Que faut-il produire, et dans quel ordre, pour affronter les crises qui viennent ? En mai 2024, à quelques semaines de l’ouverture d’Eurosatory 2024, Défense Zone a reçu pour la deuxième fois le général (2S) Charles Beaudouin, commissaire général du salon et président de COGES Events, la société qui l’organise. L’entretien ne porte pas sur l’organisation du rendez-vous, traitée dans un épisode précédent, mais sur ce que le salon donne à voir des conflits à venir : les besoins capacitaires révélés par la guerre en Ukraine, le drone et la lutte anti-drone, la défense sol-air à reconstruire, le retour des munitions bon marché, et l’élargissement du salon à la gestion de toutes les crises.
Entretien enregistré en mai 2024, avant l’édition 2024 du salon Eurosatory, qui s’est tenue en juin 2024 au parc des expositions de Paris Nord Villepinte. Les chiffres de fréquentation cités par l’invité sont des prévisions d’avant-salon. Les analyses développées dans cet épisode sont celles de Charles Beaudouin et n’engagent que lui.
Ce qu’il faut retenir de cet épisode
- Eurosatory 2024 affichait complet un mois avant son ouverture. Selon Charles Beaudouin, en mai 2024, les inscriptions de visiteurs étaient en hausse de 45 % et le salon attendait plus de 2 000 exposants, contre environ 1 700 deux ans plus tôt.
- Le drone est pour lui le seul véritable « game changer » du champ de bataille, les autres équipements n’étant que des « key players ». Il rend le terrain transparent et prive la manœuvre de l’effet de surprise.
- La lutte anti-drone reste selon lui « le Graal » : pas de solution unique, mais une combinaison d’effets, et un effort engagé par presque tous les pays.
- Défense sol-air, artillerie de longue portée, lutte anti-drone, résilience cyber, stocks de munitions et de pièces de rechange : autant de capacités que les armées occidentales ont rognées pendant trente ans et doivent reconstituer.
- Sur les systèmes d’armes dits autonomes, sa position est nette : être autonome, c’est « être régi par ses propres règles », et aucun chef ne confiera une action létale à un tel système. L’intelligence artificielle doit rester une aide à la décision.
- Selon le dossier de presse qu’il cite, 17 % des exposants d’Eurosatory 2024 présentaient de l’armement : davantage de sociétés y exposaient des moyens d’action médicale d’urgence que des matériels létaux.
Eurosatory 2024, deux ans après la sidération
Charles Beaudouin compare deux éditions qu’il a lui-même produites. L’édition 2022 du salon Eurosatory s’était tenue quatre mois après le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine, dans ce qu’il appelle un moment de sidération : l’Europe redécouvrait un conflit symétrique de haute intensité à ses frontières. Les annonces politiques de hausse des budgets étaient là, y compris l’annonce d’une économie de guerre faite depuis le salon par le président de la République, mais les décisions concrètes restaient à prendre.
Eurosatory 2024 se présente dans une tout autre configuration. Charles Beaudouin indique en mai 2024 que le salon est complet depuis un mois, ce qui n’était jamais arrivé aussi tôt, que les inscriptions de visiteurs sont en hausse de 45 % et qu’il attend plus de 2 000 exposants contre environ 1 700 en 2022. Il en tire une lecture qui dépasse la performance commerciale : l’intérêt de deux années d’écart est de mesurer ce que l’industrie a mis en face des nouvelles formes de guerre, en produits et en services, et non plus en déclarations.
La nouvelle forme de guerre dont parle Charles Beaudouin n’est pas le retour de la guerre froide, mais une combinaison de toutes les guerres à la fois dans un conflit redevenu interétatique. Elle pose aux États trois défis : la souveraineté, la complétude capacitaire et les stocks de munitions et de pièces de rechange. Il ajoute une condition souvent oubliée : ces stocks servent d’abord à l’entraînement, parce qu’un équipage doit être porté à son meilleur niveau avant le choc.
