#223 – Reportage de guerre en Ukraine (avec Passion Militaria)

Jordan Prou enseigne le journalisme à l’université Laval, anime la communauté Passion Militaria et prépare une thèse sur l’intégration des reporters de guerre. En décembre, il a passé dix jours dans les tranchées avec le 97e bataillon mécanisé ukrainien — le premier journaliste étranger que cette unité accueillait depuis le début de la guerre. Ce qu’il y a vu ne ressemble pas au récit dominant : pas de démonstration de blindés, pas de matériel occidental, des hommes qui ne mangent pas à leur faim. Et des drones, partout.

Les constats et opinions exprimés dans cet épisode sont ceux de l’invité et n’engagent que lui.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • Dans une brigade mécanisée, il n’a quasiment pas entendu de moteurs : « il devait rester trois chars en état de fonctionnement ».
  • La consigne du chef de bataillon à son arrivée : « Quand tu entends un drone, tu es mort. »
  • Douze drones en permanence dans les airs sur quelques dizaines de kilomètres de front — et la majorité des pertes de l’unité leur est imputable, pas à l’artillerie.
  • Un drone kamikaze coûte « peut-être 100 dollars à fabriquer ». Développer une capacité antidrone crédible coûte des dizaines de millions.
  • Sur les tranchées de 14 : « pas du tout. Tu as des kilomètres de tranchées vides. »
  • Sur la communication militaire française : « Je n’ai jamais été autant contraint que dans l’armée française. »

Comment on entre dans une unité ukrainienne

Le parcours d’accès raconte déjà quelque chose du conflit. Jordan Prou est allé une première fois en Ukraine en juin-juillet 2024, avec des humanitaires. Il lui manquait la vision du front.

Ce sont des combattants — ukrainiens et français — qui l’ont contacté, via TikTok et Instagram. Il l’assume sans détour, et l’explique : sur la ligne de front, on ne combat pas en permanence ; les périodes d’attente sont longues, la connexion satellitaire fonctionne, et les réseaux sociaux sont très utilisés.

Le ministère de la Défense ukrainien, lui, ne lui a pas ouvert la porte : demandes d’intégration jugées trop compliquées. Il y est donc retourné par ses propres moyens. Et c’est au fil de sa progression que la hiérarchie de la 60e brigade mécanisée a réalisé qu’un journaliste montait dans ses rangs — le premier journaliste étranger accueilli depuis le début de la guerre.

Le bus l’a déposé au dernier arrêt avant la ligne de front ; les militaires sont venus le chercher à la gare pour le conduire au camp principal.

Ce qu’il a trouvé : pas de blindés, pas de douche, pas de cantine

« Je m’attendais, peut-être naïvement, à une démonstration de blindés, de chars, de drones. » Il n’y en avait pas.

« Il n’y a pas de popote, pas de cantine militaire, pas de douche. Tu vis dans des maisons abandonnées par les civils, que les missiles ou les bombes planantes ont à moitié explosées. Tu as froid, tu ne te laves pas, il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité. »

Du matériel occidental, il n’en a quasiment pas vu. Ce qu’il a vu : des hommes — et quelques femmes — qui ne mangent pas à leur faim, manquent de munitions et n’ont pas de blindés « alors que c’est une unité mécanisée, ce qui est quand même assez incroyable ». Le bataillon de chars de la brigade ? « On me dit qu’il doit rester trois chars en état de fonctionnement. » Les blindés qu’on lui a montrés — du matériel ancien — lui ont été amenés un par un, en forêt : plus question d’exposer quoi que ce soit en terrain découvert.

Ce décalage a changé son sujet. Entre les commandes qu’on lui avait passées et la réalité du terrain, « c’était le monde ». Il a donc décidé que la couverture de l’humain était la seule possible.

Et c’est ce qui l’a le plus marqué : « ils n’ont rien, mais ils partagent quand même avec toi ». Les Ukrainiens, dit-il, sont plus difficiles à approcher que d’autres, ils font peu confiance — mais une fois la barrière franchie, « tu deviens presque un membre de l’unité ». On lui a proposé une arme une vingtaine de fois. Il a toujours refusé.

