#186 – Le RICM, régiment le plus décoré de France

Comment un régiment porte-t-il un titre que personne d’autre ne peut revendiquer ? Le RICM, régiment d’infanterie chars de marine, est présenté par le ministère des Armées comme le régiment le plus décoré de France. Défense Zone a reçu son chef de corps, le colonel Delcourt, à la veille de la fin de son temps de commandement. Officier des troupes de marine, il avait déjà servi au RICM comme chef de peloton, puis comme chef du bureau opérations et instruction, avant d’en prendre la tête. L’entretien parcourt ce que le titre recouvre vraiment : une création au Maroc en 1915, un fait d’armes fondateur à Verdun, une triple fourragère, et un régiment de cavalerie légère blindée qui, aujourd’hui encore, arme des escadrons pour les opérations extérieures depuis sa garnison de Poitiers.

Les analyses géopolitiques développées dans cet épisode sont celles du colonel Delcourt et n’engagent que lui. L’entretien a été enregistré pendant son temps de commandement et décrit la situation du régiment à cette date.

Ce qu’il faut retenir de cet épisode

  • Le RICM est cité vingt fois à l’ordre de l’armée et porte la triple fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre, selon la fiche du régiment publiée par le ministère des Armées.
  • Le régiment a été créé en 1915 à partir des bataillons coloniaux du Maroc. Il était déjà, au sortir de la Première Guerre mondiale, le drapeau le plus décoré de l’armée française, précise le colonel Delcourt.
  • Son fait d’armes fondateur est la prise du fort de Douaumont, repris aux Allemands le 24 octobre 1916 d’après le site Chemins de mémoire du ministère des Armées. C’est devenu la fête régimentaire.
  • Le RICM est basé à Poitiers, quartier Le Puloch, et compte 1 000 militaires dont 200 réservistes, répartis en six escadrons avec une centaine de véhicules blindés.
  • Le régiment combat sur Jaguar et AMX 10 RC, avec des pelotons missiles. Le chef de corps décrit le Jaguar comme une rupture en matière de mobilité et de protection par rapport à la génération précédente.
  • La phrase qu’il répète à ses marsouins résume sa façon de porter le titre : « on reste des gens ordinaires capables de faire des choses extraordinaires ».

Le RICM, un régiment né au Maroc en 1915

Le RICM est un régiment jeune à l’échelle des unités françaises. Le ministère des Armées indique qu’il a été créé en 1915 à partir des bataillons coloniaux du Maroc, c’est à dire au milieu de la Première Guerre mondiale, et non sous l’Ancien Régime comme plusieurs de ses voisins des troupes de marine. Un peu plus d’un siècle d’existence, donc, mais une existence passée presque entièrement en opérations.

Le sigle a changé de sens en cours de route. Le site Chemins de mémoire du ministère des Armées rattache la reprise du fort de Douaumont au régiment d’infanterie coloniale du Maroc ; la fiche actuelle du ministère désigne la même unité comme régiment d’infanterie chars de marine. Les quatre lettres sont restées, le métier s’est transformé : l’unité d’infanterie coloniale des origines est aujourd’hui un régiment de cavalerie légère blindée.

Le colonel Delcourt insiste sur un point : cette histoire n’est pas un décor. Pour donner du sens à ce que le régiment fait aujourd’hui, dit il, il faut pouvoir expliquer ce qu’il a fait avant, et les faits d’armes du RICM sont assez nombreux et assez divers pour que chacun y trouve un exemple auquel se rattacher. Un marsouin qui arrive de sa formation initiale doit pouvoir se dire que des hommes à sa place ont tenu la même position cinq, vingt ou cent ans plus tôt.

Pourquoi le RICM est le régiment le plus décoré de France

Le titre de régiment le plus décoré de France n’est pas une formule de communication interne : il figure tel quel sur la fiche du RICM publiée par le ministère des Armées. Ce qui le fonde est un décompte, et ce décompte est public. Le régiment est cité vingt fois à l’ordre de l’armée.

Une citation à l’ordre de l’armée est la plus haute des citations décernées à une unité pour un fait d’armes collectif : elle est attribuée au niveau du commandement le plus élevé et elle se matérialise sur le drapeau du régiment. C’est l’accumulation de ces citations qui donne droit à la fourragère, ce cordon porté à l’épaule gauche dont la couleur dépend du nombre de citations obtenues.