Le drone et la lutte anti-drone
Le drone est, dans l’analyse de Charles Beaudouin, le seul équipement qui change la nature du jeu. Les autres sont des « key players » ; le drone est un « game changer ». Ce qu’il apporte n’est pas d’abord une capacité de frappe, c’est la transparence du champ de bataille. Un drone est un aéronef sans pilote à bord, piloté à distance ou programmé, qui donne en permanence une vue de ce que fait l’adversaire. La conséquence est stratégique : plus aucun matériel n’est à l’abri des vues, alors que la surprise restait le principe de la victoire tactique.
Charles Beaudouin en tire une exigence nouvelle pour la manœuvre. Puisque l’adversaire voit, il faut inventer des manœuvres de déception et monter plusieurs actions à la fois pour qu’il ne sache pas laquelle est la vraie. Les drones qu’il vise ici sont les micro et mini drones de champ de bataille, petits et difficiles à détecter.
La lutte anti-drone est, symétriquement, le problème le plus difficile de la période. Charles Beaudouin le formule sans détour : autant il est assez aisé de construire des drones, autant trouver des défenses anti-drone reste « le Graal ». Il n’existe pas de solution unique, mais une combinaison d’effets, et le problème se double d’une difficulté d’identification : un militaire survolé ne sait pas d’emblée si le drone est ami ou ennemi. Son seul motif d’optimisme est le nombre : tous les pays et tous les ingénieurs s’y sont mis, et dès lors, dit-il, on trouve des solutions.
Il distingue ce problème de celui des grands drones. Les drones MALE, dont le Reaper est l’archétype, ont été conçus pendant trente ans de confort opératif, quand les armées occidentales avaient la supériorité aérienne face à des adversaires sans défense sol-air. Coûteux et peu nombreux, ils n’ont pas une espérance de survie élevée en milieu non permissif. D’où une bifurcation à trancher : soit des drones plus rustiques, que l’on peut consommer, soit des appareils bien plus sophistiqués, proches de l’avion de combat sans pilote.
Défense sol-air : la capacité à reconstruire
La défense sol-air est l’ensemble des moyens terrestres destinés à détecter et à détruire les aéronefs et les munitions adverses. C’est, selon Charles Beaudouin, la capacité sur laquelle la demande dépasse aujourd’hui le plus nettement l’offre industrielle. La France, comme d’autres pays européens, avait réduit sa défense sol-air au fil des trente dernières années faute de budget et parce que les adversaires rencontrés en opération n’avaient aucune capacité aérienne. Cet arbitrage devient un trou capacitaire dès lors qu’un conflit de haute intensité redevient probable en Europe.
La difficulté est que cette capacité n’est pas unique : elle doit couvrir à la fois la très courte portée, face aux drones, et la très longue portée, face aux missiles et aux aéronefs, avec des capteurs et des effecteurs différents. C’est l’une des raisons pour lesquelles Charles Beaudouin attend des visiteurs d’Eurosatory 2024 qu’ils viennent d’abord faire le point sur l’état réel de leur propre parc.
Artillerie longue portée et précision
L’artillerie est la deuxième capacité que Charles Beaudouin voit se transformer, et il annonce lui-même que son propos surprendra : quand il était en activité, il aurait jugé excessif de demander une artillerie capable de tirer à trois cents kilomètres, et il considère aujourd’hui ce besoin réel. La raison tient aux zones de déni d’accès créées par les systèmes sol-air adverses, qui forment des bulles où les avions ne peuvent plus pénétrer. Faute d’y envoyer des aéronefs, il faut y envoyer des munitions depuis la limite du champ de bataille.
Charles Beaudouin décrit un double mouvement dans l’artillerie de demain : l’allongement des portées, avec des roquettes et des missiles passant, selon ses ordres de grandeur, de quatre-vingts à trois cents kilomètres, et la précision, qu’il décrit comme infra-décamétrique, soit un impact dans un rayon de moins de dix mètres. Il ajoute la contrainte économique : en tirer des centaines épuise l’effort de guerre, et l’obus classique reste indispensable parce qu’il coûte moins cher.
Attrition, masse et munitions bon marché
C’est le point le plus dérangeant de l’entretien pour une armée occidentale. Charles Beaudouin rappelle que la force terrestre française a été constamment réduite et qu’elle a compensé par un ascendant technologique, en concentrant ses moyens sur des équipements peu nombreux. Ce modèle, dit-il, a gommé le sujet de l’attrition. Or un conflit de haute intensité ne détruit pas un char de temps en temps : il en détruit des dizaines, et un parc que l’on ne sait pas reconstruire ne se régénère pas.