Le moment où l’objectivité lâche

Le passage le plus fort de l’épisode est aussi le plus honnête sur les limites du métier.

Il interviewe quatre combattants, dont trois Colombiens. L’un d’eux lui dit qu’il en a assez, qu’il est là depuis deux ans, qu’il veut revoir sa famille. « Tu t’arrêtes ? » Non : « c’est trop important, on a trop de copains qui sont morts ». Et cette phrase, dont Jordan Prou n’a plus la formulation exacte : je ne finirai cette guerre qu’en mourant.

Le lendemain, il quitte la ligne de front. Le commandant lui laisse un message : l’homme vient d’être tué.

« Je suis dans un vieux bus soviétique, je commence à taper, j’entends ça, je ferme l’ordinateur. Parce que ce que je vais produire à ce moment-là, je ne serai pas neutre. »

Même constat après les deux fois où il a été visé par des drones, casque et gilet sur le dos. D’où son choix de méthode, décidé d’un commun accord avec les officiers de l’unité : ne pas produire dans l’instantané. L’article n’est sorti que des mois plus tard.

Il en profite pour tacler, sans citer personne, une pratique répandue : les confrères qui arrivent, restent trois heures, veulent « juste un plan avec un char qui tire » — un char qui n’est même pas sur la ligne de front — et repartent. « Peut-être qu’il y en a qui y arrivent, et tant mieux pour eux. Honnêtement, je n’en étais pas capable. »

« L’Ukraine, c’est un hachoir »

Son analyse du conflit tient en un mot, appliqué aux deux camps : un massacre quotidien, et une guerre bloquée « malgré tout ce qu’on peut dire, malgré les avancées ».

Il rappelle une estimation de Michel Goya : au rythme observé, prendre l’ensemble du Donbass demanderait cinq à sept ans aux forces russes. Et encore ne parle-t-on que du Donbass. Lui ajoute une observation de terrain : la sortie du Donbass est minée et truffée de dispositifs antichars. « Si les Russes prennent le Donbass, ils n’iront pas beaucoup plus loin. »

L’ordre de grandeur qu’il donne : sur son secteur, une avancée d’environ cinq kilomètres a demandé quatre mois. « Ça a coûté combien de milliers de vies ? »

Sur les pertes, il raconte avoir été accusé d’exagérer après avoir cité, à son retour du premier voyage, des chiffres de l’ordre de 1 200 à 1 400 tués russes par jour sur la portion de front concernée — chiffres ensuite corroborés par des évaluations du renseignement britannique. Son point n’est pas comptable :

« On a insensibilisé la guerre. La perte de 1 400 personnes, c’est devenu presque pas très grave. »

Fred abonde en pointant la responsabilité des institutions autant que des médias : dans les éléments de langage, on ne tue pas, on « neutralise » ; on n’a pas de morts, on a des « pertes ».

Enfin, la question qu’il pose systématiquement dans les tranchées : et si demain c’est la paix ? La réponse, du simple soldat à l’officier supérieur, est toujours la même — un ressentiment tel qu’il n’imagine pas de poignée de main. « Un peu comme ces pays qui se sont massacrés pendant des années : c’est impossible de les mettre à la même table. »

Le drone a tout changé

C’est le cœur technique de l’épisode, et le témoignage est précis.

La densité. Sur le secteur du 97e bataillon, une douzaine de drones étaient en permanence en l’air pour quelques dizaines de kilomètres de front. Des centaines, voire des milliers de drones kamikazes en réserve. « Peu importe ce qui arrive, ils sont prêts à taper. »

Le coût. Il en a tenu un dans les mains — un modèle russe écrasé près de sa position. « Tu te rends compte que ça ne vaut rien. » Environ cent dollars à fabriquer, selon l’officier drones de l’unité. En face, développer une capacité antidrone réellement fonctionnelle se chiffre en dizaines de millions.

Les parades. Les brouilleurs individuels créent une bulle de dix à vingt mètres : le drone ne s’arrête pas, il devient erratique. Cela sauve des vies, mais « c’est un pansement sur une plaie ouverte, pas une réponse stratégique ». Quant aux fusils antidrones, ils valent contre un ou deux appareils — pas contre les centaines qui volent simultanément.

