne cherche pas :
« On ne veut pas qu’il soit déjà formé — de ça, on va se charger. On veut qu’il colle avec notre manière de faire. »
Le « fond de sac » attendu tient en quatre critères :
- être autonome ;
- ne pas choisir la facilité, et vouloir se donner au maximum ;
- disposer de compétences techniques de base pleinement maîtrisées ;
- avoir le potentiel d’en assimiler de nouvelles.
Quatre mois pour faire une famille
La formation initiale dure environ quatre mois — et elle se déroule au niveau de la brigade, ce qui est le point important.
Les différents groupements commandos montagne — 7e BCA, 13e BCA, 2e REG — y forment ensemble les stagiaires « à la sauce du GCM ». « C’est ça qui fait qu’on est une famille : ce ne sont pas des éléments indépendants, on parle d’un volume global. »
Le programme couvre le tir, le combat en milieu clos, les savoir-faire aéros — pour tirer parti de l’hélicoptère — et une initiation au renseignement. Sur ce dernier point, il est honnête sur le périmètre : « on n’est pas une unité spécialisée dans le renseignement, mais on cherche à travailler ce savoir-faire ».
Ne jamais s’arrêter de se former
Sur la suite du parcours, sa formule est sans appel : « celui qui considère qu’une fois arrivé dans la boutique il est arrivé, il a perdu ».
Il y voit d’ailleurs la source de l’humilité — « qui est un peu le gage de survie de n’importe quel militaire ». Le fonctionnement est à trois entrées : des formations proposées, des formations imposées, et des formations que les équipiers sollicitent eux-mêmes.
Le catalogue donne la mesure de la polyvalence attendue :
- le parapente, en vue du vol opérationnel ;
- la conduite tout-terrain — « la capacité à utiliser un vecteur sans le casser, déjà, et ensuite à en exploiter 100 % du potentiel » ;
- la photographie, appliquée au cadre montagne, au service du renseignement ;
- l’ensemble des stages de cursus montagne propres au chasseur alpin ;
- et, pour ceux qui le souhaitent, le cursus sous-officier.
« C’est quelque chose de très lourd — dans le sens positif. On ne s’ennuie pas. »
« On n’est pas des commandos, on est des chasseurs alpins »
C’est la clarification centrale de l’épisode, et elle vaut d’être bien comprise.
La spécificité montagne est « au cœur de tout », sans que tout en dépende. Et sa démonstration passe par un théâtre qui n’a rien de montagneux :
« Le chasseur alpin qu’on envoyait au Mali, son savoir-faire montagne était une vraie plus-value au combat — bien que ce ne soit pas un milieu montagnard. »
Pourquoi ? Parce que la montagne enseigne des choses transposables : l’analyse de risque, la prise de risque calculée, la préparation de mission, l’engagement physique. « On est d’abord des fantassins, mais le milieu de la montagne nous façonne. »
Il distingue donc deux dimensions : un volet technique — la compétence montagne, que seuls les chasseurs alpins détiennent : y évoluer et y vivre, été comme hiver, jusqu’au grand froid — et la formation de la personne, qui sert sur tous les théâtres.
Le grand froid comme laboratoire
Chaque année, quelques équipiers partent en expédition en milieu grand froid, dans le cadre d’un partenariat étroit avec le groupe militaire de haute montagne.
L’objectif est très concret : durer sur le terrain et rester capable d’employer son armement dans ces conditions. Cela suppose d’expérimenter et de se confronter au réel. Les rares qui partent reviennent avec des savoir-faire qu’ils diffusent ensuite à toute la section.
Persévérer ou s’obstiner
Interrogé sur la préparation aux milieux extrêmes — du grand froid aux fortes chaleurs sahéliennes —, il répond d’abord par une forme de modestie : « on ne sera jamais prêt à la hauteur de ce qu’on aimerait ».
Puis il formule la compétence qu’il cherche vraiment à développer, et c’est la plus intéressante de l’entretien :
« Cette capacité à savoir quand on est en train de persévérer et quand on est en train de s’obstiner. Ce sont deux notions différentes — et au combat, on la retrouve aussi. »
C’est-à-dire la capacité à prendre des risques sans se mettre en danger plus que la mission ne l’impose. Cela se travaille en opération, mais surtout dans la pratique quotidienne de la montagne et du vol opérationnel.
Sur la dimension psychologique, il ne contourne pas la question centrale du métier : « on parle quand même de donner sa vie pour sa mission ». C’est une réflexion individuelle, et quelqu’un qui n’y adhère pas n’a pas sa place. Le GCM ajoute simplement un climat quotidien plus difficile.
« La personne qui ne se confronte pas à ça ne sera pas bonne en opération — ou alors on paiera le prix fort après la mission. »
La tenue, l’ego et le chemin de crête
Fred pose une question que se posent beaucoup d’observateurs : les unités commandos donnent l’impression, de l’extérieur, d’un rapport plus détendu à la discipline et à la tenue. Vrai ou fantasme ?
Sur la tenue, il assume : elle est différente, et « c’est important de se démarquer, parce que ça donne envie, ça stimule ». Mais elle doit rester utile à la mission — « se démarquer gratuitement, c’est une mauvaise raison ».
Sur la discipline, sa réponse est plus fine. Le fonctionnement d’une section de combat et celui d’un GCM sont censés être les mêmes ; la finalité est identique — partir en mission ensemble. Ce qui change relève du style de chaque chef : quand le travail est fait de manière intelligente et efficace, « on n’a pas forcément besoin d’aboyer ».