Le RICM porte la triple fourragère, aux couleurs de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre, toujours selon la même source officielle. C’est ce cumul, et non une décoration isolée, qui fait du RICM le régiment le plus décoré de France. Le colonel Delcourt précise que le régiment détenait déjà ce rang au sortir de la Première Guerre mondiale, quelques années seulement après sa création.

Douaumont 1916, le fait d’armes qui est devenu la fête du régiment

Le fort de Douaumont est le plus vaste ouvrage de la place forte de Verdun. Tombé aux mains des Allemands au début de la bataille, il a été repris par les troupes françaises le 24 octobre 1916, date donnée par le site Chemins de mémoire du ministère des Armées, qui associe à cette reprise le régiment d’infanterie coloniale du Maroc.

Pour le RICM, cette journée n’est pas un épisode parmi d’autres. C’est, selon son chef de corps, le moment où le régiment commence à écrire son histoire, et c’est ce fait d’armes qui est devenu la fête régimentaire, celle que l’unité célèbre chaque année. La fiche du ministère des Armées relie d’ailleurs directement « la prise de Douaumont en 1916 » aux engagements les plus récents du régiment, en Afghanistan, au Mali et en Centrafrique.

Où est basé le RICM et comment il s’organise

Le RICM est basé à Poitiers, au quartier Le Puloch, à l’ouest de la ville et à proximité de la gare. Le ministère des Armées donne les ordres de grandeur du régiment : 1 000 militaires, dont 200 réservistes, organisés en six escadrons et mettant en œuvre une centaine de véhicules blindés.

Le régiment appartient à la 9e brigade d’infanterie de marine, dont l’état-major est lui aussi implanté à Poitiers. Cette brigade rassemble notamment le 1er régiment d’infanterie de marine, le 2e RIMa du Mans, le 3e RIMa, le 126e régiment d’infanterie de Brive, le 11e régiment d’artillerie de marine, le 6e régiment du génie d’Angers et le 5e régiment interarmes d’outre-mer stationné à Djibouti. Elle dispose d’un groupement d’aide à l’engagement amphibie, qui est sa signature au sein de l’armée de Terre.

Un point revient souvent dans l’entretien : le nom du régiment induit en erreur, y compris à l’intérieur de l’armée de Terre. « Infanterie chars de marine » laisse imaginer un régiment d’infanterie, alors que le RICM est un régiment de cavalerie, dont le métier est la reconnaissance, le choc, le feu et le mouvement. Le chef de corps explique que c’est un travail permanent de pédagogie, y compris auprès des jeunes candidats.

Les missions et les engagements du RICM

La fiche officielle du régiment cite l’Afghanistan, le Mali et la Centrafrique parmi ses engagements récents. Le colonel Delcourt y ajoute le Liban, où le régiment a été déployé pendant son temps de commandement, et où il a suivi de près la dégradation de la situation régionale.

Ce passage de l’entretien éclaire la façon dont un chef de corps travaille. Il ne raisonne pas sur l’actualité mais sur les engagements possibles : quel mandat pourrait être renouvelé ou modifié, quelles capacités la France pourrait décider de renforcer, et donc quelles compétences le régiment doit entretenir dès maintenant. Il pose la question en ces termes : entre l’invasion de l’Ukraine en février 2022 et l’attaque du 7 octobre 2023, laquelle est la vraie date charnière qui fait basculer le monde d’un équilibre à un autre ?

Il rattache cette interrogation à une approche qu’il résume d’une formule : préparer la guerre avant la guerre, c’est à dire anticiper, connaître, influencer et préserver la souveraineté. Cela ne se limite pas au territoire métropolitain. Les troupes de marine sont largement déployées outre-mer, où elles arment notamment un dispositif d’insertion professionnelle destiné aux jeunes originaires de ces territoires, ce qui relève, dit il, d’une forme d’influence indirecte.

Jaguar, AMX 10 RC et pelotons missiles : avec quoi combat le RICM

Le ministère des Armées indique que le régiment met en œuvre des Jaguar, des AMX 10 RC et des pelotons missiles. Le RICM se trouve donc dans une phase de transition, avec deux générations d’engins blindés de reconnaissance et de combat présentes simultanément au régiment.