La vitesse. Un drone porteur d’un kilo et demi à deux kilos d’explosif peut atteindre 110 à 115 km/h. Avec vingt à trente kilos d’équipement sur le dos, dans une tranchée, on ne le sème pas.

La létalité. Dans son unité, la majorité des pertes venait des drones, pas de l’artillerie. Les opérateurs sont devenus assez bons pour faire entrer un appareil dans une casemate, dans un habitacle, par une écoutille de char.

Et l’IA. C’est la révélation qui l’a le plus sidéré. Les deux camps emploient des systèmes d’intelligence artificielle : les drones portent des modèles de reconnaissance préchargés, se rapprochent d’une cible potentielle, et déclenchent une alerte. Un opérateur reprend alors la main pour la frappe. « Tu es dans la boue, tu n’as pas à manger, tu ne te laves pas — et il y a de l’intelligence artificielle dans le blockhaus d’à côté. Une dystopie. »

Ce que le drone fait à la tactique

Les conséquences dépassent largement l’attrition, et c’est ce qui rend ce témoignage utile aux professionnels.

Les chars ne sont plus une force de manœuvre. Ce sont « quasiment des casemates mobiles », qu’on avance comme un blockhaus. Les concentrations blindées du début de guerre, détruites par les drones et les munitions antichars, ont disparu. « Vous ne voyez plus deux chars l’un à côté de l’autre. »

La colonne a disparu. Il cite un ancien militaire français engagé côté ukrainien : on apprend à se déplacer en colonne dans les armées occidentales, mais « personne ne se déplace en colonne en Ukraine » — un drone tuerait quatre hommes d’un coup. On court un par un.

Tout rassemblement est une cible. L’anecdote qu’il rapporte vaut mieux qu’un exposé doctrinal. Dans un village d’environ soixante-dix maisons bombardé quotidiennement, une jeune femme tient encore une petite supérette avec une machine à café — vingt centimes la tasse. Un matin, une vingtaine de soldats font la queue. Un officier arrive en voiture et les engueule copieusement : « un drone va tuer deux sections complètes, tout ça parce que vous voulez boire votre café ». Interdiction de se rassembler, désormais, y compris pour un café.

Il se montre en revanche prudent sur la portée historique : le drone est un game changer « parce qu’on n’a pas encore trouvé la parade. Le jour où on la trouvera, ce sera un élément du champ de bataille » parmi d’autres.

Et il corrige au passage une image devenue automatique — la comparaison avec 1914-1918. « Pas du tout. Tu n’as pas des hommes partout ; tu as des kilomètres de tranchées vides, parce qu’il n’y a pas de monde partout. »

Une armée à deux vitesses

Interrogé sur le statut de son unité, il précise qu’il s’agissait d’une unité régulière, pas d’un bataillon de volontaires.

Il explique l’évolution du dispositif pour les étrangers : la Légion internationale créée au début de la guerre a rapidement montré ses limites — des profils d’élite y côtoyaient des gens venus « parce qu’ils adorent Call of Duty », ce qu’il dit avoir constaté de ses yeux. L’Ukraine a donc versé les spécialistes dans des unités régulières, et la Légion fonctionne aujourd’hui essentiellement comme un centre de recrutement et d’entraînement.

Il insiste surtout sur une disparité considérable d’une unité à l’autre. Un camarade rencontré dans le 97e portait un fusil d’assaut plus vieux que lui ; muté ailleurs, il a reçu un M4 américain. Sa brigade alignait quelques vieux blindés quand une unité voisine recevait du matériel neuf. « Et les Russes le savent » : les coups de boutoir visent les unités les moins bien armées.

Propagande, ou « communication publique de l’État »

C’est le sujet de sa thèse, et il l’aborde sans ménager personne — y compris les armées occidentales.

Il cite une chercheuse en communication publique selon qui « la propagande des années 1950, on appelle ça désormais la communication publique de l’État ». Et il rappelle que la mécanique est ancienne : Napoléon faisait déjà de la politique avec les Bulletins de la Grande Armée. Fred complète avec l’histoire du mot lui-même, rebaptisé public relations aux États-Unis par Edward Bernays quand on a découvert que son livre servait de référence à la propagande nazie.