Il pose alors l’image qui revient tout au long de l’entretien : c’est un chemin de crête. D’un côté le risque d’être « trop rigoureux, trop ferme, mais bête » ; de l’autre celui de la démagogie. Et les garants de cet équilibre ne sont pas seulement le chef de section et les chefs de groupe — « au GCM, on a des équipiers autonomes, capables de voir eux-mêmes s’ils sont ajustés ».
Même équilibre sur l’ego. Il reconnaît « la richesse humaine » de gens sélectionnés qui sortent du lot — « il suffit de prendre dix minutes pour parler avec l’un d’eux ». Mais sans remise en question ni humilité, cela dégénère en autosatisfaction : « le gars qui se croit au-dessus de toutes les règles, qui pense que parce qu’il a une tenue différente il va griller tout le monde à la cantine, ça ne va pas aller très loin ».
Une force, pas un chacun-pour-soi
Y a-t-il des différences entre les GCM des différents bataillons ? Il refuse l’idée d’une concurrence.
Il existe des appétences : certains cherchent à développer telle ou telle facette du métier. Mais la force du dispositif tient à ce que « tout le monde est sur la même longueur d’onde », se voit régulièrement et s’ajuste. Il cite un exemple récent : un bataillon voisin les a aidés à progresser en combat en milieu clos ; le GCM du 27e tirera l’ensemble vers le haut dans un autre domaine.
Haute intensité : quelle plus-value ?
Sur ce point, il commence par une précaution honnête : répondre à la place de ses chefs sur la doctrine d’emploi serait prétentieux. Il donne donc son point de vue.
Première remarque, qui remet les mots à leur place : à l’échelle d’un groupe, se retrouver face à une mitrailleuse adverse, « c’est déjà de la haute intensité ». La notion dépend du niveau auquel on se place.
Ce qui change réellement, c’est la question posée. Hier, avec Spartan, il s’agissait d’actions ciblées menées en autonomie. Aujourd’hui, la réflexion porte sur l’articulation avec une compagnie de combat : quelle plus-value le GCM apporte-t-il à un ensemble plus large, où sont ses forces et ses faiblesses face à une armée régulière ? « On ne fait pas la guerre tout seul. »
Et sa conclusion est nette : « je ne pense pas que le GCM ait vocation à être en frontal face à une armée régulière. Je ne crois pas que ce soit sa plus-value. »
Son conseil : affronter la difficulté
À un jeune qui viserait le GCM, il commence par dire qu’il a raison : « c’est une des plus belles boutiques que je connaisse — je ne dis pas que c’est mieux que les autres, je dis que c’est une aventure formidable ».
Puis viennent trois conseils :
- Croire en ses rêves — « il n’y a que ceux qui n’ont jamais essayé qui n’y arrivent pas ».
- Cultiver l’exigence : devant une difficulté, chercher à l’affronter plutôt qu’à s’en dédouaner.
- Avoir « les yeux en face des trous » sur ses propres compétences et capacités.
Avec une nuance qui résume sa philosophie du commandement : « beaucoup de choses viennent avec le travail. L’état d’esprit, lui, ne vient pas qu’avec le travail — il vient en forgeant son caractère. »
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un groupement commando montagne ?
C’est l’unité commando d’un bataillon de chasseurs alpins, intégrée à l’ensemble des GCM de la 27e brigade d’infanterie de montagne. Celui du 27e BCA compte 38 commandos. Ses missions relèvent de l’aide à l’engagement : renseignement, harcèlement, saisie de points clés du terrain au profit d’unités plus lourdes.
Comment rejoint-on un GCM ?
Par une sélection interne au bataillon, sur plusieurs jours, qui évalue moins des compétences déjà acquises qu’un état d’esprit : autonomie, refus de la facilité, maîtrise réelle des fondamentaux et capacité d’apprentissage. Les candidats retenus suivent ensuite une formation initiale d’environ quatre mois, commune à tous les GCM de la brigade.
À quoi sert le savoir-faire montagne hors de la montagne ?
À former le jugement. La pratique de la montagne impose l’analyse de risque, la préparation minutieuse de mission, l’engagement physique et la capacité à distinguer la persévérance de l’obstination. Ces compétences se transposent sur tous les théâtres — l’invité cite explicitement l’apport des chasseurs alpins au Sahel, milieu pourtant non montagneux.
Le GCM est-il une unité de forces spéciales ?
Non. C’est une unité commando de l’armée de Terre conventionnelle, au recrutement sélectif assumé, mais dont les hommes restent avant tout des fantassins et des soldats de montagne. Son emploi vise l’aide à l’engagement au profit de la brigade, et non l’affrontement frontal avec une armée régulière.
À écouter également
- #212 — Commander la 27e brigade d’infanterie de montagne
- #219 — Le combat en montagne du futur (7e BCA)
- #211 — Commander le 2e régiment étranger de génie
- #6 — GMHM : immersion dans l’élite de l’alpinisme militaire
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Pour aller plus loin sur Défense Zone
- Le groupement commando montagne de la 27e BIM
- La 27e brigade d’infanterie de montagne
- L’EMHM, école des chasseurs alpins
- Les missions et expéditions du GMHM
- Préparation physique et mentale des unités d’élite
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