Le colonel Delcourt décrit le Jaguar comme le cœur du renouvellement du segment médian de l’armée de Terre, avec des capacités sans commune mesure avec la génération précédente en matière de mobilité et de protection. Il replace cette arrivée dans un ensemble : nouveau fusil de tireur de précision, nouveau missile moyenne portée, drones mis en œuvre au niveau du régiment. Recevoir un matériel de nouvelle génération ne suffit pas, insiste-t-il : il faut apprendre à l’utiliser, puis à le dominer, pour en exploiter toutes les capacités.

C’est la raison pour laquelle il distingue deux temps dans la préparation. Le premier est technique et repose sur le drill, la répétition des gestes jusqu’à ce qu’ils soient acquis. Le second est tactique : transformer la maîtrise technique en effets combinés sur le champ de bataille.

Comment s’entraîne un régiment blindé des troupes de marine

Au quartier, le régiment s’entraîne à son propre niveau : équipages Jaguar, patrouilles de véhicules blindés légers, peloton, escadron. Le saut qualitatif se produit dans les centres d’entraînement spécialisés de l’armée de Terre, où le RICM se bat contre une force adverse de volume comparable au sien et dotée des mêmes capacités.

Le chef de corps détaille ce que cela signifie concrètement : un adversaire qui dispose de moyens de brouillage, de drones, d’artillerie à longue portée et de contre-batterie. Un second centre est consacré au combat en zone urbaine, avec ses approches de ville, son centre-ville, sa zone commerciale et sa zone résidentielle, chacune imposant ses propres modes d’action.

Ces séjours sont aussi le moment où le régiment cesse de travailler seul. Il manœuvre avec l’artillerie, le génie, l’infanterie, la guerre électronique, les moyens de défense nucléaire, radiologique, biologique et chimique et la logistique. L’objectif, résume le colonel Delcourt, est d’être certain que le jour où il faudra s’engager dans une structure adaptée à la menace du moment, l’ensemble sera prêt au combat.

La dimension amphibie : embarquer avec la Marine nationale

C’est la spécificité qui distingue le RICM des autres régiments de cavalerie. Appartenant à la 9e brigade d’infanterie de marine, qui dispose d’un groupement d’aide à l’engagement amphibie, le régiment ne s’entraîne pas seulement en interarmes mais en interarmées, avec la Marine nationale.

Le cadre de cet entraînement est le porte-hélicoptères amphibie, un bâtiment de grande taille à bord duquel se retrouvent les capacités de la Marine, plongeurs, commandos et spécialistes de la guerre des mines, et celles de l’armée de Terre, hélicoptères, postes de commandement, infanterie, blindés, génie et artillerie. Le régiment a armé un groupement tactique embarqué dans le cadre de la mission Jeanne d’Arc, le déploiement de long cours que la Marine nationale conduit avec un porte-hélicoptères amphibie et son bâtiment d’accompagnement.

Le colonel Delcourt en décrit le double intérêt. Opérationnel d’abord : des capacités de l’armée de Terre sont prépositionnées sur un bâtiment, prêtes à évacuer des ressortissants ou à apporter une assistance humanitaire. Stratégique ensuite : déployer pendant plusieurs mois un groupement amphibie dans des zones éloignées et exigeantes pour la navigation est, en soi, un signal sur ce que la France sait faire.

Servir au RICM : ce qui attire les jeunes engagés

Le titre de régiment le plus décoré de France pèse-t-il dans le recrutement ? Le chef de corps répond avec prudence. Rares sont, selon lui, les candidats qui viennent d’abord pour cela, et ceux qui s’engagent par simple mimétisme familial, parce qu’un grand-oncle ou un grand-père a servi au régiment, ne sont pas ceux qui réussissent le mieux.

Ce qui attire en premier, dit il, ce sont les troupes de marine : le goût de l’aventure, l’inconfort assumé, l’envie d’aller voir au-delà du mur, l’appropriation de traditions propres et la curiosité pour les populations chez lesquelles on sera déployé. Vient ensuite l’attrait du combat blindé, avec la reconnaissance, le choc, le feu et le mouvement, le combat missile, une forme de dynamisme et une place réelle laissée à l’initiative et à l’audace.

Le titre agit plutôt dans un second temps. C’est en arrivant au régiment que le jeune engagé découvre la salle d’honneur, comprend pourquoi le RICM a été décoré ainsi, et constate que les anciens du régiment, les majors, les officiers les plus expérimentés, ont participé aux engagements qui y sont mis à l’honneur. C’est à ce moment là, estime le chef de corps, que l’esprit troupe de marine se fixe.