La conséquence qu’il en tire est une remise en cause du tout haute technologie. À côté des équipements les plus performants, il faut selon lui des matériels et des munitions de moindre coût, qui répondent tout de même au besoin réel du champ de bataille. Son exemple est emprunté à l’armement antichar : contre les blindés les plus anciens, un missile de génération précédente comme le Milan suffisait, et il vaut mieux réserver les missiles modernes aux cibles durcies. L’idée est celle d’une gamme, et non d’un standard unique et coûteux.
Ce raisonnement rejoint celui de l’économie de guerre. Le modèle ancien était linéaire : l’État passait commande, l’industriel produisait pour l’État, puis songeait éventuellement à exporter. Le modèle que Charles Beaudouin voit s’installer est différent : la demande mondiale excède l’offre et les États ont intérêt à ce que leurs industriels exportent, seul moyen d’entretenir cadences et compétences. Interrogé pour savoir si l’Europe se réarme vraiment ou se contente d’exporter, il répond que ce sont les deux.
Robotique terrestre et guerre à distance
Sur la robotique, Charles Beaudouin fait un partage qui va à rebours de l’imaginaire commun. Le robot aérien, c’est-à-dire le drone, est déjà très avancé. Le robot naval est pour lui le grand vainqueur à venir, appelé à révolutionner l’art de la guerre sur mer. Le drone terrestre, en revanche, est le grand absent autant que le grand fantasme : aucun véhicule robot terrestre n’existe en nombre dans aucune armée du monde. Ce qui existe relève du petit robot de reconnaissance ou du convoi logistique suiveur.
Le corollaire de la transparence du champ de bataille est ce que Charles Beaudouin appelle la guerre à distance : un conflit de haute intensité est extrêmement meurtrier, et partout où l’on pourra remplacer un homme par une machine, on le fera. Si un équipage d’hélicoptère n’a qu’une chance sur deux de revenir, on enverra un drone. Il pose cependant une limite ferme : les unités terrestres resteront au milieu des combats, et le scénario d’une guerre entièrement dématérialisée n’est pas réaliste. Reconquérir un terrain tenu par un ennemi enterré suppose des actions physiques.
Ce refus du système d’armes miracle est le fil de sa démonstration : aucun système ne donne à lui seul la supériorité sur le champ de bataille terrestre, c’est la combinaison des effets qui fait la victoire.
Intelligence artificielle, données et cyber
Charles Beaudouin constate que les systèmes militaires occidentaux produisent déjà une masse de données, mais qu’ils l’exploitent peu. La numérisation actuelle sert un emploi immédiat : une cartographie numérisée, des ordres reçus en une seconde sur une tablette tactile, une situation des détections affichée en temps réel. Tout cela est traité dans l’instant et n’est pas stocké. La prochaine étape consiste à conserver ces données et à les analyser pour faire apparaître les signaux faibles.
Il précise aussitôt la limite de cette aide. La situation terrestre est selon lui la plus complexe qui soit, parce qu’elle se joue au milieu des populations, sur un terrain constamment bouleversé, avec des acteurs dont les comportements sont peu répétitifs, donc peu propices à l’apprentissage automatique. L’intelligence artificielle doit donner au chef les moyens de mieux comprendre la situation, et non agir à sa place : « pas d’agir à leur place », répète-t-il, « mais une aide à la décision ».
Sur les systèmes d’armes létaux autonomes, sa position repose sur une définition. Être autonome, rappelle-t-il en remontant à la racine grecque du mot, c’est être régi par ses propres règles : un tel système n’obéirait pas et déciderait seul. Sa comparaison est celle d’un soldat indiscipliné, qui ne sert à rien. Aucun chef ne confiera donc une action létale à un tel système : les systèmes d’armes peuvent être très automatisés, mais l’autonomie au sens strict n’existe pas dans les armées.