Son exemple le plus démonstratif vient d’un général canadien ayant commandé en Afghanistan. Le politique lui demande de « montrer autre chose » en période de pertes. Sa méthode : un journaliste débutant, on le met dans un avion de chasse ou dans un char — l’article sera excellent pour l’institution. Le baroudeur qui a déjà fait deux Afghanistan et la Bosnie, lui, veut voir les blessés. « Donc ce journaliste-là, je l’encadre plus. »

Il en donne un exemple vécu, côté français : lors d’un déploiement en Roumanie, un tir de missile a échoué — le missile n’est pas sorti du tube. On lui a demandé de ne pas le mentionner et de ne pas diffuser ses images, au nom de l’image de l’armée française à l’Est. « Qu’est-ce que c’est, sinon empêcher le journaliste de faire son travail ? »

Il ajoute une donnée sur son propre travail avec l’armée canadienne, dont il ne se cache pas : près de la moitié du temps, on lui fournit du contenu institutionnel à reprendre.

Sur le front ukrainien, en revanche, il a peu ressenti cette pression : « ils n’ont déjà pas assez d’hommes pour tenir les tranchées ». Le capitaine qui lui servait de traducteur partait lui-même en tranchée le lendemain de son départ.

Pourquoi l’armée française verrouille autant

Fred pose la question qu’il se pose depuis dix ans. La réponse de Jordan Prou s’appuie sur ses entretiens de thèse — une dizaine de journalistes, une dizaine d’officiers presse français et un américain.

La responsabilité personnelle. L’officier presse est comptable de « son » journaliste. Il rapporte le cas d’une consœur présente sur une base lors d’une explosion ayant fait deux blessés : elle n’a pas pu exploiter une seule photo. L’officier concerné, interrogé dans son étude, l’assume : une photo de soldat blessé serait remontée jusqu’au sommet de la hiérarchie militaire, voire politique. « Et c’est moi qui me serais fait engueuler. »

L’inexpérience. Les officiers presse sont souvent de jeunes officiers en début de carrière. « Un jeune officier presse, premier déploiement : tu n’as le droit de rien faire. »

La tradition. Il cite le témoignage d’un journaliste embarqué avec les forces spéciales américaines en Irak, autorisé à interroger un opérateur diagnostiqué en syndrome de stress post-traumatique et à publier son récit — l’officier d’affaires publiques lui glissant même que « ça va te faire une bonne histoire ». « Jamais l’armée française ne m’aurait laissé parler à ce type de militaire. »

Il pointe enfin l’usage extensif de la sécurité opérationnelle comme argument fourre-tout, et l’anonymisation systématique — grade et prénom — quand les armées alliées donnent nom, prénom et affectation. La justification qu’on lui oppose : « on fait comme ça depuis des années, pourquoi ça changerait ? »

Il tient toutefois à nuancer, et Fred aussi : il travaille quotidiennement avec des officiers presse, et il en connaît d’excellents.

La question Azov, traitée sans esquive

Le sujet est miné, et il choisit de le prendre de face — en précisant d’emblée le point le plus embarrassant pour lui : le 97e bataillon s’est reformé sur les bases d’une brigade Azov décimée à Kharkiv, et compte donc d’anciens membres d’Azov.

Ce qu’il a vu : « quelques patchs, quelques propos, j’ai aucun problème à le dire — mais vraiment à la marge ». Aucun salut nazi, dans aucune des unités qu’il a fréquentées, et des patchs qui faisaient rire ceux qui ne les portaient pas.

Ce qu’il a entendu, en revanche, est plus intéressant analytiquement : une lecture strictement militaire — le combattant SS présenté comme un soldat d’élite ayant résisté à un contre dix face aux Soviétiques. « À aucun moment on n’a fait référence à la Shoah. »

Son explication tient à la mémoire, très différente à l’Ouest et à l’Est de l’Europe, et à la chronologie : Azov n’existait pas avant 2014. « C’est vraiment face à la menace russe, avec la Crimée et le Donbass, que le mouvement s’est constitué. » Il ajoute que ces brigades, nées comme unités de volontaires, ont depuis été intégrées à l’armée régulière, et qu’elles sont militairement de haute qualité.