Commander le RICM : transmettre l’histoire et préparer la relève

La transmission passe par des moments identifiés : la veillée au drapeau, la présentation au drapeau, la remise des fourragères. À chaque étape, explique le colonel Delcourt, on rappelle au marsouin qu’il a la chance et l’honneur de servir au régiment le plus décoré de l’armée française. Le régiment abrite aussi une crypte où figurent ses morts depuis sa création.

Ce poids historique, précise-t-il, ne paralyse pas l’action, à condition d’être formulé correctement. D’où la phrase qu’il répète en tant que chef de corps : « on reste quand même des gens tout à fait ordinaires, capables de faire des choses extraordinaires ». La fierté est réelle, mais elle se porte sans étalage.

Sa satisfaction de fin de commandement tient en une phrase : en deux ans, tous les fanions d’escadron du régiment ont été engagés en opération. Cela signifie, dit il, que la montée en puissance a fonctionné à tous les étages, des capitaines qui ont préparé leur escadron aux lieutenants partis en centre de formation, et que la cohérence a tenu sur la durée.

Il en tire une conviction sur le commandement. On devient ce que l’on est parce que ses chefs se sont occupés de soi : le caporal apprend au jeune engagé comment se tenir, le sergent lui apprend à se battre, le chef de peloton cherche ce qu’il sait faire pour en tirer le meilleur emploi, pilote de drone, pilote de Jaguar ou tireur missile. D’où les deux obligations qu’il assigne à tout cadre : se préparer à partir au combat avec ses hommes, et préparer celui qui le remplacera.

Questions fréquentes

Pourquoi le RICM est-il le régiment le plus décoré de France ?

Le RICM est le régiment le plus décoré de France parce qu’il cumule le plus grand nombre de citations collectives obtenues pour faits d’armes. La fiche du régiment publiée par le ministère des Armées indique qu’il est cité vingt fois à l’ordre de l’armée et qu’il porte la triple fourragère aux couleurs de la Légion d’honneur, de la Médaille militaire et de la Croix de guerre. Ce n’est donc pas une décoration isolée qui fonde ce titre, mais l’accumulation de citations sur plus d’un siècle d’engagements. Le chef de corps du régiment précise que le RICM détenait déjà ce rang au sortir de la Première Guerre mondiale, alors qu’il venait d’être créé.

Que veut dire RICM et pourquoi un régiment de chars est-il « de marine » ?

RICM signifie aujourd’hui régiment d’infanterie chars de marine. Les quatre mêmes lettres ont désigné une autre réalité à l’origine : le site Chemins de mémoire du ministère des Armées rattache la reprise du fort de Douaumont en 1916 au régiment d’infanterie coloniale du Maroc, et la fiche actuelle du ministère indique que le régiment a été créé en 1915 à partir des bataillons coloniaux du Maroc. La mention « de marine » ne renvoie donc pas à un service à bord des navires mais à l’appartenance aux troupes de marine, héritières des troupes coloniales. Malgré son nom, le RICM est un régiment de cavalerie, dont le métier est la reconnaissance et le combat blindé.

Où est basé le RICM et de quelle brigade dépend-il ?

Le RICM est basé à Poitiers, au quartier Le Puloch, situé à l’ouest de la ville, à proximité de la gare. Il appartient à la 9e brigade d’infanterie de marine, dont l’état-major est également implanté à Poitiers. Cette brigade réunit notamment le 1er régiment d’infanterie de marine, le 2e RIMa du Mans, le 3e RIMa, le 126e régiment d’infanterie de Brive, le 11e régiment d’artillerie de marine, le 6e régiment du génie d’Angers et le 5e régiment interarmes d’outre-mer de Djibouti. Elle dispose d’un groupement d’aide à l’engagement amphibie, ce qui explique que le RICM s’entraîne régulièrement avec la Marine nationale.

Avec quels blindés le RICM combat-il aujourd’hui ?

Le ministère des Armées indique que le RICM met en œuvre des Jaguar, des AMX 10 RC et des pelotons missiles, pour un parc d’une centaine de véhicules blindés répartis dans six escadrons. Le régiment vit donc une transition entre deux générations d’engins de reconnaissance et de combat. Le chef de corps décrit le Jaguar comme le cœur du renouvellement du segment médian de l’armée de Terre, avec un saut notable en mobilité et en protection. Il ajoute que le régiment met aussi en œuvre un nouveau fusil de tireur de précision, un nouveau missile moyenne portée et des drones.

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