La contrepartie de cette informatisation est la vulnérabilité cyber. Les équipements occidentaux modernes sont massivement informatisés : on parle d’avionique dans les avions, de vétronique dans les blindés. La vétronique est l’ensemble des systèmes électroniques embarqués d’un véhicule militaire. Des blindés très vétronisés peuvent être visés par des attaques cyber, et Charles Beaudouin classe la résilience des matériels parmi les exigences de la haute intensité. Il défend dans le même mouvement une automatisation poussée des systèmes de bord, pour une raison tactique : plus un équipage garde le nez sur ses écrans, moins il regarde dehors, et c’est dehors qu’il sera tué.
Du conflit à la catastrophe : le continuum des crises
C’est ici que Charles Beaudouin explique le positionnement qu’il a donné à Eurosatory 2024. Le salon, dit-il, n’est pas un salon d’armement mais un salon de défense et de sécurité, progressivement élargi à la gestion de toutes les crises. Il indique avoir fait étudier les mégatendances mondiales censées structurer le monde de demain, et en avoir retenu que le dérèglement climatique produira des catastrophes humanitaires et environnementales plus fréquentes.
Sa démonstration repose sur une parenté d’ADN entre la crise de guerre et la catastrophe naturelle. Dans les deux cas, on ne sait ni où cela frappe, ni quand, ni comment, les premières heures sont décisives, et il faut projeter vite des hommes et du matériel entraînés à travailler sous stress. Il en déduit la nécessité de centres de planification capables d’historiser les crises passées et de savoir quels équipements sont en alerte à deux heures ou à huit heures.
Ce raisonnement a pris à Eurosatory la forme d’un concept dédié, présenté pour la première fois en 2022 sous le nom de HELPED, pour Humanitarian Emergency Logistic Project and Eco Development, selon la présentation qu’en fait l’organisateur sur le site du salon. Charles Beaudouin annonce pour l’édition 2024 un pôle d’une soixantaine de sociétés européennes et internationales dans le hall 5b, consacré à la prise en compte d’une catastrophe d’origine industrielle, chimique, météorologique ou guerrière.
Ce continuum n’est pas théorique en mai 2024. Les émeutes qui frappent alors la Nouvelle-Calédonie servent d’exemple dans l’entretien : elles mobilisent les armées, saturent la logistique aérienne au détriment des autres opérations, et posent la question des signaux faibles non détectés. Charles Beaudouin y voit la confirmation que la gestion de crise engage ensemble forces armées, sécurité intérieure et sécurité civile.
Il pousse l’idée jusqu’à une proposition qu’il présente comme restant à inventer : une force de reconstruction capable de suivre immédiatement les forces engagées pour rétablir l’eau potable et l’électricité, prendre en charge les blessés et limiter les destructions environnementales. Il rappelle la pollution provoquée par les puits de pétrole incendiés lors de la première guerre du Golfe et pose la question du caractère écocide des guerres, qu’aucune juridiction internationale ne sanctionne à ce jour. Il y ajoute le déminage après combat, alors que les moyens occidentaux ont été réduits pendant les conflits asymétriques.
Ukraine et Israël : le salon dans le contexte de 2024
Le retour d’expérience ukrainien occupe une place visible à Eurosatory 2024. Charles Beaudouin annonce un pavillon ukrainien, placé délibérément à côté du pavillon des armées françaises. Il met en garde contre une lecture trop simple de la rusticité observée sur le front : l’Ukraine emploie des drones commerciaux, mais réclame simultanément des équipements de haut de gamme, et le char, annoncé mort dès sa naissance en 1917, ne l’est toujours pas.
Interrogé sur la présence d’industriels israéliens quelques jours après l’annonce, en mai 2024, par le procureur de la Cour pénale internationale de demandes de mandats d’arrêt liées au conflit à Gaza, Charles Beaudouin répond par le droit. Eurosatory est coorganisé sous l’égide du ministère des Armées ; les matériels exposés font l’objet de déclarations et d’autorisations, avec l’assurance qu’ils repartent dans leur pays d’origine ; ceux que prohibent les conventions internationales sont interdits ; et certains États sont écartés du salon. Des industriels de défense israéliens sont présents dans ce cadre commun, rappelle-t-il, alors que de nombreux pays européens sont équipés de systèmes d’origine israélienne. Il souligne au passage qu’une demande d’un procureur n’est pas un jugement, et met en garde contre l’emploi approximatif de mots comme crime de guerre ou génocide, qu’il compare à des grenades.