Sa conclusion est double. D’une part, la citation d’un sous-officier d’Azov à propos de ceux qui portaient réellement cette idéologie : « ils sont tous morts » — photo à l’appui, trois des quatre hommes tués. D’autre part, une mise en perspective : il dit avoir entendu des propos limites dans l’armée américaine comme dans l’armée française, « et on ne dit pas pour autant que l’armée française est nazie ».

Sur la manière de traiter ce genre de sujet, il renvoie à un ouvrage : Waffen-SS. Soldats politiques en guerre, de Jean-Luc Leleu, douze cents pages issues de sa thèse. « Avant de débattre du nazisme, je propose à tout le monde de lire ce livre. » Et il pointe la difficulté structurelle : « c’est l’information en 140 caractères. Quand on dit les néonazis sont dans l’armée ukrainienne, c’est difficile de faire mille mots pour expliquer ce qu’il en est. »

Le métier : l’angle, les deuils, et le sujet qu’on ne vend pas

L’entretien se termine sur une réflexion de professionnel. Le premier b.a.-ba du journalisme, c’est de vérifier ses sources ; le second, c’est de choisir un angle — donc de renoncer délibérément à parler d’autre chose. Ce choix est nécessairement orienté par la ligne du média, et lu à travers les biais de confirmation du lecteur.

Il n’a pas de solution miracle à proposer, et le dit. Il parle de « deuils journalistiques » : les sujets qu’on veut traiter et qu’on ne traitera pas. Son exemple : de retour de son premier séjour, il avait écrit sur des humanitaires travaillant sous les bombes. Un média très connu lui a répondu que le texte était excellent — mais que c’était la période des Jeux olympiques. Le sujet n’a pas été pris.

D’où le plaidoyer que les deux interlocuteurs partagent : les grands reporters des rédactions installées apportent une vision, mais les reporters indépendants ultra-spécialisés — ceux qui prennent le bus et forcent les portes — produisent une information qui, sinon, n’existerait pas. Et beaucoup vivent mal de leur travail.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un journaliste « embarqué » ?

C’est un reporter intégré à une unité militaire, qui partage son quotidien — repas, hébergement, déplacements — pendant la durée d’une mission. Le dispositif donne un accès inatteignable autrement, mais pose deux difficultés : le journaliste dépend de l’unité pour sa sécurité, ce qui pèse sur sa distance critique ; et l’institution garde la main sur ce qu’il peut voir et publier.

Pourquoi les drones ont-ils supplanté l’artillerie comme première cause de pertes ?

Parce qu’ils combinent quatre propriétés : un coût unitaire dérisoire, une densité permanente au-dessus du front, une précision qui permet de frapper à l’intérieur d’un abri ou par une écoutille, et une vitesse contre laquelle un fantassin chargé ne peut rien. Les parades existantes — brouilleurs individuels, fusils antidrones — traitent un ou deux appareils, pas des centaines simultanément.

La guerre en Ukraine ressemble-t-elle aux tranchées de 1914-1918 ?

Non, répond l’invité, qui y a vécu dix jours. La comparaison échoue d’abord sur la densité humaine : les tranchées ukrainiennes sont largement vides, faute d’effectifs, là où le front de 1916 était saturé d’hommes. Elle échoue ensuite sur la technologie — surveillance permanente par drones, systèmes d’IA, communications satellitaires — qui interdit précisément les concentrations caractéristiques de la Grande Guerre.

Qu’est devenue la Légion internationale ukrainienne ?

Créée au début de la guerre pour accueillir les volontaires étrangers, elle rassemblait des profils trop hétérogènes — d’anciens opérateurs très expérimentés côtoyant des volontaires sans aucune formation. L’Ukraine a donc réorienté les spécialistes vers des unités régulières. La Légion fonctionne aujourd’hui principalement comme structure de recrutement et d’entraînement.

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