Trente ans pour se réarmer
La conclusion de Charles Beaudouin porte sur les ordres de grandeur temporels, et elle est peu confortable. L’Europe, dit-il, a désarmé pendant trente ans ; retrouver tout le spectre des capacités ne se fera ni en deux ans, ni en cinq, ni en dix, mais demandera une trentaine d’années d’effort continu. Cette échelle de temps suppose une constance budgétaire et industrielle très supérieure à celle d’un cycle politique, et elle explique pourquoi il insiste sur les stocks, les cadences et la formation plutôt que sur les matériels vedettes.
Il ajoute une condition collective. Aucune armée européenne ne se battra seule, et une alliance ne vaut pas par l’addition des armées mais par la complémentarité des capacités. Or l’Europe produit beaucoup de matériel blindé et se concurrence sur ce créneau, tandis qu’elle produit peu de missiles antiradar et d’artillerie de longue portée, largement d’origine américaine. Son appel est un appel à l’inventaire : que l’Europe fasse le point sur son industrie de défense et rééquilibre son modèle.
La logistique ferme la discussion, et Charles Beaudouin la place au rang de révélateur. Une armée qui manque de logisticiens, de trains de munitions et de moyens d’évacuation du matériel endommagé ne tiendra pas dans un conflit long : le matériel se répare, encore faut-il l’évacuer sous le feu. L’entretien rappelle qu’à l’automne 1944, l’avance alliée en France s’est arrêtée faute de carburant. Sa dernière phrase tient lieu de méthode : regarder le monde tel qu’il est, et non tel qu’on aimerait qu’il soit.
Questions fréquentes
Quand s’est tenu Eurosatory 2024 et quels étaient ses chiffres ?
L’édition 2024 du salon Eurosatory s’est tenue en juin 2024 au parc des expositions de Paris Nord Villepinte, selon le rythme biennal de l’événement, qui a lieu les années paires. Interrogé un mois avant l’ouverture, le commissaire général Charles Beaudouin indiquait que le salon affichait déjà complet, que les inscriptions de visiteurs étaient en hausse de 45 % et qu’il attendait plus de 2 000 exposants, contre environ 1 700 en 2022. Ces chiffres sont des prévisions d’avant-salon, non un bilan consolidé.
Pourquoi dit-on que le drone est un game changer ?
Parce qu’il modifie une règle de base du combat terrestre plutôt qu’il n’ajoute une capacité. Selon Charles Beaudouin, en mai 2024, la plupart des équipements sont des « key players » alors que le drone est un « game changer » : il rend le champ de bataille transparent, si bien qu’aucun matériel n’est plus à l’abri des vues, alors que la surprise restait le principe de la victoire tactique. Les armées doivent donc réapprendre la déception, c’est-à-dire tromper l’adversaire sur le point où portera leur effort.
Existe-t-il des armes réellement autonomes ?
Non, au sens strict du terme, selon Charles Beaudouin. Être autonome, rappelle-t-il d’après la racine grecque du mot, c’est être régi par ses propres règles, donc n’obéir à personne. Aucun chef militaire ne confiera une action létale à un système de ce type, qu’il compare à un soldat indiscipliné. Les systèmes d’armes contemporains peuvent en revanche être très automatisés, sous la responsabilité d’un chef qui conserve la décision d’ouverture du feu. C’est la limite qu’il fixe à l’intelligence artificielle militaire : aider le chef à comprendre la situation, pas décider à sa place.
Qu’est-ce que le projet HELPED d’Eurosatory ?
HELPED, pour Humanitarian Emergency Logistic Project and Eco Development, est un concept lancé par l’organisateur du salon Eurosatory et présenté pour la première fois lors de l’édition 2022, selon la page que le salon lui consacre. Il rassemble des industriels et des acteurs de la réponse aux crises autour d’une idée défendue par Charles Beaudouin : répondre à une catastrophe naturelle, industrielle ou de guerre mobilise le même ADN que la crise militaire, projection rapide, planification à froid et matériels en alerte. Pour Eurosatory 2024, il annonçait un pôle d’une soixantaine de sociétés dans le hall 5b.
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